Faire son «bac» sur la réserve

«C’est pour elle que je le fais», affirme Shakonwaré:tsi Silversmith (à gauche) en regardant fièrement sa fille de 4 mois. Le futur enseignant pourra aussi compter sur le soutien de sa conjointe, Kahontiosta McComber.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «C’est pour elle que je le fais», affirme Shakonwaré:tsi Silversmith (à gauche) en regardant fièrement sa fille de 4 mois. Le futur enseignant pourra aussi compter sur le soutien de sa conjointe, Kahontiosta McComber.

Une nouvelle génération de professeurs mohawks pourra désormais obtenir un baccalauréat en éducation sans quitter la réserve de Kahnawake, grâce à un nouveau partenariat avec l’Université McGill. Cette initiative permettra de diplômer plus de professeurs de la communauté qui pourront enseigner aux enfants dans le respect de leurs valeurs et de leur culture.

« Ça va vraiment aider la communauté, dans la mesure où ça va permettre de former des professeurs qui vont répondre à nos besoins spécifiques », explique Robin Delaronde, directrice du Centre d’éducation de Kahnawake.

Jusqu’à présent, les futurs professeurs pouvaient obtenir un certificat en enseignement, mais ils n’avaient pas accès au baccalauréat, à moins d’aller étudier à Montréal.

Or, comme plusieurs enseignent déjà dans les écoles de la réserve et que leur présence est « plus que nécessaire », selon Mme Delaronde, peu d’entre eux se rendaient jusqu’à ce niveau. Le nouveau programme en éducation spécifique aux Premières Nations et aux Inuits leur permet donc de travailler le jour et d’étudier de soir, avec le soutien de leur famille.

« En ce moment, environ la moitié des professeurs sont issus de la communauté et l’autre moitié vient de l’extérieur, précise Mme Delaronde. Notre but, c’est qu’éventuellement, tous les professeurs sur la réserve soient issus de notre communauté ou des Premières Nations […] puisque ceux-ci partagent notre vision du monde. Et lorsque les jeunes voient que c’est l’un des leurs qui enseigne, ça leur donne l’idée qu’un jour, ils peuvent devenir professeurs aussi et ça les aide à construire leur image et leur estime d’eux-mêmes. »

Vérité et réconciliation

Dans le gymnase de l’école secondaire Kahnawake Survival School, sous les nombreuses bannières sportives témoignant des réussites des élèves au fil des années, le chef Ross Montour évoque la bataille menée par les Premières Nations depuis 50 ans pour prendre le contrôle de leur système d’éducation. « Quand j’allais à l’école, ce sont les religieuses qui nous enseignaient. On n’apprenait rien à propos de notre propre culture, on apprenait ce qu’on voulait bien nous enseigner […] Aujourd’hui, de voir que des professeurs seront formés ici même, ça me fait chaud au coeur. C’est quelque chose que nous pouvons tous célébrer. »

Ce nouveau partenariat est également une réponse à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui recommandait d’offrir une meilleure formation aux membres des communautés autochtones. « Ce programme est une priorité pour McGill », a soutenu Christopher Manfredi, vice-principal pédagogique de McGill, rappelant que « les universités ont un rôle crucial à jouer pour répondre aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation. »

Sur leurs bancs de classe, entourés de leurs familles et amis, la trentaine de nouveaux étudiants du programme trépignait d’excitation.

« Quelle opportunité ! C’est comme un rêve pour moi, s’enthousiasme Kaia’ti:io Barnes, 22 ans. Dans la société d’aujourd’hui, c’est important d’avoir les papiers qui attestent de nos compétences. Et ne serait-ce que pour moi, ça fait une immense différence. Avant, j’étais juste une personne parmi tant d’autres alors que là, je vais avoir la possibilité d’avoir un impact sur ma communauté, de redonner à ma communauté à travers l’éducation. »

Wentahawi Dione Elijah, elle, enseigne déjà depuis 10 ans dans une école d’immersion mohawk sur la réserve. Maman de deux enfants, elle veut devenir une meilleure professeure et développer de nouveaux outils pédagogiques. « Mon but principal, c’est de disséquer nos façons traditionnelles d’enseigner pour les comparer avec les méthodes utilisées ailleurs, parce que nous ne sommes pas vraiment reconnus dans nos façons d’enseigner. »