Une université n’est pas une tour d’ivoire

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
On parle plutôt de gestion participative, qu’on illustre par une roue dont les rayons représentent les 19 instances, avec chacune ses connaissances particulières qui contribuent à la prise de décisions.
Photo: iStock On parle plutôt de gestion participative, qu’on illustre par une roue dont les rayons représentent les 19 instances, avec chacune ses connaissances particulières qui contribuent à la prise de décisions.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si le réseau de l’UQ est reconnu pour être proche de la communauté, son ouverture sur son milieu est aussi sa marque de commerce. « L’ouverture sur le milieu, c’est de dire : “Attention, une université, ce n’est pas une tour d’ivoire.” Il faut être capable de s’ouvrir sur l’extérieur et s’assurer que l’on n’oeuvre pas en marge de la société, celle-là même qu’on est censé représenter et servir », lance Louise Briand, professeure titulaire au Département des sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais et présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais.

S’ouvrir sur le milieu, pour l’UQ, c’est donner de la place à l’externe, et c’est la raison pour laquelle il y a cinq représentants des milieux sociaux, culturels, du travail et des affaires qui siègent au CA de chacune des constituantes.

« L’UQ incarne plus que jamais l’ouverture sur le milieu. On le sent non seulement au conseil d’administration, mais aussi dans nos comités de programmes, où l’on a toujours un représentant socioéconomique, quelqu’un du milieu qui sera appelé à siéger pour donner son avis sur l’évolution des programmes et sur les orientations », précise Louise Briand, qui ajoute : « Généralement, ces gens-là apportent un regard très intéressant. En soi, c’est ce qui caractérise l’UQ par rapport aux universités à charte. »

Toutefois, l’esprit de la loi n’est peut-être plus aussi respecté qu’avant, craint la professeure. « Étant donné que les membres sont cooptés par les directions, ce qu’on observe, c’est un détournement du pouvoir. Il est très rare de voir ces personnes voter contre un recteur. » Elle précise qu’un CA est censé être un organe de surveillance de la direction, mais actuellement il est inopérant, incapable d’assumer son rôle adéquatement puisque les décisions ne sont pas contestées.

Louise Briand suggère que « les personnes qui siègent au CA soient choisies par les groupes qui œuvrent dans le milieu plutôt que par le recteur et que leur qualité juridique soit toujours actualisée afin qu’au bout du compte on respecte la loi et aussi l’esprit de la loi ».

La gestion participative

Dans le réseau de l’UQ, on réfute le modèle traditionnel pyramidal classique de gestion et on parle plutôt de gestion participative qu’on illustre par une roue dont les rayons représentent les 19 instances, avec chacune ses connaissances particulières qui contribuent à la prise de décisions. « C’est une belle invention parce que ça nous caractérise plus encore que l’ouverture sur le milieu. Les universités traditionnelles ont des structures hiérarchiques assez établies. Par exemple, les doyens sont des cadres alors qu’à l’UQ, ce sont des collègues », explique la professeure.

« Pourtant, depuis quelques années, on observe des directions d’université de plus en plus autoritaires, on voit des gens exclus des CA et, pour certains professeurs, il est plus difficile de parler en public sans se faire rappeler à l’ordre, et parfois c’est beaucoup plus subtil… » Louise Briand croit que cette hiérarchie, qu’on a autrefois refusée, est en train de se réinstaller. « On a le devoir d’être des critiques de la société et de l’institution qui est la nôtre. C’est un beau défi de maintenir vivante cette gestion participative », conclut-elle.