Répondre aux défis de la formation professionnelle

Alice Mariette Collaboration spéciale
Le président du conseil d’administration de la COCDMO, Daniel Baril, dénonce une certaine polarisation du marché du travail avec, d’un côté, une main-d’œuvre qualifiée qui a besoin de formations pour monter et, de l’autre, une main-d’œuvre peu qualifiée qui ne parvient pas à s’insérer dans le monde de l’emploi.
Photo: Andrej Isakovic Agence France-Presse Le président du conseil d’administration de la COCDMO, Daniel Baril, dénonce une certaine polarisation du marché du travail avec, d’un côté, une main-d’œuvre qualifiée qui a besoin de formations pour monter et, de l’autre, une main-d’œuvre peu qualifiée qui ne parvient pas à s’insérer dans le monde de l’emploi.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis le Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre de février 2017, les acteurs du secteur attendent le dévoilement de la stratégie nationale pour la main-d’oeuvre. Entre-temps, plusieurs en appellent à plus de reconnaissance et à une meilleure collaboration.

Pour relever les défis liés à la main-d’oeuvre québécoise, partenaires du milieu syndical, des affaires, de l’éducation, de la formation, ainsi que les organismes de la société civile se sont réunis il y a un peu plus d’un an. Le Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre avait alors permis d’échanger « sur les meilleures façons de former adéquatement et de bien préparer la main-d’oeuvre pour répondre aux besoins du marché du travail de demain, et ainsi accroître la prospérité de toutes les régions du Québec ».

Parmi les participants, la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d’oeuvre (COCDMO) souhaitait avant tout rappeler l’importance de l’accès à une formation qualifiante comme moyen d’améliorer l’inclusion et la capacité d’adaptation au marché du travail. « Le Rendez-vous a marqué l’occasion de définir une stratégie inclusive », explique le président du conseil d’administration de la COCDMO, Daniel Baril.

De son côté, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), elle aussi en attente de la stratégie nationale, a profité du Rendez-vous pour défendre le rôle fondamental de l’éducation. « Nous soulignons l’importance de reconnaître ce que les commissions scolaires font, d’ailleurs, nous souhaitons que le gouvernement s’appuie sur ce que l’on fait déjà, plutôt que de réinventer la roue », lance Alain Fortier, président de la FCSQ.

Créer des ponts

Toutefois, le COCDMO regrette de ne pas faire partie de l’élaboration de la stratégie en tant que telle. « Malheureusement, le comité de pilotage qui avait été mis sur pied après le Rendez-vous inclut des représentants patronaux et syndicaux, mais pas d’organismes communautaires », relève M. Baril. Il ajoute que cela est une preuve que les organismes communautaires doivent encore lutter pour faire valoir leur pertinence. « Notre crainte est de ne pas être pris en compte dans la future stratégie. Nous espérons qu’elle va aussi inclure les lieux de formations qui ne sont pas scolaires ou en entreprise, mais dans les milieux de vie de gens », défend M. Baril. En exemple, il mentionne les deux journées de réflexion sur la formation professionnelle organisées par le ministre de l’Éducation, du Loisir, et du Sport, Sébastien Proulx, en février dernier, qui étaient uniquement centrées sur les centres scolaires.

En outre, pour le président du COCDMO, le travail est encore trop effectué en vase clos pour les politiques et les mesures de formation de la main-d’oeuvre. « Nous proposons d’établir des passerelles pour ceux qui passent par des organismes communautaires, que le développement de l’employabilité puisse facilement se faire reconnaître par des unités, des crédits, pour continuer en formation professionnelle au secondaire ou encore à la formation technique au collégial », développe-t-il. Pour lui, c’est justement à cause de l’absence de ponts entre les différentes structures que les organismes communautaires doivent toujours lever la main pour se faire entendre.

Faciliter l’accès à la formation

Du côté de la FCSQ, la souplesse du processus est défendue. Selon son président, elle est nécessaire tant en ce qui concerne le financement de la formation professionnelle et de l’éducation aux adultes que le parcours scolaire qui est proposé aux élèves. « Nous souhaitons plus de souplesse dans le chemin que pourrait parcourir un élève en vue de l’obtention d’un diplôme, surtout lorsqu’il s’agit d’un retour aux études, défend M. Fortier. Alléger le processus pourra faire en sorte d’avoir plus d’étudiants en formation professionnelle. » En outre, pour lui, l’élargissement de l’accès à la formation à temps partiel est une avenue maintenant possible. Par ailleurs, Alain Fortier note que la Fédération travaille énormément à diminuer les délais d’attente. « Tous les mécanismes qui ralentissent les demandes doivent être minimisés afin qu’il y ait le moins d’embûches possible pour une personne désirant suivre une formation professionnelle », ajoute-t-il.

Travailler ensemble

Devant les différents défis de formation de la main-d’oeuvre, sans commune mesure avec le passé, toutes les forces doivent se rassembler. « Il faut bien arrimer la séquence de l’insertion, dans son ensemble », glisse Daniel Baril, dénonçant une certaine polarisation du marché du travail avec, d’un côté, une main-d’oeuvre qualifiée qui a besoin de formations pour monter et, de l’autre, une main-d’oeuvre peu qualifiée qui ne parvient pas à s’insérer dans le monde de l’emploi. Selon lui, il manque une vision d’ensemble. « On règle à la pièce, on propose une mesure pour régler un morceau du problème, mais on pousse les gens vers un mur au nom de l’insertion en emploi si les emplois dans les entreprises ne sont pas libérés », explique-t-il.

Même son de cloche du côté des commissions scolaires, qui défendent l’idée de la collaboration. « Tous les acteurs doivent travailler ensemble, il faut que l’on puisse s’asseoir, non pas pour être informé, mais pour collaborer, développer des mandats », commente le président de la Fédération, ajoutant que la FCSQ est un acteur incontournable de la formation professionnelle du Québec. D’ailleurs, les commissions scolaires soulignent qu’elles doivent pouvoir disposer d’une information précise et à jour, ce qui semble faire défaut présentement.

« Je croise les doigts pour que la future stratégie ne soit pas qu’une liste de mesures, mais bien une vision d’ensemble de l’arrimage entre tous les morceaux du casse-tête afin de répondre à un problème, de pourvoir des emplois en pénurie, mais aussi travailler avec une population active qui va être de moins en moins nombreuse au cours des années à venir », conclut Daniel Baril.

Les différents acteurs attendent aussi le débat électoral pour faire valoir leurs différentes revendications.