Les enjeux étudiants sont nombreux

Alice Mariette Collaboration spéciale
Avec le projet de loi 151, visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, le président de l’Union étudiante du Québec parle d’une «prise de conscience collective».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Avec le projet de loi 151, visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, le président de l’Union étudiante du Québec parle d’une «prise de conscience collective».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Rémunération des stages, précarité des étudiants, harcèlement, santé psychologique… Autant de sujets qui touchent les étudiants québécois et se retrouvent au cœur des actions de l’Union étudiante du Québec (UEQ).

« On constate que cela a été une des grandes réussites du réseau Université du Québec dans les 50 dernières années, de démocratiser l’enseignement supérieur au Québec, de le rendre accessible dans les différentes régions, de revitaliser nos régions et d’entretenir des pôles régionaux de savoir et d’innovation dans ces régions-là », lance en préambule Guillaume Lecorps, président de l’UEQ, qui représente 79 000 étudiants à travers la province. Il tient aussi à rappeler que les réalités sont propres à chaque région. Ainsi, quelles que soient les mesures mises en place, elles doivent avant tout refléter les besoins des différentes communautés.

Les précarités étudiantes

Pour Guillaume Lecorps, il est urgent que le financement de l’enseignement supérieur soit revalorisé. « Ces dernières années, les coupes ont été draconiennes, on constate sur le terrain que les services aux étudiants et étudiantes ont été grandement touchés », mentionne-t-il. Cependant, l’annonce récente du gouvernement de payer les étudiants en enseignement lorsqu’ils réalisent leur stage final et qu’ils sont responsables d’une salle de classe a été accueillie comme une bonne nouvelle à l’UEQ. « Maintenant, il faudra s’assurer que lorsque ces 15 millions [promis par le gouvernement] seront ventilés et remis aux stagiaires, ils vont permettre de répondre à la précarité des étudiants et étudiantes pendant leur stage. On trouve que cela s’inscrit bien dans l’approche de valoriser la profession enseignante, mais il y a également un thème important, qui est de répondre à la précarité financière des étudiants et étudiantes pendant le stage. »

Il insiste par ailleurs sur le fait que la précarité sous toutes ses formes touche les étudiants. Sur ce sujet, l’UEQ a récemment mené une recherche sur l’endettement estudiantin pour constater que le plus gros facteur en est le logement. « Les solutions passent par l’aide financière aux études, donc il faut poursuivre notre travail pour peaufiner cette aide et pour qu’avec les années qui passent, les dépenses qui sont admises comme recevables au programme d’aide financière aux études suivent la courbe d’inflation », indique M. Lecorps. Concernant les étudiants salariés, il estime qu’il y a une certaine prudence à observer quand vient le temps de conjuguer travail et études. « Cela peut engendrer une pression énorme sur la réussite scolaire ou encore une précarité du temps », note-t-il.

Après le mouvement #MoiAussi

Un autre sujet d’actualité sur les campus est celui du harcèlement et des violences à caractère sexuel, qui touche directement les universités. Avec le projet de loi 151, visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, adopté à l’Assemblée nationale en novembre dernier, Guillaume Lecorps parle d’une « prise de conscience collective » qui semble s’amorcer. « La loi 151 vise à doter les établissements, ainsi que les survivantes et survivants sur les campus des ressources dont ils ont besoin. Cela dit, il va falloir s’assurer qu’au-delà du projet de loi qui a été adopté, du financement promis par la ministre Hélène David, que cela va demeurer consacré à fournir ce service et qu’il sera suffisant pour répondre aux besoins dans les différents campus et selon les réalités propres à chacun », décrit-il. L’UEQ vient de lancer la nouvelle campagne de mobilisation #Consensus.

Santé mentale des étudiants

Par ailleurs, Guillaume Lecorps se dit aussi préoccupé par un autre grand enjeu : celui de la santé mentale. Actuellement, l’UEQ mène une enquête québécoise en vue de bien comprendre l’entièreté des problématiques vécues par les étudiants dans les campus. « Avec les quelques données que nous avons déjà, nous constatons que le portrait est relativement alarmant. Nous voulons trouver des pistes de solution claires en fonction des établissements, des mesures qui pourraient être mises en place en matière de prévention et de services pour venir en aide à celles et ceux qui vivent avec des troubles de la santé psychologique », explique le président de l’UEQ. Il insiste sur l’importance de l’engagement des différentes associations dans les établissements. « Pour savoir comment les étudiantes et étudiants se portent sur nos campus, il faut s’adresser à ceux qui les connaissent le mieux, les associations, car ce sont elles qui les consultent au quotidien et peuvent les représenter, par exemple dans le développement des politiques », explique-t-il.