Québec incite les écoles à prendre le virage numérique

À la rentrée, toutes les écoles primaires et secondaires du Québec pourront mettre à la disposition des enseignants des «combos numériques» incluant des robots adaptés aux différents niveaux, des iPad et des imprimantes 3D, notamment.
Photo: Francis Vachon Le Devoir À la rentrée, toutes les écoles primaires et secondaires du Québec pourront mettre à la disposition des enseignants des «combos numériques» incluant des robots adaptés aux différents niveaux, des iPad et des imprimantes 3D, notamment.

Robots, codage, formation des enseignants, plateforme numérique nationale… Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, prépare le terrain pour que le réseau de l’éducation soit prêt à prendre le virage numérique en 2019-2020.

En attendant, son gouvernement injecte 212 millions de dollars dès cette année pour accroître la place du numérique, de l’école primaire jusqu’à l’université.

Ainsi, à la rentrée, toutes les écoles primaires et secondaires du Québec pourront mettre à la disposition des enseignants des « combos numériques » incluant des robots adaptés aux différents niveaux, des iPad et des imprimantes 3D, notamment.

« Ce n’est pas grave si le 4 septembre ce n’est pas fait partout. C’est dans l’année qui vient, la prochaine rentrée, qu’on veut que le Québec change », déclaré le ministre mercredi lors du dévoilement de son Plan d’action numérique, une stratégie de 1,3 milliard sur cinq ans.

Certains combos sont déjà testés par des classes dans le cadre d’un projet-pilote. Lors de l’annonce mercredi, des élèves et leurs professeurs s’activaient derrière des kiosques. Avec leurs ordinateurs portables, les jeunes programmaient dans leur ordinateur les déplacements qu’ils souhaitaient faire faire à un robot dont ils testaient ensuite les déplacements au sol. À lui seul, ce volet du Plan d’action numérique coûtera 45 millions de dollars en équipement et 15 millions en formation cette année.

Les cégeps et universités doivent eux aussi recevoir 10 et 20 millions de dollars respectivement, mais les représentants du ministère ont été moins précis sur l’usage qu’on en fera. On mentionne notamment le déploiement d’un « eCampus » regroupant tous les cours offerts à distance dans le réseau.

Le Plan prévoit aussi la création d’un dossier numérique unifié pour tous les élèves et des fonds pour assurer la formation continue du personnel.

On ne sait pas quels fonds supplémentaires seront offerts aux enseignants. Le gouvernement va notamment payer pour que les professeurs soient libérés lors des Journées numériques, un nouvel événement de formation continue. Le Plan prévoit également qu’on modifie la formation des futurs professeurs à l’université, mais rien n’est prévu sur ce plan avant l’hiver 2019.

Le Plan a été accueilli avec un certain scepticisme par la Coalition avenir Québec (CAQ), qui reproche au ministre de s’immiscer dans la gestion des écoles. Selon son porte-parole en éducation, Jean-François Roberge, « si une école a déjà pris le virage numérique, a déjà des iPad et de la robotique et que, de son côté, elle a besoin d’argent pour le mobilier et la bibliothèque, elle sera pénalisée. Cet argent-là est voué au numérique et à rien d’autre ». Parlant d’« improvisation », la députée péquiste Carole Poirier a réagi sur Twitter en disant que « ça ressemble aux tableaux blancs ».

Du côté syndical, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) déplore qu’on n’ait pas évalué les besoins du milieu avant d’agir. La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) trouve par ailleurs elle aussi la démarche précipitée. « Des gadgets dispendieux seront distribués à la hâte dès la prochaine rentrée scolaire », dénonce son président, Sylvain Mallette. « Le numérique doit être au service des professeurs, pas le contraire. »

Nouveaux fonds pour les tableaux blancs interactifs

Le virage vers la programmation est loin de signer l’arrêt de mort des tableaux blancs interactifs, a par ailleurs révélé le ministre Sébastien Proulx. « Il faut poursuivre le maintien, l’entretien et l’acquisition de ces appareils qui sont importants et font partie de la réalité de nos enfants », a déclaré le ministre en réponse à la question d’une journaliste. Acquis en 2011 par le gouvernement Charest au coût de 240 millions, les tableaux blancs interactifs ont été loin de faire l’unanimité dans le milieu de l’enseignement. En 2013, un rapport interne du ministère avait en outre révélé que ces tableaux branchés à Internet avaient été payés plus cher que leur valeur estimée. Ne risque-t-on pas de reproduire cette erreur avec l’achat massif de robots, comme l’a suggéré le Parti québécois mercredi ? L’approche est différente, selon le professeur Thierry Karsenti, un expert de l’utilisation du numérique à l’école basé à l’Université de Montréal. « Les tableaux numériques, ça avait été imposé aux écoles », note-t-il en soulignant que, cette fois, les écoles peuvent choisir entre différents outils.