Un héritage incommensurable

D’abord élu en 1960, Paul Gérin-Lajoie a été ministre de l’Éducation au sein du gouvernement Lesage, de 1964 à 1966.
Photo: Télé-Québec D’abord élu en 1960, Paul Gérin-Lajoie a été ministre de l’Éducation au sein du gouvernement Lesage, de 1964 à 1966.

L’important legs que laisse Paul Gérin-Lajoie à la société québécoise, particulièrement dans le domaine de l’éducation, a été largement salué lundi, après l’annonce de son décès.

Si on devait se souvenir d’une seule caractéristique de M. Gérin-Lajoie, c’est de sa « constance dans la valorisation de l’enseignement pour tous », soutient le sociologue Guy Rocher, ami de longue date de l’ex-ministre.

En effet, relate-t-il, l’accès à l’éducation a été au coeur de sa carrière, de ses débuts comme avocat dans le milieu de l’enseignement, jusqu’à son engagement au sein de la Fondation Paul Gérin-Lajoie, qui travaille pour la valorisation de l’éducation dans les pays en voie de développement. M. Rocher rappelle que Paul Gérin-Lajoie avait même été jusqu’à refuser le poste de ministre de la Justice que lui avait d’abord offert Jean Lesage afin de fonder le ministère de l’Éducation.

La création de ce ministère relève de l’exploit, puisque Paul Gérin-Lajoie a dû convaincre les autorités religieuses de la nécessité de confier l’éducation aux soins de l’État. « Ce projet n’a pas été accepté facilement par les catholiques, parce que les évêques perdaient tout le pouvoir qu’ils avaient sur le système. C’était révolutionnaire », dit M. Rocher.

« Il faut se souvenir que Jean Lesage disait qu’il n’y aurait pas de ministère de l’Éducation pendant son mandat, ajoute Jean Paré. Puis, Paul Gérin-Lajoie a convaincu Lesage, les évêques et même le pape ! » se souvient avec étonnement son ancien conseiller technique à l’information.

Le passage de M. Paré au ministère n’a duré que deux ans et demi, mais il fut marquant. « Pour moi, Paul Gérin-Lajoie a été plus qu’un patron. Il m’a appris un tas de choses sur le plan de l’écriture, de la rigueur, de l’importance de l’éducation. »

En rendant l’éducation gratuite jusqu’au cégep, M. Gérin-Lajoie a contribué à démocratiser l’enseignement. « Le niveau d’éducation moyen était la 7e année, il n’y avait pas de secondaire ni de collège public… Imaginez ce que serait le Québec si ça n’avait pas été fait ! » dit-il. « Ça s’appelait sortir le Québec du XIXe siècle », résume M. Paré.

Au coeur de la démarche de Paul Gérin-Lajoie se trouvait un désir de justice sociale. « Il a fait tout ça pour que les jeunes de toutes les classes aient accès à l’enseignement », rappelle Guy Rocher.

Par la bande, ses mesures ont énormément bénéficié aux femmes, qui étaient défavorisées à l’époque par le système d’éducation, poursuit le sociologue. Ainsi, soutient-il, Paul Gérin-Lajoie a ouvert la porte à l’avènement de femmes dans divers milieux auparavant réservés aux hommes.

Hommages politiques

Le riche héritage de Paul Gérin-Lajoie n’a pas manqué d’être souligné lundi, notamment par la classe politique. « M. Gérin-Lajoie aura marqué son époque et l’histoire du Québec. Plus d’un demi-siècle plus tard, nos institutions publiques d’enseignement perpétuent sa mémoire », a déclaré le premier ministre Philippe Couillard.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a pour sa part qualifié de « fierté » le fait de « suivre ses traces » aujourd’hui.

« Avec audace, énergie et talent, Paul Gérin-Lajoie a guidé le Québec moderne sur les chemins de l’éducation, de la culture, de la valorisation du français, des relations et de la solidarité internationales », a loué le chef péquiste, Jean-François Lisée.

« Comme ministre de l’Éducation, je me suis grandement inspiré de lui. Par sa mémoire, je souhaite de tout coeur qu’il continuera de transmettre aux femmes et aux hommes politiques à venir l’importance d’un réseau de l’éducation fort, structuré et influant », a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

L’importance de poursuivre l’oeuvre de Paul Gérin-Lajoie a également été soulignée par le député solidaire Amir Khadir. « Il nous incombe à tous et à toutes de continuer le projet d’éducation laïque et totalement gratuite que portait M. Gérin-Lajoie. »

Sur Twitter, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rendu hommage aux « contributions immenses et historiques de Paul Gérin-Lajoie à la vie publique et à l’éducation ».

M. Gérin-Lajoie était « un pionnier de notre système d’éducation », a de son côté souligné la Fédération étudiante collégiale du Québec.

« C’est un pilier de l’histoire du Québec qui s’est éteint aujourd’hui », a pour sa part commenté la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot.