L’école montréalaise fait rêver l’État français

La secrétaire d’État française chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, a visité l’école Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, mercredi.
Photo: Marco Fortier Le Devoir La secrétaire d’État française chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, a visité l’école Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, mercredi.

Quand on se compare, on se console. Le modèle québécois d’inclusion des élèves handicapés dans les écoles ordinaires, contesté par les syndicats d’enseignants, sert d’inspiration au gouvernement français.

La secrétaire d’État française chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, est sortie enchantée d’une visite à l’école Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, mercredi.

Cette école primaire située en plein quartier défavorisé offre cinq classes réservées aux élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Une quinzaine d’autres élèves autistes sont intégrés dans les classes ordinaires, de la maternelle à la sixième année.

Les écoles du Centre-Sud font généralement la manchette pour les mauvaises raisons. Certaines sont aux prises avec des problèmes de moisissures. On entend aussi dire que les écoles situées dans les secteurs défavorisés doivent enseigner à des élèves « poqués », démotivés, qui ont des problèmes de comportement.

Ça va pourtant bien à l’école Saint-Anselme. Assez bien, en tout cas, pour que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) fasse visiter l’établissement à une ministre française venue chercher un modèle d’école « inclusive ».

« Vous me faites rêver, là ! » a lancé la ministre Sophie Cluzel au directeur de l’école Saint-Anselme, Stéphane Brunet. Elle a été impressionnée par ce qu’elle a vu en parcourant l’école de 240 élèves avec des représentants de la CSDM, du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et du ministère des Relations internationales.

La secrétaire d’État — qui a elle-même une fille trisomique de 22 ans — s’est fait confier la mission de bâtir en France un réseau public « inclusif », où les élèves handicapés ou ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) ont leur place sur les bancs de l’école ordinaire. Ce concept d’inclusion est récent en France : le nombre d’élèves HDAA en classe ordinaire a presque doublé au cours de la dernière décennie.

« Ce qui caractérise vraiment le modèle québécois et canadien, c’est que cette notion du vivre-ensemble, elle est réelle. Le handicap est une différence parmi toutes les diversités qui existent au sein de l’école », dit Sophie Cluzel au Devoir.

Du soutien pour les enseignants

La ministre retient au moins deux points importants de sa visite : la petite taille des classes spécialisées (deux adultes pour huit élèves) et l’offre de services professionnels (orthopédagogues, éducatrices spécialisées) au sein même de l’école. En France, ces professionnels de soutien se trouvent hors des écoles, note Sophie Cluzel.

« Il faut qu’on ait une palette de ressources possibles et que l’enseignant ne se sente pas seul, mais vraiment accompagné par des professionnels dans cette nouvelle école inclusive que l’on veut bâtir en France », ajoute-t-elle.

Vous touchez un point sensible, Madame la Ministre. Les syndicats d’enseignants appuient le principe d’une école inclusive, mais déplorent le manque d’appui aux professeurs en classe.

« On est tous pour l’inclusion des élèves dans leur école de quartier et en classe ordinaire quand c’est possible, mais jamais au détriment des services spécialisés. Il faut aussi le redire : on n’a pas assez de classes spécialisées », dit Catherine Renaud, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal.

Le faible ratio maître-élèves dans les classes spécialisées, le syndicat l’a arraché de haute lutte, au tournant des années 2000. Et la bataille continue, rappelle Catherine Renaud.