Gérer la dénonciation, le nouveau lot des écoles

Des parents de jeunes victimes et des adolescentes rencontrées par Le Devoir dénoncent la banalisation des violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires. Des organismes, dont la Maison d’Haïti, ont réclamé cette semaine une loi pour protéger les jeunes victimes, parfois obligées de côtoyer leur agresseur dans les classes. Que font les écoles ?

« Il n’y a pas de situations vécues par nos élèves qui nous laissent indifférents, répond Hélène Bourdage, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Je ne dis pas que tout est parfait et qu’il n’y a pas des gens qui ne sont pas à leur affaire, mais de façon générale, c’est sûr qu’on prend tout à coeur. »

Elle rappelle que les violences sexuelles sont traitées dans le cadre du plan de lutte contre l’intimidation et la violence, obligatoire dans toutes les écoles du Québec, mais reconnaît que cet aspect précis mériterait d’être optimisé. « Les écoles font avec les moyens du bord, au meilleur de leurs connaissances, dit-elle. Mais il n’y a vraiment pas assez de sexologues dans les commissions scolaires. La sexualité, c’est leur domaine, ils ont les bons mots pour dire les choses… »

Au primaire, il y a une grande méconnaissance de la sexualité des enfants. Il y a beaucoup de travail à faire.

Il s’avère d’autant plus important d’engager des sexologues que les écoles s’apprêtent à implanter le nouveau cours d’éducation à la sexualité cet automne. Cela permettra de faire de la prévention. Et l’on s’attend à ce qu’il donne des mots aux jeunes et libère la parole, entraînant possiblement une hausse des signalements.

Est-ce que les écoles sont bien outillées pour gérer ces dénonciations ? « Pas du tout ! » répond sans hésitation Stéphanie Houle, sexologue à la commission scolaire des Affluents. À elle seule, elle dessert les 52 écoles primaires et 14 écoles secondaires sur le territoire de Lanaudière. À raison de trois jours semaine. Dire qu’elle est « très sollicitée » est un euphémisme.

« Les besoins sont énormes. Je forme beaucoup de gens, mais ça n’amène pas une expertise pointue et précise en matière de sexualité. Déjà, au secondaire, on a de meilleures connaissances. Mais au primaire, il y a une grande méconnaissance de la sexualité des enfants. Il y a beaucoup de travail à faire. »

Le problème est d’autant plus complexe que les écoles ont l’obligation de scolariser tous les enfants. Faut-il renvoyer l’agresseur pour protéger la victime ? Sur cette question épineuse, les experts hésitent. Si certains cas nécessitent une expulsion de l’agresseur, ça doit rester une solution de dernier recours.

« L’école est obligatoire, rappelle Annie Fournier de la Fondation Marie-Vincent. Alors, on fait quoi ? Si on déplace l’enfant dans une autre école, on ne fait que changer le problème de place, car il risque de poser d’autres gestes inappropriés sur d’autres enfants. Ce qui est important, c’est qu’il reçoive de l’aide. »

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