Violences sexuelles: l’efficacité de la prévention sur les campus est rarement évaluée

Plusieurs établissements s’interrogent sur les meilleures façons de rejoindre les clientèles qui ne sont pas déjà sensibilisées à la problématique des violences sexuelles.
Photo: Wavebreak Media Plusieurs établissements s’interrogent sur les meilleures façons de rejoindre les clientèles qui ne sont pas déjà sensibilisées à la problématique des violences sexuelles.

La majorité des cégeps et des universités du Québec ont commencé à intégrer des activités de prévention pour lutter contre les violences sexuelles, mais celles-ci ne font l’objet d’aucune évaluation pour savoir si elles donnent des résultats concrets. Le manque de financement constitue également « un frein majeur » aux initiatives proposées par les établissements.

C’est le constat d’une équipe de chercheuses québécoises qui, à quelques mois de l’entrée en vigueur de la Loi visant à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, a recensé les activités actuellement en place dans les cégeps et les universités et documenté les besoins et les défis rencontrés par ceux-ci.

Elles ont sondé l’ensemble des cégeps, des collèges privés et des universités du Québec ces derniers mois. Plus de 80 % des cégeps ont répondu à l’appel, contre 37 % pour les collèges privés et 65 % des universités. Au total, ce sont donc 63 établissements postsecondaires qui ont partagé, sur une base volontaire, leurs stratégies en matière de prévention.

« Cela nous a permis de détailler 150 activités de prévention ou de sensibilisation mises en place dans les établissements québécois », résume la chercheuse Martine Hébert de l’UQAM, qui présente jeudi le résultat de son enquête dans le cadre d’un symposium canadien sur les violences sexuelles.

Les deux types d’activités les plus fréquentes sont, sans surprise, les kiosques d’information et les affiches, « une option moins coûteuse et moins exigeante en matière de ressources humaines » qui permet néanmoins de sensibiliser un grand nombre de personnes, notent les auteurs du rapport.

Certains offrent également des ateliers, des conférences ou des formations aux étudiants et aux membres du personnel.

« Plusieurs des programmes de prévention offerts sont des one shot deal », affirme Martine Hébert. C’est clair qu’un atelier d’une heure, ça n’a pas autant de portée que s’il est combiné avec d’autres activités de sensibilisation et de formation. Pour que ce soit efficace, il faut que les messages préventifs soient répétés. »

Évaluations

Mais ce qui l’inquiète vraiment, c’est de constater que 70 % des établissements n’évaluent pas les programmes qu’ils mettent en place. Et ceux qui l’ont fait se sont contentés de sonder la satisfaction des participants, mais non l’impact réel de cette activité sur les connaissances, le changement d’attitude, la victimisation ou la perpétration des actes de violence sexuelle.

« Il faut être capable de s’assurer que ça fonctionne, que ça change quelque chose, s’exclame Martine Hébert. Il faut faire des contrôles pour voir concrètement les impacts de chacun de ces programmes, sinon on va faire des programmes, mais sans jamais savoir si ce sont les meilleurs. »

Plusieurs établissements s’interrogent sur les meilleures façons de rejoindre les clientèles qui ne sont pas déjà sensibilisées à cette problématique, dans la mesure où il s’agit d’activités volontaires. Ils aimeraient avoir du matériel « clé en main » déjà testé et approuvé pour s’assurer d’avoir un maximum d’impact.

Un autre défi mentionné est le manque de ressources. « Nous avons beaucoup d’idées, mais peu de ressources », résume un répondant cité sur une base anonyme dans le rapport.

Selon les auteurs, « le bilan actuel [démontre] la nécessité de soutenir les milieux dans l’élaboration, la planification et la dispensation d’activités préventives ».

C’est d’autant plus important que la nouvelle loi 151, qui entrera en vigueur en septembre, oblige tous les établissements postsecondaires à se doter de politiques spécifiques pour contrer les violences sexuelles, incluant la mise en place de pratiques préventives. On peut donc penser que le nombre d’activités va se multiplier au cours des prochains mois.

« À la suite de la mise en oeuvre officielle [de la loi], il serait souhaitable non seulement d’évaluer les pratiques préventives qui en auront découlé, mais également de procéder à une évaluation de son implantation, notamment afin de vérifier jusqu’à quel point les mesures prévues dans la loi sont appliquées dans l’ensemble des établissements », concluent les auteures du rapport.