Université Concordia: attirer les immigrants en région avec les études postsecondaires

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Selon Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, il n’est pas rare maintenant de voir certaines petites universités dans lesquelles les étudiants étrangers représentent 15 ou 20 % de l’effectif.
Photo: iStock Selon Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, il n’est pas rare maintenant de voir certaines petites universités dans lesquelles les étudiants étrangers représentent 15 ou 20 % de l’effectif.

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En 2016, Chedly Belkhodja, professeur et directeur de l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, a effectué trois séjours à Rimouski afin d’étudier de plus près l’intégration d’étudiants de l’île de la Réunion. Les cégeps de l’Est-du-Québec et l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) comptent un bon nombre d’étudiants de ce département français de l’océan Indien, notamment en raison de protocoles d’ententes bilatéraux favorisant leur mobilité.

« Nous cherchons à mieux cerner les enjeux de la mobilité étudiante dans le contexte d’efforts faits au Québec et au Canada pour régionaliser l’immigration, laquelle tend à se concentrer dans les grands centres, explique Chedly Belkhodja. Nous nous intéressons non seulement au séjour d’études, mais aussi à la rétention de ces étudiants dans la région après l’obtention de leur diplôme. »

Le chercheur participe d’ailleurs à une étude similaire à l’Université de Saint-Boniface, à Winnipeg, alors que d’autres chercheurs l’imitent dans des universités anglophones ailleurs au Canada. C’est d’ailleurs pendant ces vingt années passées à l’Université de Moncton qu’il a commencé à s’intéresser à la mobilité étudiante. « Les inscriptions des étudiants acadiens tendaient à diminuer et l’université a développé des stratégies pour recruter davantage à l’international, se remémore-t-il. Cela a transformé le campus. Il n’est pas rare maintenant de voir certaines petites universités dans lesquelles les étudiants étrangers représentent 15 ou 20 % de l’effectif. »

Un projet exigeant

Le professeur a profité de ses séjours à Rimouski pour mener de nombreuses entrevues semi-dirigées avec des administrateurs et des employés de l’UQAR et du cégep de Rimouski, ainsi qu’auprès de responsables municipaux et de certains étudiants. Il suit plus particulièrement deux étudiants, un Réunionnais et une Française, avec lesquels il a mené plusieurs entretiens, en plus d’échanger des courriels et des messages texte. Il a donc pu voir l’évolution de ces deux étudiants, qui ont terminé leurs études, mais habitent encore dans la région.

« Les résultats de l’étude montrent l’utilité des protocoles bilatéraux pour régionaliser l’immigration, avance le chercheur. C’est très frappant de voir que des jeunes de 18 ou 19 ans viennent ici non seulement avec l’intention d’étudier, mais aussi avec l’espoir de s’établir et, dans certains cas, de faire leur vie au Québec. »

Un projet exigeant pour des jeunes qui se retrouvent très loin de leur famille, dans de petites villes où ils ne retrouvent pas nécessairement beaucoup de ressortissants de leur pays. Au départ, les étudiants étrangers ont tendance à se réunir avec leurs collègues venus du même pays. Certains tendent aussi à se confiner au campus. Cependant, Chedly Belkhodja a constaté que les étudiants français et réunionnais s’intégraient plus facilement et montraient une réelle volonté de sortir du campus et de vivre dans la ville. La possibilité pour les étudiants étrangers de travailler à l’extérieur de l’université joue un rôle important en ce sens. Cela leur permet de rencontrer des gens nés au Québec ou ailleurs et de se créer un réseau plus étendu. Les associations étudiantes jouent aussi ce rôle et le chercheur souligne que bien des étudiants étrangers n’hésitent pas à s’y engager.

Les établissements d’enseignement s’efforcent par ailleurs d’offrir un encadrement pour aider les étudiants réunionnais à apprivoiser un enseignement et des modes d’évaluation parfois passablement différents de ceux qu’ils ont connus chez eux.

Trouver un emploi

Le cégep de Rimouski compte sur l’apport annuel d’environ 400 étudiants provenant de l’extérieur de son territoire pour tenter de maintenir le nombre d’inscrits à environ 3000, soutenait la direction lors des travaux d’élaboration de son plan stratégique 2017-2022. De son côté, l’UQAR comptait 408 étudiants internationaux à l’automne 2017, dont 217 au premier cycle, soit environ 6 % du total de ses inscrits, selon le Bureau de coopération interuniversitaire.

Le cégep de Matane, lui, affichait son plus fort contingent d’étudiants étrangers à l’automne 2017, avec 246 inscriptions sur les 705 étudiants de l’établissement. Comme à Rimouski, une bonne partie d’entre eux provenaient de l’île de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Nouvelle-Calédonie et de la Martinique, des départements ou territoires d’outre-mer de la France, ce qui tend à démontrer l’apport des ententes bilatérales avec ces territoires.

Reste que l’établissement à plus long terme en région passe par l’emploi. « S’ils ne trouvent pas un travail à la fin de leurs études, ces jeunes quitteront la région, soit pour aller vers une plus grande ville ou pour retourner chez eux », confirme Chedly Belkhodja.