En reportant un examen tombant le jour d’une fête musulmane, la CSDM fait «son travail», dit Lisée

La CSDM peut reporter un examen tombant le même jour qu’une fête musulmane, disent des partis.
Photo: Rebecca Grabill Getty Images La CSDM peut reporter un examen tombant le même jour qu’une fête musulmane, disent des partis.

Alors que plusieurs commissions scolaires sont encore à décider si elles changeront la date de l’examen ministériel tombant en même temps qu’une fête musulmane, certains partis politiques et experts croient que l’accommodement est ici justifié. « L’objectif là-dedans, c’est la réussite des enfants. Lorsqu’une commission scolaire fait son calendrier, il y a un certain nombre de variables sur la présence ou l’absence des enfants, et que la commission scolaire prenne une décision pour maximiser la présence des enfants, je trouve que c’est son travail », a déclaré aux médias le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, qui ne considère toutefois pas cela comme une demande d’accommodement à proprement parler.

Le Devoir rapportait mercredi que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) avait demandé une dérogation au ministère de l’Éducation pour que l’épreuve ministérielle en français au primaire tombant le 5 juin 2019, au lendemain de la rupture du jeûne du ramadan, soit reportée au 7 juin afin d’éviter un fort taux d’absentéisme. Sans dire pourquoi il n’a pas consenti à modifier la date de la tenue de l’examen pour toutes les commissions scolaires du Québec, le ministère a toutefois indiqué qu’il analyserait la demande de la CSDM puisque, d’ordinaire, les épreuves ministérielles doivent se tenir le même jour pour tous les élèves.

Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois est aussi d’avis que la commission scolaire doit continuer à jouir de la flexibilité qu’elle possède. « Il semble que le taux d’absentéisme dans certaines écoles de Montréal créerait un problème administratif plus complexe que ce report de deux jours », a-t-il soutenu. « Ceci dit, nous sommes d’avis que le ministère doit clarifier les règles pour éviter d’autres controverses. »

Professeure en sciences des religions à l’UQAM, Stéphanie Tremblay estime qu’il y a déjà suffisamment de balises et de règles, notamment enchâssées dans la Loi sur l’instruction publique. En ajouter d’autres pourrait certes apaiser certaines craintes, mais qui ne trouvent pas écho dans la réalité. « Ça ne ferait qu’ajouter des règlements qui peut-être sont valides pour un événement, mais qui ne le seraient peut-être pas pour l’ensemble des situations qui vont survenir dans les dix prochaines années », dit-elle.

Mme Tremblay croit plutôt que la commission scolaire peut très bien gérer au cas par cas. « Si [elle] est elle-même capable de trouver ce type d’accommodement pour essayer de faire en sorte que ses élèves puissent être présents et réussir l’examen et que ça ne va pas à l’encontre des libertés fondamentales et des droits des élèves, pourquoi pas ? » dit-elle.

En réflexion

La Commission scolaire de Laval (CSDL) n’exclut pas d’avoir recours à une dérogation comme l’a fait la CSDM. Mais avant de lui emboîter le pas, elle tâtera le pouls de son réseau scolaire. « La réponse est que, oui, probablement qu’on le fera, mais on doit valider le nombre d’élèves qui songent à s’absenter », a déclaré Louise Lortie, présidente de la CSDL. « On ne peut pas dire qu’il y a énormément d’élèves qui manquent pour ça chez nous — il y a peut-être une centaine d’élèves touchés par ça —, mais on va d’abord analyser tout ça et faire une demande de dérogation individuelle, comme on peut parfois le faire pour un athlète qui s’en va aux Jeux olympiques. »

A contrario, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui à l’instar de la CSDM compte une grande population d’élèves musulmans dans ses rangs, n’entend pas pour autant contester les dates d’examen du ministère. « On va vraiment suivre la directive du ministère de l’Éducation. Et si le ministère nous conseille ces journées-là [4, 5 et 6 juin], on va le suivre », a indiqué la porte-parole, Gina Guillemette. L’an dernier, il n’y a eu qu’une seule demande d’accommodement à sa commission scolaire, soit celle d’un élève musulman qui demandait le report d’un examen tombant en même temps que l’Aïd el-Kebir, la fête du mouton. « On y a consenti. »