Handicaps multiples pour le réseau de l’UQ

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Les fondations des grandes entreprises ont tendance à subventionner les universités ayant déjà un prestige important et, sur ce point, la jeunesse de l’UQ ne joue pas en sa faveur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les fondations des grandes entreprises ont tendance à subventionner les universités ayant déjà un prestige important et, sur ce point, la jeunesse de l’UQ ne joue pas en sa faveur.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le réseau de l’Université du Québec (UQ) doit s’en sortir avec un sous-financement structurel qui l’accompagne depuis sa fondation, et ce n’est pas le réinvestissement annoncé la semaine dernière par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, qui modifiera la donne, clament les syndicats.

« Financièrement parlant, l’UQ est désavantagée à plein de niveaux et ce n’est pas la nouvelle politique de financement présentée récemment par la ministre David qui va changer les choses », affirme Michel Lacroix, vice-président du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ-CSN). « Les subventions demeurent en fonction du nombre d’étudiants inscrits en équivalent temps plein. Or, l’UQ a la particularité de recevoir beaucoup d’étudiants à temps partiel, et chacun d’eux ne coûte finalement pas beaucoup moins cher qu’un collègue inscrit à temps plein. »

Si l’UQ compte autant de temps partiel, c’est pour répondre à l’une de ses missions, à savoir rendre les études supérieures plus accessibles. Ici, plus qu’ailleurs, les étudiants sont à la fois à l’université et sur le marché du travail. Ainsi, dans l’ensemble des universités québécoises, moins de 20 % des étudiants sont à temps partiel contre plus de 35 % dans le réseau de l’UQ. Or, quel que soit leur statut, les frais de chauffage des locaux ou le temps de registrariat demeurent les mêmes.

Le 17 mai dernier, Hélène David a levé le voile sur la nouvelle politique de financement des universités, tant attendue au sein de la communauté universitaire. Quelque 1,5 milliard de dollars seront réinvestis d’ici 2022-2023. C’est bien, commente M. Lacroix, mais il souligne que cela ne fait que rattraper le niveau de 2012, ce qui se traduit donc par un financement à la baisse en dollars constants.

Le syndicaliste regrette par ailleurs que même si les filières littéraires, humaines et sociales sont revalorisées dans la nouvelle formule de financement, celle-ci continue de privilégier les étudiants inscrits dans les disciplines biomédicales et en génie, ainsi que les deuxième et troisième cycles aux dépens des baccalauréats.

Moins de mécénat

« Un étudiant en médecine va faire gagner à son université beaucoup plus d’argent qu’un futur philosophe, illustre M. Lacroix. Or, les facultés de médecine sont les chasses gardées des universités à charte. Il y a un grave problème de financement du côté des sciences humaines et sociales, où se concentre la majorité des programmes de l’UQ. C’est tellement vrai que les universités qui ont une faculté de médecine ont mis en place un système de péréquation entre leurs différents départements pour rééquilibrer les finances de ceux qui touchent moins d’argent de la part du gouvernement. »

La présidente du Syndicat des chargés et chargées de cours de l’UQAM, Marie Blais, insiste également sur le fait que, toujours pour répondre à sa mission d’accessibilité et de démocratisation des études supérieures, une grande proportion des étudiants de l’UQ est des étudiants de première génération.

Une réalité qui comporte ses propres défis en matière d’accompagnement, ce qui se traduit par des coûts supplémentaires. Même chose si l’on considère les étudiants autochtones, proportionnellement plus présents dans le réseau de l’Université du Québec, notamment en Abitibi. Or, si dans le discours, la ministre dit vouloir tenir compte de cette réalité, les syndicalistes font valoir qu’ils ne voient rien de concret à ce sujet dans la nouvelle politique.

S’il est donc plus difficile pour le réseau de l’UQ d’aller chercher l’argent dans les poches du ministère de l’Enseignement supérieur, celui-ci n’est pas non plus le mieux placé pour recevoir de l’argent privé. Les fondations des grandes entreprises ont en effet tendance à subventionner les universités ayant déjà un prestige important et sur ce point, la jeunesse de l’UQ ne joue pas en sa faveur. Quant aux mécènes, ils sont souvent à trouver parmi les anciens diplômés des établissements. Or, ceux-ci sortent pour la plupart de filières littéraires, humaines ou sociales, qui mènent à des métiers qui ne figurent pas parmi les plus rémunérateurs.

Étudiants étrangers

Pour améliorer leurs finances, toutes les universités québécoises se tournent depuis quelques années vers les étudiants étrangers, dont les droits de scolarité sont supérieurs à ce que paient les Québécois. Mais là encore, le réseau de l’UQ est désavantagé, par rapport aux universités anglophones cette fois. Langue commune oblige, l’Université du Québec attire en effet principalement des Français. Or, en vertu d’un accord entre la France et le Québec, ces derniers bénéficient de droits réduits.

Une situation qui ne devrait que s’aggraver, la nouvelle politique prévoyant le déplafonnement des droits de scolarité pour les étudiants étrangers, en dehors des Canadiens, des Français et des Belges.

« La libéralisation des droits de scolarité pour les étudiantes et les étudiants internationaux créera des iniquités entre les universités et aura notamment des impacts sur l’avenir et le développement des établissements en région, soutient le président sortant de la Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), Jean Murdock. À McGill et Bishop’s, par exemple, les étudiants canadiens non résidents du Québec et les étudiants étrangers représentent près de la moitié de l’effectif total. Or, c’est loin d’être le cas des universités du réseau de l’Université du Québec en région. »

M. Lacroix craint que cela n’engendre une pression pour que plus de cours se donnent en anglais dans les universités francophones.

« Sans compter que les universités mettent beaucoup d’énergie, donc beaucoup de moyens, pour attirer les élèves d’ailleurs, note Mme Blais, et que c’est de l’argent que nous ne pouvons donc pas consacrer à nos étudiants. On s’éloigne ainsi de notre mission première, celle de permettre aux étudiants de partout au Québec d’avoir accès à l’université et d’en sortir diplômés. »

Marie Blais regrette par ailleurs que le financement, qui demeure donc par tête de pipe, soit réévalué chaque année.

« Les universités doivent pouvoir avoir de la prévisibilité sur plusieurs années, estime-t-elle. Il pourrait être envisagé de recenser le nombre d’étudiants tous les cinq ans, par exemple, plutôt que chaque année. »