La nouvelle école de la vie

Annick Poitras Collaboration spéciale
Toutes les universités québécoises offrent une panoplie de certificats ou de programmes courts que les adultes peuvent suivre à temps partiel.
Photo: iStock Toutes les universités québécoises offrent une panoplie de certificats ou de programmes courts que les adultes peuvent suivre à temps partiel.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En 1982, la Commission d’étude sur la formation des adultes et son « rapport Jean » concluaient que la formation continue méritait qu’on lui dédie une politique globale tant son importance était jugée vitale pour l’accès à l’éducation et à l’avenir de la société québécoise. Depuis, l’éducation permanente est devenue un sujet brûlant. Dans un monde où les technologies et les savoir-faire deviennent rapidement obsolètes, rafraîchir et enrichir ses compétences n’est plus un luxe, mais une nécessité.

Il suffit de taper « éducation permanente » dans un moteur de recherche pour comprendre que le phénomène est désormais bien ancré dans notre système d’éducation. En effet, toutes les universités québécoises offrent une panoplie de certificats ou de programmes courts que les adultes peuvent suivre à temps partiel le soir, les week-ends ou en ligne.

« Au Québec, les cours aux adultes ont débuté dans une optique de donner un meilleur accès à l’éducation aux francophones et aux femmes », raconte Christian Blanchette, doyen de la Faculté d’éducation permanente (FEP) de l’Université de Montréal, qui, en 1952, a été le premier établissement québécois à offrir des cours permettant aux adultes d’élargir leur culture générale et d’acquérir ou de parfaire une formation professionnelle. Les étudiants pouvaient alors décrocher un baccalauréat ès arts ou un baccalauréat ès sciences après huit ans de cours à temps partiel !

La spécialisation à l’honneur

De nos jours, la FEP offre 29 programmes de certificats dans les domaines de la santé, de la gestion, de l’intervention, de la communication et de la créativité. Le cumul de trois certificats de 30 crédits permet d’obtenir un baccalauréat par cumul.

Dans les années 1980-1990, les cours aux adultes se sont adaptés pour combler de façon plus spécifique les besoins des employeurs, explique le doyen. Depuis les années 2000, si l’adéquation formation-emploi demeure un aspect important, les universités développent de plus en plus des programmes de spécialisation, ce qui répond à une demande croissante. À preuve, 65 % des étudiants de la FEP sont inscrits dans un programme lié à leur domaine d’emploi. « Plusieurs souhaitent formaliser leurs compétences acquises en milieu de travail ou acquérir de nouvelles connaissances pour pouvoir évoluer dans leur carrière », indique Christian Blanchette.

Cependant, l’accès à l’éducation demeure toujours une préoccupation, notamment pour les personnes n’ayant jamais pu accéder à l’université auparavant, et aussi pour les nouveaux arrivants, qui constituent le tiers des adultes étudiants de la FEP. « Ils viennent souvent acquérir un premier diplôme québécois pour faciliter leur intégration au marché du travail », atteste le doyen.

Dans le but de soutenir les adultes qui songent à un retour aux études, la Faculté a déployé au fil des ans de nombreuses mesures, dont des services-conseils et un accompagnement personnalisé visant entre autres la reconnaissance des acquis expérientiels. « Nous facilitons la reconnaissance des acquis et encourageons des parcours universitaires rapides. »

De l’avis du doyen de la FEP, la plus grande transformation du marché du travail dans la prochaine décennie sera de revoir les mécanismes d’intégration des immigrants à notre société et au marché du travail. « Actuellement, selon les données disponibles, un immigrant met 10 ans à réussir son intégration ! Il va falloir accélérer le processus. »

Se former tout au long de la vie

À la FEP, un étudiant adulte sur trois est déjà titulaire d’un baccalauréat. « Notre clientèle est surtout formée de gens qui sont au milieu de leur vie, et qui sont dans un mode de continuité. Mais dans certains programmes de certificats, comme celui en traduction, la moyenne d’âge des étudiants est plus élevée, soit de 38 ans. Certains entament donc une seconde carrière. Quelquefois, ils ne tombent pas loin de leur arbre, mais des fois, ils s’en éloignent beaucoup et se réorientent pour faire complètement autre chose », commente Christian Blanchette.

À son avis, les transformations du marché du travail et des cycles de vie modifient la relation que nous entretenons avec l’université. « Auparavant, c’était un lieu de formation initiale qu’on fréquentait alors qu’on est jeune. Maintenant, c’est un lieu qu’on fréquente périodiquement tout au long de la vie. Donc, l’université doit s’adapter et créer des programmes les plus courts possible pour des adultes en constante formation. »

Comme les étudiants adultes ne peuvent généralement pas abandonner leur emploi pour se former, la présence des universités en région est extrêmement importante, note Christian Blanchette. « La révolution numérique, et celle de l’intelligence artificielle qui vient, est le symbole d’une folle transformation des emplois, des professions, des pratiques et des cadres réglementaires qui exigent une mise à jour constante des connaissances et des compétences. Tout le monde, partout au Québec, doit garder ses compétences à jour. »

L’effet boomers

Verra-t-on bientôt plus de baby-boomers récemment retraités sur les bancs d’université ? Christian Blanchette en doute, les imaginant plus vouloir redonner à la société autrement. Mais, chose certaine, les retraites massives de boomers, qui se poursuivront encore pendant une dizaine d’années, transforment déjà le marché du travail et pourraient avoir des répercussions sur l’offre d’éducation aux adultes, analyse Christian Blanchette.

« Le taux de chômage actuel est très bas et nous sommes dans un contexte de rareté de main-d’oeuvre. Dans un contexte de plein emploi, les gens ressentent moins le besoin de se recycler à court et à moyen terme, ce qui pourrait affecter négativement les facultés d’éducation permanente. En revanche, puisque les employeurs veulent pouvoir compter sur des travailleurs à jour dans leurs compétences, les universités seront peut-être appelées à développer des programmes pour des employés ayant été embauchés sous condition de suivre telle ou telle formation en parallèle. » L’avenir le dira.