La CSDM et Québec ne s’entendent pas sur un accommodement

La Commission scolaire, qui a communiqué sa décision vendredi dernier au ministère et à ses écoles, a assuré que reporter une épreuve de production écrite en français pour les élèves du primaire ne pose pas problème.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La Commission scolaire, qui a communiqué sa décision vendredi dernier au ministère et à ses écoles, a assuré que reporter une épreuve de production écrite en français pour les élèves du primaire ne pose pas problème.

Le ministère de l’Éducation a fait fi de la suggestion de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) qui demandait le report d’un examen ministériel entrant en concurrence avec une fête liée au ramadan. Qu’à cela ne tienne, la CSDM lui a indiqué qu’elle reporterait au 7 juin 2019 l’épreuve de français au primaire prévue le 5 juin, jugeant que trop d’enfants seraient absents en cette journée de la rupture du jeûne.

« On le sait, le taux d’absentéisme est quand même assez important dans nos écoles lors [de cette journée] », a fait remarquer Alain Perron, porte-parole de la CSDM, la plus grosse commission scolaire du Québec, qui compte un nombre important de musulmans. Marquant la fin du mois du ramadan, l’Aïd-el-Fitr est en effet une fête importante inscrite au calendrier de l’islam.

La Commission scolaire, qui a communiqué sa décision vendredi dernier au ministère et à ses écoles, a assuré que reporter une épreuve de production écrite en français pour les élèves du primaire ne pose pas problème. « En français écriture, ce sont des textes que les jeunes doivent écrire eux-mêmes. Alors, il n’y a pas de danger de passation de questions ou de textes », a ajouté M. Perron, laissant entendre que les risques de plagiat sont nuls.

Contrairement à la planification des examens du secondaire, corrigés au ministère et sanctionnés par un diplôme, les commissions scolaires du Québec ont d’ailleurs toujours une certaine flexibilité pour déterminer la date des épreuves de français au primaire. Et ce ne serait pas la première fois que le calendrier serait ajusté. En juin dernier, des écoles de la région de La Malbaie avaient dû reporter les examens ministériels prévus le 7 juin en raison de la tenue du sommet du G7.

« Pas une bonne idée »

En février dernier, le ministère avait tâté le pouls des commissions scolaires du Québec pour la tenue des épreuves du primaire les 4, 5 et 6 juin 2019. La CSDM avait alors signifié que le 5 juin ne serait « pas une bonne idée », étant donné le risque d’absentéisme dans ses écoles fréquentées par un bon nombre de musulmans. « On a levé le drapeau rouge et on a dit qu’il fallait faire attention au 5 juin », explique M. Perron. Or, le 19 juin dernier, la Commission scolaire a été d’autant plus surprise de constater que le ministère ne l’avait pas écoutée et n’avait pas modifié les dates des examens. Le fait de consentir un accommodement lui a-t-il fait peur ?

« Je ne sais pas si on a présenté ça comme un accommodement nommément, c’est un grand mot qui peut faire peur, mais pour nous, il fallait tenir compte de cette réalité-là. Il y a toujours un fort taux d’absentéisme cette journée-là [de l’Aïd-el-Fitr], alors on ne va pas mettre un examen là », poursuit-il.

Il y a cinq ans, l’école Évangéline, dans le nord de la métropole, avait fait déplacer une journée pédagogique en raison de l’Aïd el-Kebir (ou Aïd al-Adha), une importante fête musulmane qui est d’ailleurs célébrée ces jours-ci. « On avait envoyé une note pour changer la [journée] pédagogique. C’était la chose à faire. En toute logique, il y avait la moitié de l’école qui n’allait pas être là. L’école aurait été désorganisée. On ne va pas faire exprès, surtout si ça ne dérange pas de mettre [la journée pédagogique] à une date X ou Y », a dit M. Perron.

Le Devoir a posé la question à quatre autres commissions scolaires de la grande région de Montréal, mais il n’a pas été possible de confirmer si elles allaient emboîter le pas à la CSDM. À l’Alliance des professeurs de Montréal, le syndicat des enseignants de la CSDM, quiconque a une certaine population musulmane dans ses écoles devrait être concerné par la chose. « C’est sûr que ça concerne moins les écoles de certaines régions, mais je ne vois pas le préjudice de [changer la date] pour tout le monde », a dit Yves Parenteau, porte-parole de l’Alliance. « Ça ne changerait rien pour les commissions scolaires qui ne sont pas concernées mais, pour celles qui ont une forte représentation d’élèves musulmans comme à Montréal, ça changerait quelque chose. »

Des épreuves à la carte

Le ministère de l’Éducation n’a pas répondu à la totalité des questions du Devoir et a semblé donner des versions contradictoires. En tout début de journée, elle indiquait ne pas avoir « reçu de demande de la CSDM afin de déroger à l’horaire officiel ». En milieu d’après-midi, le porte-parole du ministère a indiqué qu’il « n’y avait pas de problème avec la demande de la CSDM ». « Elle n’a pas été refusée, elle est en analyse. Il y a des négociations », a dit Bryan St-Louis. Il a ajouté que, pour les épreuves au primaire, les commissions scolaires ont une certaine flexibilité, pour peu qu’elles se tiennent dans la même semaine.

Selon le ministère, si l’horaire de la session d’examens et de la reprise d’épreuves 2018-2019 en formation générale des jeunes a été diffusé au réseau scolaire, il n’a pas été « officiellement » rendu public. Voyant la rentrée approcher à grands pas, la CSDM a pris l’initiative d’informer toutes ses écoles que la journée pédagogique prévue le 7 juin pour la plupart d’entre elles pourrait bien être mutée en journée d’examen si le ministère ne consent aucun changement d’ici là. « En clair, on se prépare au scénario final du ministère et on laisse notre 7 juin ouvert », a dit M. Perron.