Impossible d’imaginer l’UQ sans chargés de cours

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Dès le début, le réseau de l’Université du Québec s’est bâti en s’appuyant sur la force de ses chargés de cours.
Photo: Abdelhak Senna Agence France-Presse Dès le début, le réseau de l’Université du Québec s’est bâti en s’appuyant sur la force de ses chargés de cours.

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« Les chargés de cours étaient là au début, ils sont là maintenant et encore pour un bon moment », lance d’entrée de jeu Stefana Lamasanu, de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ). En fait, ils représentent 50 % du corps enseignant du premier cycle et sont encore plus nombreux aux cycles supérieurs. L’UQ ne fait pas exception avec un ratio semblable à celui des universités à charte, et leur nombre varie selon les programmes et les facultés. « Dans certaines facultés où le programme repose sur la capacité d’enseigner en région éloignée, ce sont souvent les chargés de cours qui dispenseront les cours, et il n’est pas rare de voir ces cours offerts le soir, le week-end et à distance », rappelle la syndicaliste. Pour elle, « les chargés de cours assurent l’accessibilité aux études universitaires ».

Dès le début, le réseau de l’UQ s’est bâti en s’appuyant sur la force de ces chargés de cours. Il ne faut pas se le cacher, mais il est financièrement plus attirant pour une université de faire l’embauche d’un chargé de cours plutôt que d’un professeur. « Ça permet aussi d’offrir un plus large éventail de cours », ajoute-t-elle. Dans les années 1970, ce phénomène de flexibilisation des conditions de travail était notable. « Par la suite, dans les années 1990, la gestion néolibérale de l’emploi est allée de pair avec la précarisation et la contractualisation. Depuis, le phénomène s’est installé dans le réseau UQ », explique Stefana Lamasanu.

Comme les chargés de cours assurent l’accessibilité, la continuité entre la pratique et la formation et l’enseignement sous plusieurs formes, « notre lutte est de faire reconnaître leur apport dans les instances de l’UQ. Ainsi, l’UQ — dirigée par l’Assemblée des gouverneurs qui comprend les neuf dirigeants des universités affiliées, huit représentants socioéconomiques, trois professeurs et deux étudiants — ne compte pas de siège pour les chargés de cours. En 2006, une demande d’inclusion de notre part a déjà été refusée, et présentement nous comptons la remettre sur la table, afin d’aboutir à une gouvernance plus collégiale, qui inclut les chargés de cours », souligne Stefana Lamasanu.

« Nous, ce qu’on souhaite, ce n’est pas de devenir des profs, mais d’avoir plus de sécurité d’emploi », explique la syndicaliste, qui ajoute qu’une solution envisagée serait d’étudier la question des contrats renouvelables automatiquement après qu’un chargé de cours occupe un poste depuis un certain temps. « Nous avons des membres qui font toute leur carrière en tant que chargés de cours et, malgré tout, le spectre de la précarisation plane toujours sur eux. » Une autre solution serait de revoir les mécanismes de financement et les procédures de subvention. « Au fond, ce qu’on voudrait, c’est que notre contribution soit reconnue. »