L’alphabétisation, c’est bien plus qu’apprendre à lire

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Du 2 au 6 avril prochain aura lieu la 3e Semaine de l’alphabétisation populaire, une initiative du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Du 2 au 6 avril prochain aura lieu la 3e Semaine de l’alphabétisation populaire, une initiative du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas lire ou écrire qu’on n’a rien à dire. » Martine Fillion l’a entendue plus d’une fois, cette phrase, parce que depuis 27 ans, elle est coordinatrice et responsable de la formation à l’Atelier des lettres, un groupe d’alphabétisation populaire. Son travail : donner confiance aux adultes ayant des difficultés de lecture et d’écriture.

Du 2 au 6 avril prochain, aura lieu la 3e Semaine de l’alphabétisation populaire, une initiative du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, le RGPAQ. Comme le mentionne Caroline Meunier, responsable du développement des analyses et des stratégies pour l’organisme, l’objectif cette année est de mettre en valeur le réseau des organismes, ce qu’ils sont, les adultes qu’ils rejoignent et la réponse qu’ils donnent à leurs besoins. Mais que se passe-t-il quotidiennement dans ces groupes populaires en alphabétisation ?

Pour reprendre confiance

« Les gens avec qui on travaille sont des adultes pour qui ça ne s’est pas bien passé quand ils étaient à l’école et qui, tous les jours, sont mis devant cette barrière de la lecture et de l’écriture », résume Martine Filion. Et ces adultes, qui souvent portent les stigmates de l’analphabétisme ou de la faible scolarisation, ont honte, sont gênés et ils sont aussi en situation de dépendance, parce qu’ils ont de la difficulté à fonctionner au quotidien.

« Ultimement, la question de l’écrit n’est pas une finalité », affirme la responsable. Ce qui sera prioritaire, c’est que l’adulte puisse développer un certain pouvoir sur sa vie et soit autonome, « et arrive à se donner de meilleures conditions de vie au quotidien », ajoute-t-elle. Dans ce groupe d’alphabétisation populaire, l’approche est globale et centrée sur les besoins des personnes. C’est pourquoi on fonctionne par projets, des projets motivants qui ne rappellent en rien le mode de fonctionnement de l’école.

À l’Atelier des lettres, les membres du groupe, s’ils le désirent, ont la chance de participer à des expositions, de publier des livres et, pour cette 3e Semaine de l’alphabétisation populaire, c’est la poésie qui sera à l’honneur, explique Martine Filion : « Les participants donneront une lecture publique de créations poétiques. On travaille en collaboration avec des poètes, on a la chance d’avoir notre poète en résidence, la formatrice Noémie Pomerleau-Cloutier », qui vient de publier Brasser le varech chez La Peuplade.

Lire devant un auditoire demande énormément de courage. Depuis quelques années, le groupe de l’Atelier des lettres le fait dans le cadre du Festival international de la littérature ou celui de la poésie de Montréal : « S’ils apprennent à lire et à écrire, c’est pour prendre la parole, pour livrer des messages, et ça touche les gens. Ça devient une façon de sensibiliser la population. D’une fois à l’autre, ils reçoivent des encouragements et, ce qu’ils acquièrent, c’est de la confiance », lance la coordonnatrice.

Cette semaine de l’alphabétisation sera célébrée partout au Québec et chacun des organismes a préparé son programme d’activités. Il y aura de nombreux événements qui tourneront autour des arts, du multimédia et du cinéma. « Une semaine comme celle-là montre qu’on existe. On a besoin de faire la promotion de notre réseau. Comme les personnes à qui on s’adresse ne sont pas toujours faciles à rejoindre, c’est en mettant en avant le réseau qu’on les attire », raconte Mme Meunier.

Si ces services sont tout à fait nécessaires, leur financement ne va pas toujours de soi, et Caroline Meunier s’en inquiète : « Il y a eu, dans la dernière année, des investissements importants, qu’on apprécie puisque ça faisait longtemps qu’on attendait ces subventions. Mais il y a encore une incertitude pour les prochaines années, puisque notre programme sera probablement modifié au plus tard en 2019 et qu’on ne sait pas encore quelles seront les règles du jeu après cette date. »