50 ans de développement en région

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La journée d'accueil et d'inscription des nouveaux étudiants à l'Université du Québec à Chicoutimi a eu lieu au mois de mai.
Photo: Université du Québec à Chicoutimi La journée d'accueil et d'inscription des nouveaux étudiants à l'Université du Québec à Chicoutimi a eu lieu au mois de mai.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans les cinq universités du Québec établies à l’extérieur de Montréal et Québec, plusieurs programmes des cycles supérieurs et un ratio élevé d’unités de recherche sont collés aux besoins de leur région. C’est ce qui émane des chiffres dévoilés lors du dernier congrès de l’Acfas par Marc-Urbain Proulx, professeur au Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial, qui mène actuellement des recherches sur le rôle du réseau de l’Université du Québec sur le développement régional. « Ce fut une découverte, indique le chercheur. Je ne pensais pas que nos programmes et nos recherches étaient aussi ciblés sur les besoins du milieu. »

Dans le cas de l’enseignement aux cycles supérieurs, environ 30 % des programmes offerts par les cinq établissements sont orientés en partie ou spécifiquement sur les besoins de leur région. Cette proportion oscille entre 25 % et 32 % selon l’établissement.

Parmi les unités de recherche que Marc-Urbain Proulx a triées selon leur titre ou leur mission, celles qui se penchent en partie ou spécifiquement sur des besoins régionaux s’avèrent nombreuses dans chacune des cinq universités, malgré des écarts dans les ratios. Elles représentent 33 % de celles compilées à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et 37 % de celles à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Leur proportion monte à 63 % à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et grimpe au-dessus de 83 % à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). « On voit que ces deux [dernières] universités font des efforts particuliers, avec leurs instituts, laboratoires, centres et chaires de recherche, pour servir et s’ancrer dans les besoins du milieu. »

Prochaine étape : affiner ces statistiques. Avec son assistante de recherche, il prévoit contacter les unités de recherche pour détailler l’ensemble des projets et chercheurs afin de mieux préciser à quels besoins régionaux ils s’attardent. « Ça va nous donner une très belle vue sur l’envergure de l’effort réalisé par les UQ pour diversifier nos économies », espère-t-il.

Rappelons que l’un des objectifs du réseau de l’UQ, lors de sa création en 1968, consistait à développer les régions. Elles ont depuis étudié les secteurs minier, forestier et maritime, entre autres exemples.

Marc-Urbain Proulx souhaite connaître les répercussions de ces programmes, unités de recherche et implications articulés autour des réalités de leurs milieux sur le développement régional. « C’est difficile de voir les effets, soulève Marc-Urbain Proulx. On sait par les biographies des professeurs qu’ils siègent à différentes instances, à différents comités et à des conseils d’administration, mais ce n’est pas simple à mesurer. »

Certains milieux souhaitaient voir la création de « systèmes » mettant en relation des dizaines d’acteurs issues du milieu universitaire et du secteur du développement régional, soulève-t-il, notamment autour de créneau d’excellence. Or, de tels réseaux « sont rares », observe-t-il. « Ce que l’on voit surtout, ce sont des relations en petits groupes, où un professeur s’implique avec deux ou trois personnes du milieu, qu’ils soient des domaines sociaux ou économiques, autour d’initiatives novatrices. »

Avec la baisse démographique amorcée dans le milieu des années 1990, Marc-Urbain Proulx s’inquiète du cercle vicieux que cette réalité pourrait engendrer sur la clientèle universitaire, l’expertise sur des niches régionales dans les établissements d’enseignement supérieur, la diversification économique, l’emploi et la présence d’entreprises. Néanmoins, il croit que pour rétablir un cercle vertueux, l’université « peut avoir la mission de participer à la création d’un environnement favorable à la venue d’entreprises », à la fois par la formation d’une main-d’oeuvre qualifiée, mais aussi en créant un milieu social et culturel dynamique. Il évoque comme exemple récent le baccalauréat avec majeure en conception de jeux vidéo à l’UQAC, qui a incité Ubisoft à ouvrir un studio à Saguenay. Ce dernier a commencé ses activités en février 2018 et compte employer 125 personnes. Une preuve récente que les UQ peuvent jouer un rôle dans le développement économique de leur région.