L’art pour tous

Marie Fradette Collaboration spéciale
L’accessibilité et la diversité d’approches qu’offre le Centre des arts visuels vont au-delà des 300 cours et plus qui sont offerts dans l’établissement chaque année.
Photo: Matt Ayotte L’accessibilité et la diversité d’approches qu’offre le Centre des arts visuels vont au-delà des 300 cours et plus qui sont offerts dans l’établissement chaque année.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Parallèlement au système d’éducation traditionnel existe une école singulière sans but lucratif qui permet de rendre l’art accessible à tous. Dirigé par Natasha S. Reid depuis janvier 2017, le Centre des arts visuels, situé rue Victoria à Montréal, offre un enseignement accessible, basé sur la collectivité et le partage.

Fondé en 1946, le Potters’Club, qui prendra en 1969 le nom qu’on lui connaît aujourd’hui, est mené par des femmes qui, dès le départ, ont à coeur de partager leur amour et leur connaissance de l’art dans un esprit de collectivité. Cette mission reste profondément ancrée dans les objectifs du centre, comme le souligne Mme Reid. « On reçoit beaucoup de gens qui sont intéressés par les arts, mais qui ne veulent pas nécessairement aller dans une école structurée comme une université. Nous voulons donner une accessibilité aux arts tout en offrant une éducation de haute qualité. Et surtout, on offre une communauté. C’est un endroit chaleureux, convivial, social, ouvert à tous, qui ne demande d’ailleurs aucun portfolio pour entrer. Notre plus jeune élève a 3 ans et le plus âgé en a 95. »

L’accessibilité et la diversité d’approches qu’offre l’école vont au-delà des 300 cours et plus qui sont offerts dans l’établissement chaque année. En effet, porté par le désir de bâtir une réelle communauté autour de l’art, le centre reste attentif aux besoins des gens de tous âges et de tous horizons. Le programme « Éveil des arts », subventionné par différents organismes, permet ainsi aux professeurs de se déplacer dans les centres communautaires ou les écoles et de donner des ateliers gratuitement. « C’est un programme pour les gens qui ont, par exemple, des difficultés financières, des gens qui vivent de l’exclusion sociale, des aînés à mobilité réduite, etc. On veut donner des cours d’art spécialisés pour les besoins de chaque groupe » explique la directrice.

Par exemple, ils offrent des séances permettant à des enfants et à des personnes âgées de partager un même projet. « Dernièrement, on avait un groupe du Centre des aînés de Pointe-Saint-Charles et une classe de 4e année de l’école Charles-Lemoyne. Ils ont travaillé ensemble sur le thème du jardin. C’est très touchant de voir les relations entre les personnes âgées et les enfants. L’art permet de socialiser, d’échanger », explique Mme Reid.

Un travail d’équipe

Cette approche inclusive trouve écho dans les classes où les enseignants — tous des artistes contemporains qui ont une pratique active — veulent d’abord et avant tout créer des liens, aider chacun des élèves, offrir une éducation personnalisée. « Pour ce faire, les groupes sont petits. Ils comptent autour de 15 personnes, maximum. Ainsi, les professeurs ont le temps de s’intéresser aux intérêts des étudiants », explique Natasha Reid. D’ailleurs, aucune note, aucun bulletin n’est remis après les cours. L’évaluation se transforme ici plutôt en période de discussions pendant lesquelles étudiants et maître échangent autour des projets, développent un sens critique, parlent ensemble des résultats obtenus, des processus, des difficultés et des suites. Et si les étudiants veulent pousser leur réflexion, les enseignants peuvent donner des devoirs, mais rien n’est obligatoire. C’est offert à la demande.

Véritable travail d’équipe, cette façon de faire non seulement favorise la socialisation et tout ce qui l’entoure, mais encourage à poursuivre. « L’an passé, j’ai suivi un cours d’aquarelle ici. C’était bon de voir comment fonctionne la dynamique dans une classe en tant qu’étudiant. J’ai vu ce que c’était une équipe, une collaboration avec les autres », raconte la directrice, qui s’est d’ailleurs inscrite à un autre cours cet automne. « Le professeur est avant tout un guide qui facilite les échanges dans le cours. Il encourage, motive et conseille. Il n’est pas là pour décider ce qui est bon ou non », ajoute-t-elle.

L’idée de développer un sens critique participe nécessairement de cette approche, de cet enseignement sans contrainte. « L’art permet de penser, d’avoir une vision sur la vie. C’est toujours intéressant de découvrir celle des autres. L’art est relié à la vie. L’art est la vie », résume Reid. Si la programmation vivante, le dynamisme et l’enthousiasme des professeurs restent des éléments clés pour captiver les étudiants, ce centre, qui combine créativité et esprit communautaire, est pour la directrice un endroit essentiel dans notre société — en manque de lieu d’échange — afin de partager, de découvrir et de faciliter l’accessibilité à l’art.