L’agression de leur fille a été banalisée, dénoncent des parents

Les écoles ont recours au plan de lutte contre l’intimidation et la violence pour traiter les cas de violence sexuelle. Mais ce n’est pas suffisant, plaidait récemment une coalition.
Photo: Rémy Gabalda Agence France-Presse Les écoles ont recours au plan de lutte contre l’intimidation et la violence pour traiter les cas de violence sexuelle. Mais ce n’est pas suffisant, plaidait récemment une coalition.

Les parents d’une fillette de première année, victime d’attouchements inappropriés par un autre élève, dénoncent le manque de suivi et la banalisation du cas par l’école, n’ayant même pas été informés de la situation le jour de l’incident. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) admet certaines lacunes, mais répète avoir fait les interventions nécessaires auprès des enfants concernés.

En revenant de l’école, le mois dernier, Simone (prénom fictif) a raconté à sa mère qu’un garçon de l’école avait touché ses parties intimes contre son gré pendant le dîner.

La petite a expliqué qu’il avait essayé de lui toucher les seins, les fesses et le vagin, et qu’il avait ses propres mains dans ses culottes. « Je le trouvais extrêmement dégoûtant, je n’arrêtais pas de lui dire : “arrête”. Je me sentais mal, nerveuse… triste », a expliqué la petite dans une vidéo réalisée par sa famille le soir de l’événement.

Simone raconte avoir crié pour attirer l’attention d’un éducateur du service de garde, à qui elle a raconté l’événement. Les enfants ont alors été envoyés au bureau d’un responsable et la petite a dû expliquer ce qui s’était passé devant le garçon.

Dans la vidéo, la fillette affirme s’être sentie « gênée et stressée » de raconter ce qui s’était passé devant celui qui l’avait touchée. Elle ajoute qu’elle s’est sentie « mal » le reste de la journée et qu’elle n’avait « pas envie de jouer ».

Manque de communication

Cette intervention groupée a indisposé Marie-Ève (prénom fictif), la mère de Simone. Mais ce qui l’a grandement troublée, c’est que personne ne l’ait contactée pour la prévenir de l’incident. « Heureusement que ma fille est allumée; on lui a déjà parlé de la notion de consentement. Sinon, je ne l’aurais jamais su. »

Dès le lendemain, elle s’est rendue à l’école pour avoir des réponses. « Je ne comprends pas pourquoi personne ne m’a avisée, qu’on ne m’ait pas appelée ou mis une note à l’agenda, déplore Marie-Ève. C’est grave ce qui s’est passé, mais j’avais l’impression que l’école banalisait l’événement. J’étais tout à l’envers et il a fallu que ce soit moi qui coure après l’école pour avoir les suivis. »

La direction de l’école a renvoyé Le Devoir au responsable des communications de la Commission scolaire de Montréal, Alain Perron.

Ce dernier a d’abord soutenu que les parents avaient été informés le jour même. Sur insistance du Devoir, il est revenu avec une deuxième version, affirmant que, si les parents n’avaient pas été avisés, c’est que la fillette n’avait informé personne de l’événement. Enfin, dans une troisième version, il affirme que les victimes étaient deux et reconnaît que seulement l’une des deux mères avait été informée de la situation au moment où elle est allée chercher sa fille à la fin de la journée au service de garde.

« La direction de l’école l’avoue, probablement que ça aurait été bien d’aviser le parent [de Simone] le soir même, mais pour eux, la question était pas mal élucidée, il arrive toutes sortes de choses dans une cour d’école avec les enfants », répond Alain Perron.

Selon lui, les événements seraient survenus dans la cour d’école le midi, et non dans la cafétéria, comme l’a raconté l’enfant. Il ajoute que les attouchements seraient limités aux cheveux, aux bras et aux fesses.

Si les deux fillettes ont été rencontrées en présence du garçon, c’était uniquement dans le but de savoir ce qui s’était passé, précise-t-il. « Ensuite, la psychoéducatrice a proposé de rencontrer les trois enfants, mais indépendamment, les deux fillettes d’un côté et le garçon de l’autre. Puis elle a proposé aux filles de faire venir le garçon pour que les deux fillettes lui fassent un message clair que ça ne se fait pas. »

Il ajoute que la direction d’école « n’a jamais été mise dans le coup » puisqu’on considérait qu’il s’agissait d’un « événement isolé », mais que la directrice devrait téléphoner aux parents de Simone pour connaître les raisons de leur mécontentement. Plus d’une semaine plus tard, Marie-Ève n’avait encore reçu aucun appel.

Les parents de Simone avaient également demandé une lettre d’excuse du garçon ou une rencontre avec les parents de celui-ci. Cela ne s’est pas concrétisé. La CSDM assure qu’un suivi est effectué auprès de Simone et de l’autre fillette pour s’assurer que tout va bien.

Heureusement que ma fille est allumée; on lui a déjà parlé de la notion de consentement. Sinon, je ne l’aurais jamais su.

Un protocole spécifique ?

Le Devoir rapportait récemment que la violence sexuelle dans les établissements primaires et secondaires était de plus en plus visible et dénoncée, mais que les écoles sont mal outillées pour faire face à ce phénomène.

Tatou Parisien, spécialiste en intervention auprès des enfants victimes d’agressions sexuelles au CIASF en Outaouais, citait en exemple de mauvaise pratique le fait de mettre la victime face à son agresseur. « On positionne la victime dans une situation relationnelle impossible. Elle a vécu un sentiment d’impuissance innommable pendant les agressions sexuelles; comment peut-on prétendre qu’elle est en mesure d’affirmer sa position devant l’autre personne qui l’a agressée ? C’est une revictimisation en soi. »

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Hélène Bourdages, reconnaissait que « les écoles font avec les moyens du bord, au meilleur de leurs connaissances ».

Les écoles ont recours au plan de lutte contre l’intimidation et la violence pour traiter les cas de violence sexuelle. Mais ce n’est pas suffisant, plaidait récemment une coalition d’organismes, dont la Maison d’Haïti et Québec contre les violences sexuelles, qui réclame un protocole spécifique pour les violences sexuelles, comme c’est désormais le cas pour les établissements postsecondaires.