Technopôle Angus: Camil Bouchard défend le modèle d’école proposé

Le conseiller en éducation du Parti québécois, Camil Bouchard, en février dernier
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le conseiller en éducation du Parti québécois, Camil Bouchard, en février dernier

Le conseiller en éducation du Parti québécois, Camil Bouchard, défend bec et ongles le modèle controversé d’école « autonome » projeté sur le site du Technopôle Angus qu’il a développé à titre de consultant pour le compte du promoteur.

Certains y voient une réplique du modèle des écoles à charte américaines. D’autres craignent un pas de plus vers une privatisation de l’éducation. D’autres, enfin, évoquent l’ajout d’une « quatrième vitesse » dans un système déjà très inéquitable, comme le rappelait récemment le conseil supérieur de l’éducation.

Mais pour Camil Bouchard, qui était consultant pour la Société de développement Angus avant de revenir en politique pour conseiller le PQ en matière d’éducation, c’est un modèle « innovant » qui va, au contraire, bénéficier au système public.

Son projet, c’est « quelque chose qui vient dire à tous les gens qui aiment l’école publique : oui, mais on peut faire autrement et emprunter à divers systèmes, comme les CPE, des modes de gouvernance qui rapprochent le parent de la décision et de la vie quotidienne des enfants », explique M. Bouchard en entrevue.

Mais le public, c’est un réseau, une mise en commun des ressources pour permettre à tous d’avoir des services équivalents, rappellent plusieurs défenseurs du public.

Avoir plein de petites écoles, avec chacune leur budget et leur façon de faire, ce n’est pas un réseau d’école publique

  

Sur cet aspect, Camil Bouchard en convient, « ça peut créer des inquiétudes, du point de vue de la solidarité ».

« Est-ce que vous vous en allez avec tous les bijoux de la Castafiore ? Ben non ! On peut avoir un arrangement, une convention, un lien avec la CSDM qui dit : s’il manque de place dans d’autres écoles et qu’on a des places libres, on pourrait les prendre. On pourrait aussi partager des ressources, comme le conseiller pédagogique, par exemple. Il y a plein de trucs qu’on peut faire. Mais il faut ouvrir les discussions. »

Les valeurs du PQ

Camil Bouchard ne voit donc pas de contradiction entre le projet qu’il défend et les valeurs du parti pour lequel il travaille. « Je suis en parfaite harmonie avec les valeurs du PQ, de mon point de vue », affirme-t-il.

« Le PQ défend l’école publique, on est d’accord là-dessus, et moi je pense que c’est une proposition qui va plutôt à l’encontre de la privatisation du système. Si le système public doit résister à la privatisation, voici une avenue que l’on peut emprunter. Et je pense que ça colle tout à fait aux valeurs du PQ. »

Il assure qu’il n’a pas encore « soumis » ce projet aux gens du parti et ne peut donc pas s’avancer, mais dit savoir que « Jean-François Lisée est au courant, car comme député, il a reçu l’information de la part du promoteur ».

Au Parti québécois, on joue de prudence. « Le groupe de la SDA a décidé de réfléchir en dehors de la boîte et d’aller vers un projet qui est différent. Il faut saluer ça », répond d’emblée Carole Poirier, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation.

Elle émet néanmoins quelques réserves sur le modèle de gouvernance, rappelant que le partenaire du gouvernement en matière d’éducation publique, c’est la commission scolaire.

Un peu comme le faisait le ministre de l’Éducation mercredi, la députée péquiste demande donc à la SDA de s’asseoir avec la CSDM pour trouver « le meilleur modèle à l’intérieur du cadre que nous avons ».

Est-ce que le fait que M. Bouchard soit derrière ce projet rend le PQ plus favorable à ce modèle hybride, fortement contesté par les syndicats ?

« Ça ne nous rend pas plus favorables ou moins favorables, répond Mme Poirier. On regarde les propositions qui sont sur la table et on réfléchit à toutes sortes de choses au PQ. Et quand j’ai vu ce modèle-là, j’ai juste vu qu’il y avait là des gens qui réfléchissaient en dehors de la boîte. Qu’on ait différents modèles qui nous soient proposés, c’est bien, mais ça n’en fait pas des modèles qu’on va adopter. »

CAQ et QS

À la CAQ, un parti qui s’est positionné maintes fois contre les commissions scolaires, on émet des réserves face à ce projet d’école autonome.

« J’ai comme une petite crainte qu’on ait un troisième réseau : il y a les écoles publiques, les écoles privées, et là, si on avait à côté un réseau d’écoles autonomes ou à charte, ça pourrait être une dérive, il faut faire attention », répond Jean-François Roberge.

« Cependant, le fait que ce projet innovant ne puisse s’intégrer dans le système actuel, ça démontre la rigidité de ce dernier », ajoute celui qui propose de transformer les commissions scolaires en centres de services aux écoles.

« La solution n’est pas de modifier la Loi sur l’instruction publique [comme le demande le promoteur] pour faire une exception pour cette école et de créer un réseau parallèle, mais c’est assurément de rendre le réseau plus souple. »

À Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois est d’accord lui aussi pour « assouplir » un peu le système. « Il faut certainement trouver de nouvelles manières de faire, rendre moins bureaucratique et surtout moins long l’accomplissement de nouvelles écoles, notamment à Montréal, où on a un grand problème de surpopulation dans les écoles. »

Mais cela doit se faire, rappelle-t-il, en accord avec le principe fondamental d’un réseau public et universel.