Continuer malgré la pénurie d'étudiants

Alice Mariette Collaboration spéciale
Les programmes ont des particularités uniques dont la réputation est d’être des «programmes bottes de caoutchouc», en référence aux nombreuses sorties sur le terrain des étudiants.
Photo: iStock Les programmes ont des particularités uniques dont la réputation est d’être des «programmes bottes de caoutchouc», en référence aux nombreuses sorties sur le terrain des étudiants.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En région, le recrutement peut s’avérer difficile. Résultat : s’il n’y a pas assez d’étudiants, certains cours ne sont pas donnés et plusieurs programmes sont tout simplement annulés. Une situation aux multiples conséquences pour la communauté universitaire.

« C’est comme un cercle vicieux, car il y a moins d’étudiants dans les programmes et donc ceux-ci sont annulés parce que le nombre d’inscriptions n’est pas élevé… En plus, les étudiants sont découragés, car parfois plusieurs des cours annoncés ne sont jamais donnés, faute d’inscriptions », déplore Marie-Josée Bourget, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec en Outaouais (SCCC-UQO).

Même constat, mais dans une région différente, de la part de Louise Bérubé, présidente du Syndicat des chargés et chargées de cours de l’Université du Québec à Rimouski (SCCC-UQAR). « On constate une diminution de la clientèle étudiante depuis quelques années. Nous couvrons la Gaspésie et les îles de la Madeleine. Ce sont des régions qui sont souvent abandonnées par le gouvernement et donc qui ont tendance à se vider des jeunes, car ceux-ci vont plutôt se diriger vers les grands centres », note celle qui enseigne à l’UQAR depuis plus de 30 ans.

Alors que Mme Bérubé a déjà donné trois ou quatre cours par année, en 2017-2018 elle n’en a donné qu’un seul et elle ne pense pas en avoir à la rentrée. « C’est dramatique, ce que les chargés de cours perdent. Les professeurs continuent à faire leur travail, même s’ils pigent dans un bassin de cours moins nombreux, ce sont les chargés de cours qui écopent le plus », relate-t-elle.

De plus, lorsqu’un cours est annulé, le chargé de cours risque de l’apprendre au dernier moment. « Quand nous apprenons que le cours ne sera pas donné, on ne peut pas en choisir un autre, car à ce moment-là tout le processus d’attribution est terminé », ajoute Mme Bourget. Ainsi, le nombre de chargés de cours qui enseignent dans plusieurs universités augmente chaque année. « Tout le système fragilise les chargés de cours et, à cause des probabilités d’avoir un cours annulé, on va essayer d’en avoir plus, ce qui veut dire qu’on va aller dans d’autres universités pour être capable d’avoir un salaire décent à la fin de l’année », ajoute la présidente du SCCC-UQO.

Par ailleurs, Marie-Josée Bourget mentionne les cours « en supervision », où l’étudiant ne rencontre le professeur qu’à quelques reprises avant de finir le cours à distance, par lui-même. « D’une part, on considère que la qualité de nos cours, quand on les donne sous ce format, n’est pas à la hauteur et, d’autre part, lorsqu’un chargé de cours s’occupe d’un cours en supervision, la rémunération représente un dixième d’une charge de cours, alors que ce n’est pas un dixième du travail que l’on fait », assure-t-elle.

Les universités maintiennent le cap

Pour éviter une situation catastrophique, Marie-Josée Bourget et Louise Bérubé s’entendent pour dire que de meilleures subventions gouvernementales leur permettraient d’avoir un peu plus d’air. « Je pense que l’UQAR a été l’une des universités qui ont perdu le plus, avec des coupes de 1,2 million, et cette année on parle d’un réinvestissement de 80 000 $… Mais les coupes ont fait très mal, nous avons été écorchés et il faut qu’il y ait une volonté gouvernementale pour que l’on puisse s’en remettre », estime Mme Bérubé, ajoutant avoir conscience de jouer dans un bassin où il y a peu d’argent. « Ce n’est pas un discours que l’Université tient pour rendre la situation dramatique, c’est vraiment dramatique. L’Université tient quand même, mais si on avait plus d’air, cela serait plus facile », pense-t-elle.

En outre, que cela soit à l’UQAR ou à l’UQO, les programmes ont des particularités uniques, à l’instar de ceux de biologie et de géographie de l’UQAR, dont la réputation est d’être des « programmes bottes de caoutchouc », en référence aux nombreuses sorties sur le terrain des étudiants. « On a le fleuve en face de chez nous, on a les montagnes en Chaudière-Appalaches… Par exemple, lorsque je donne des cours à des étudiants qui veulent enseigner la chimie ou les sciences au secondaire, il est fréquent que ceux-ci fassent des sorties en bateau ou des analyses de l’eau. Ici, on parle du territoire, des chances que cela donne aux étudiants d’avoir un programme qui se distingue des autres », détaille Mme Bérubé. Elle rappelle que l’UQAR est « une grande université de petite taille », où les classes sont restreintes et où le contact entre professeurs, chargés de cours et étudiants est favorisé.