Vers un campus nouvelle génération

Alice Mariette Collaboration spéciale
Un logiciel interactif présenté dans le nouveau studio de visualisation de la bibliothèque Webster
Photo: Université Concordia Un logiciel interactif présenté dans le nouveau studio de visualisation de la bibliothèque Webster

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’Université Concordia souhaite établir une culture numérique nouvelle génération en son sein. Un virage aussi audacieux que nécessaire, qui concerne l’ensemble de la communauté universitaire.

« C’est un changement de paradigme », estime Guylaine Beaudry, nommée vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique. Celle qui est aussi directrice et bibliothécaire en chef de l’Université Concordia a la lourde tâche de coordonner la future stratégie numérique de l’établissement. Cette stratégie constitue l’un des cinq projets majeurs à Concordia dans sa volonté de devenir « une université de nouvelle génération ». « Avant tout, pour faire une distinction importante, il faut comprendre que la stratégie numérique n’est pas une stratégie de technologie de l’information, cela ne concerne pas les infrastructures, le serveur ou les réseaux », précise Mme Beaudry. Ce qui se cache derrière cette stratégie est bien plus large, puisqu’elle doit amener l’ensemble de la communauté universitaire à faire une transition vers une culture numérique. « Nous voulons aller au-delà des outils en tant que tels », ajoute-t-elle.

« Quand nous sommes passés du manuscrit à l’imprimé, au début, il s’agissait en fait d’une reproduction de l’écriture… Et depuis, tous nos fonctionnements sont copiés de l’imprimé, donc aujourd’hui nous voulons quitter ce mimétisme technologique », explique Guylaine Beaudry. En comparant avec Gutenberg, la vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique souhaite montrer que le processus de Concordia permettra d’entrer pleinement dans la culture numérique. « Nous voulons laisser derrière nous les choses auxquelles nous sommes habituées, les réflexes de l’imprimé et savoir travailler avec les données massives, la réalité virtuelle ou encore la réalité augmentée », développe-t-elle. Elle ajoute que l’objectif n’est pas de transformer Concordia en une université en ligne, mais bien de s’imprégner des nouveaux outils numériques.

Parler à la communauté

Le 23 mars dernier, Concordia a inauguré sa nouvelle bibliothèque Webster, après trois ans de rénovations et de travaux d’agrandissement. Un lieu nouvelle génération, où les visiteurs sont accueillis par des clips vidéo et qui offre davantage d’espaces de travail pour les étudiants. Les nouvelles technologies y sont aussi très présentes, avec, par exemple, un studio de visualisation et un « bac à sable technologique », où l’on peut utiliser des imprimantes 3D, des casques de réalité virtuelle ou encore des caméras vidéo 360 degrés. « Pour la rénovation de notre bibliothèque, nous avons ouvert des canaux de communication et de consultation avec la communauté », explique Guylaine Beaudry, déjà à la barre de ce vaste chantier. D’ailleurs, c’est sans doute son travail pour Webster qui a poussé les responsables à la nommer vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique.

En vue de la future stratégie numérique, tout comme pour la bibliothèque, Mme Beaudry a lancé une vaste consultation auprès des étudiants, professeurs et membres du personnel de l’Université. Des groupes de discussion ont été organisés et des entretiens individuels vont se dérouler au cours des prochaines semaines. « Nous nous sommes organisés pour avoir une représentation d’un maximum de profils différents », commente-t-elle. Une troisième phase de consultation, constituée d’ateliers créatifs, est aussi prévue.

Penser la stratégie

Avant les consultations, l’équipe a mené un inventaire des outils, des pratiques et des formations de Concordia. « Cet inventaire a été une entreprise importante », commente Guylaine Beaudry. Aussi, un cycle de huit conférences sur le futur numérique a été organisé. Des personnalités du monde de l’informatique sont venues, telles que Marie-Josée Lamothe, de Google, pour une conférence intitulée « S’adapter à un monde numérique qui est là pour rester » ou encore Félix Lajeunesse, diplômé de Concordia et qui travaille en réalité virtuelle. Cette série d’événements s’achèvera le 24 avril prochain avec le professeur Yoshua Bengio, de l’Université de Montréal, qui parlera évidemment d’intelligence artificielle. « Ces conférences sont très populaires et cela permet de mobiliser tous les membres de la communauté universitaire », note Mme Beaudry.

En outre, au mois de mars, un grand sondage a été mené auprès de tous les étudiants. Celui-ci a été conçu par l’institut britannique Gestalt International Study Center (GISC), et les questions portaient sur l’apprentissage des étudiants. L’objectif était de savoir s’ils considèrent en savoir assez sur le plan du numérique pour être prêts pour leur carrière, mais aussi comment ils interagissent avec leurs professeurs, ou encore s’ils préfèrent apprendre avec les outils en ligne. « Le sondage couvre une panoplie de sujets et nous avons un taux de réponse extraordinaire. Nous regardons actuellement les résultats préliminaires sur l’expérience numérique de nos étudiants », souligne Mme Beaudry.

Pour finir, Guylaine Beaudry indique aussi dresser un état des lieux, afin de savoir ce qui se fait ailleurs. « Après avoir regardé à l’interne, on va regarder à l’externe, dans d’autres universités et grandes institutions, pour voir si nous pouvons apprendre des meilleures pratiques », explique-t-elle.

Plan de match

Ce travail devrait aboutir début juin, et l’équipe s’attaquera à la rédaction d’une feuille de route dès l’automne. Celle-ci devrait se détailler en plusieurs blocs, divisés en sous-actions. « Tout sera prêt pour le mois de décembre, avec le budget final », assure la vice-rectrice exécutive adjointe à la stratégie numérique. S’il est encore trop tôt pour s’avancer quant aux résultats, puisque les consultations sont encore en cours, Mme Beaudry peut d’ores et déjà dire que plusieurs membres de la communauté ont exprimé le besoin de mieux connaître les outils qui sont à leur disposition, mais aussi qu’ils ont beaucoup de questions sur la littératie et l’éthique numérique. « Il ne faut pas surestimer la connaissance des outils numériques », conclut-elle.