Les écoles de demain en pleine élaboration

Martine Letarte Collaboration spéciale
La lumière naturelle ne manque pas dans l’école IKC Zeven Zeeën, à Amsterdam, aux Pays-Bas.
Photo: Moke Architecten La lumière naturelle ne manque pas dans l’école IKC Zeven Zeeën, à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Début juin, les sept projets sélectionnés par le Lab-école ont été annoncés et c’est maintenant le moment de former, pour chacune des écoles, un comité de travail multidisciplinaire afin de créer les milieux scolaires de demain au Québec. Ces écoles viseront un meilleur bien-être des élèves et du personnel scolaire grâce à un environnement physique stimulant qui favorise l’activité physique et une saine alimentation. Le choix des concepts devrait être réalisé en décembre, pour lancer les concours d’architecture au début 2019 et livrer les écoles en 2021.

« Lorsque nous nous sommes engagés dans le Lab-école, il était clair que nous ne voulions pas produire un rapport. Nous voulions créer des écoles », affirme Pierre Thibault, architecte et cofondateur du Lab-école avec le chef Ricardo Larrivée et Pierre Lavoie, créateur du Grand Défi Pierre Lavoie et des cubes d’énergie.

Issus de disciplines différentes, ils ont tous le même constat après avoir visité plusieurs écoles ici et à l’étranger : il y a beaucoup à faire pour améliorer la qualité des milieux scolaires au Québec.

Et ils ont reçu un accueil enthousiaste dans les écoles. « Les enseignants se dévouent pour leurs élèves, mais leurs environnements de travail sont vraiment ingrats, affirme Pierre Thibault. Plusieurs avaient même arrêté de rêver parce qu’ils n’entendaient que parler de coupes budgétaires depuis des années. Nous venons de l’extérieur du milieu de l’éducation et nous leur disons que ce qu’ils font est important et que nous les soutiendrons. Ils sont heureux, parce qu’il y a tellement de besoins. Une école bien pensée peut avoir un impact incroyable sur la vie des élèves, des enseignants et de la communauté. »

Les incontournables de l’école de demain

Le Lab-école, une initiative lancée en novembre dernier, a regardé les données probantes afin de voir les éléments essentiels qui font d’une école un succès.

« Par exemple, une étude anglaise montre qu’avec un espace de qualité, qui comprend de la lumière naturelle, une bonne acoustique, une température optimale en classe et une bonne qualité de l’air, le taux de décrochage diminue de 18 % », affirme Pierre Thibault.

La cour d’école sera aussi un élément central des écoles du futur. « De l’asphalte et une clôture en broche qui créent de grands îlots de chaleur : la majorité des cours d’école ont l’air de parcs à chiens au Québec alors qu’en Suède, les cours ressemblent à de grands parcs parce qu’on exige un minimum de nature par enfant », explique Pierre Thibault, qui a visité beaucoup d’écoles à l’étranger, notamment avec ses étudiants en architecture de l’Université Laval.

Le Lab-école souhaite aussi éviter les modules en plastique où les jeux sont décidés d’avance pour laisser place à des environnements de jeu plus naturels avec des rondins notamment, où les enfants peuvent laisser aller leur créativité.

« Pour développer leur littératie physique, les enfants de 0 à 10 ans doivent sauter, culbuter, grimper, lancer des objets », explique Pierre Lavoie.

Les jardins communautaires et les serres sont aussi des façons de verdir les cours d’école. Les récoltes permettent ensuite de réaliser des projets scolaires liés à la saine alimentation. L’équipe du Lab-école a constaté que certains projets du genre ont déjà été mis en place dans des écoles du Québec, mais elle en voudrait davantage.

On rêve aussi de toitures extérieures sous lesquelles les enfants pourront se réfugier en cas de pluie lors des récréations. Ou se protéger du soleil lorsque les enseignants donneront des classes à l’extérieur.

Les alentours de l’école seront aussi pensés pour que les enfants puissent marcher ou prendre leur vélo pour aller à l’école.

« Les trottoirs près de l’école doivent être déneigés en priorité, les intersections doivent être sécurisées et des pistes cyclables doivent être aménagées afin de créer un environnement favorable aux enfants et c’est la responsabilité des villes, affirme Pierre Lavoie. Sinon, les parents vont reconduire leurs enfants à l’école et c’est un pas vers la sédentarité. »

Les comités de travail des sept projets retenus incluront d’ailleurs des représentants de la municipalité, de la commission scolaire, de l’école et de la communauté afin de susciter de réels changements.

Par exemple, une première rencontre a été réalisée à Shefford, une municipalité de 7000 habitants près de Granby qui aura avec le Lab-école sa première école primaire.

« La municipalité construira une bibliothèque tout près de l’école et aménagera des pistes cyclables, puis le parc national à proximité sera mis à profit, raconte Pierre Lavoie. Le milieu est vraiment mobilisé. »

L’heure des choix

Les comités de travail pour les sept écoles sont en train d’être créés et l’élaboration des projets se déroulera cet automne. L’équipe du Lab-école proposera des modèles inspirés des meilleurs exemples vus au Québec et ailleurs pour aménager les classes, le gymnase, les vestiaires, la cafétéria, etc. « Les comités feront leurs choix en fonction de la réalité de l’école », affirme Pierre Thibault.

Les concours d’architecture devraient être lancés vers le début de 2019. « On veut que plusieurs équipes d’architectes se penchent sur un même projet pour que les comités prennent le temps d’analyser les propositions et que la décision soit prise au printemps », précise M. Thibault.

Les nouvelles écoles doivent être livrées en 2021. Le Lab-école fera ensuite le bilan.

« On met la barre haute, mais on se donne droit à l’erreur même si c’est certain qu’on fera un bond important par rapport à ce qu’on avait, affirme Pierre Thibault. Certaines écoles fonctionneront sûrement mieux que d’autres, alors on fera une analyse. »

Le Lab-école souhaite également pouvoir lancer de nouveaux projets l’an prochain avec des écoles secondaires. « Nous voulons avoir un corpus de 10 à 12 projets réalisés afin de tirer de bonnes conclusions, ajoute M. Thibault. Parce qu’à terme, il faudra que le Québec s’attaque à la transformation de toutes ses écoles. »

Les 7 projets choisis pour le Lab-école

Québec : réhabilitation du site de l’ancienne école Stadacona et agrandissement pour en faire une école primaire. Investissement de 7,7 millions.

Rimouski : construction d’une école primaire. Investissement de 17,9 millions.

Shefford (secteur est de Granby) : construction d’une école primaire. Investissement de 13,2 millions.

Montréal : construction d’une école primaire sur le site du pavillon des Soeurs-Grises de l’Université Concordia. Investissement de 4 millions.

Maskinongé : agrandissement de l’école primaire Saint-Joseph. Investissement de 6,4 millions.

Gatineau : agrandissement de l’école primaire Pierre-Elliott-Trudeau. Investissement de 7,6 millions.

Saguenay : transformation des espaces à l’école primaire Antoine-de-Saint-Exupéry. Investissement de 3 millions.