L’Outaouais a désormais son observatoire

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La position géographique de l’Outaouais le place dans un contexte peu étudié et unique au Québec, qui a des répercussions certaines sur son développement.
Photo: Getty Images iStock La position géographique de l’Outaouais le place dans un contexte peu étudié et unique au Québec, qui a des répercussions certaines sur son développement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’Observatoire du développement de l’Outaouais (ODO) a vu le jour l’automne dernier. Son but ? Effectuer une veille, diffuser des informations et réaliser un transfert de connaissance pour favoriser le développement de la région et de ses communautés.

Dirigée par Martin Robitaille, professeur-chercheur au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), cette entité répond à une demande exprimée par le milieu.

Tout a commencé vers 2009, au moment où plus d’une douzaine de partenaires institutionnels et communautaires avaient collaboré à la réalisation d’un Portrait des communautés de l’Outaouais.

« Il était encore extrêmement difficile de trouver de l’information régionale », se rappelle le sociologue Martin Robitaille. Certaines statistiques et données étaient disponibles chez les organismes gouvernementaux, mais elles nécessitaient d’être rassemblées et ne donnaient pas une image détaillée de la réalité à une échelle plus locale.

Le Portrait des communautés de l’Outaouais a eu des répercussions positives en permettant à plusieurs organismes d’avoir une meilleure connaissance des collectivités sur le territoire. Ils ont pu ainsi mieux répondre aux besoins et prendre de meilleures décisions, notamment dans l’allocation de ressources. Dans les années qui ont suivi, l’exercice a été répété avec les données du recensement de 2011 et des chercheurs de l’UQO ont réalisé un portrait économique de la région. Malgré leur pertinence, ces outils et ces recherches restaient à pérenniser pour assurer un suivi continuel de l’évolution du territoire. « On voulait aller plus loin, parce que les besoins sont là », insiste Martin Robitaille

En février 2017, une journée de réflexion a été organisée au sujet de la création de l’ODO, qui a mené à l’embauche d’une première personne l’automne dernier, puis à la constitution d’une équipe pour démarrer ses activités au début de 2018. Ce printemps, l’équipe de l’ODO poursuit une tournée des cinq territoires de l’Outaouais pour rencontrer les différents acteurs de développement dans la région.

« Cette identité collective et régionale en a pris pour son rhume au cours des quatre dernières années », note-t-il, en faisant notamment allusion à l’abolition en 2014 des Conférences régionales des élus (CRE). « On est obligés de reconstruire des ponts entre les milieux ruraux et urbains, entre des enjeux comme le développement social et le développement économique. »

Martin Robitaille tient à préciser que l’ODO ne constitue pas qu’un bras de l’UQO, même si cette dernière est partenaire et soutient son administration, en plus de fournir des locaux et du matériel. L’ODO compte de nombreux autres partenaires, notamment Centraide Outaouais, la Chambre de commerce de Gatineau, Tourisme Outaouais et Vision centre-ville Gatineau. La Ville de Gatineau lui accorde même un financement de 100 000 $ par année prévu sur cinq ans. Les quatre municipalités régionales de comté (MRC) de la région ont aussi mis des sous dans le projet.

« On a aussi une fonction de mobilisation et de transfert des connaissances, explique M. Robitaille. On part du principe qu’on n’est pas seuls à avoir de la connaissance. Le milieu en a aussi. Donc, il faut mobiliser cette connaissance et la mettre en commun. Et on aura beau avoir les plus beaux tableaux statistiques et documents du monde, si les gens ne sont pas en mesure de les utiliser pour pouvoir transformer leurs pratiques, cela ne donne rien. »

L’ODO prévoit d’ailleurs d’organiser un forum pour les acteurs de développement de la région. Quant au Portrait des communautés de l’Outaouais, il sera mis à jour grâce à un financement de 30 000 $ octroyé par le Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de l’Outaouais.

Documenter la réalité frontalière

L’ODO mène aussi un projet de recherche sur un enjeu spécifique à sa région : sa situation frontalière. Ce projet a notamment reçu une subvention de 355 000 $ du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT).

La position géographique de l’Outaouais la place dans un contexte peu étudié et unique au Québec, qui a des répercussions certaines sur son développement, notamment lorsqu’il est question d’immobilier, mais aussi de cohabitation de systèmes d’éducation et de réseaux de transport collectif distincts. En 2011, selon l’Enquête nationale auprès des ménages, plus de 60 000 habitants de l’Outaouais travaillaient en Ontario. « On va éclairer cette situation, assure M. Robitaille. En même temps, on se demande ce qu’on peut faire pour aller tirer des occasions de cette situation frontalière. Le défi, c’est d’amener les gens des deux côtés de la rivière des Outaouais à se parler, de mieux comprendre les dynamiques et de trouver des occasions de développement. »

Aux yeux de Patrick Duguay, directeur général de la Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides (CDROL), l’ODO constitue « une des grandes innovations de la dernière année ». Son organisation, une habituée des recherches partenariales sur l’économie sociale avec les chercheurs de l’UQO, siège au conseil d’administration du nouvel observatoire. « On fait certains travaux d’analyse sur les dynamiques territoriales sous l’angle de l’économie sociale. Avec l’ODO, on va être capables d’ajouter une validation universitaire aux différents processus. Ce partenariat est extrêmement intéressant. »

Tout ça dans un contexte où Patrick Duguay se réjouit d’un regain d’intérêt chez les chercheurs pour le modèle économique promu par son organisation et l’émergence d’une relève motivée à entretenir ce lien entre l’UQO et la communauté. « Pour moi, c’est là où l’université en région trouve son sens. »