Stratégie 0-8 ans: un programme qui manque de mesures concrètes, selon la CSQ

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Selon la présidente de la CSQ, Louise Chabot, la stratégie libérale relève davantage du vent.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Selon la présidente de la CSQ, Louise Chabot, la stratégie libérale relève davantage du vent.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le gouvernement libéral a annoncé récemment sa stratégie pour les enfants de 0 à 8 ans. Celle-ci s’inscrit dans sa Politique de la réussite éducative adoptée en juin dernier. Le programme est intéressant, mais il manque cruellement de mesures concrètes, se désole Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui n’a pas été consultée lors de son élaboration.

« On croyait qu’on serait consultés, affirme-t-elle d’emblée, mais on ne l’a pas été et ça nous déçoit. On aurait aimé apporter notre contribution à l’élaboration de cette stratégie des 0-8 ans. »

Le programme repose sur cinq grands principes : favoriser l’égalité des chances pour tous les enfants ; assurer aux enfants de 0 à 8 ans des transitions harmonieuses entre les milieux éducatifs ; soutenir des pratiques éducatives et pédagogiques de qualité ; permettre à tous les enfants d’acquérir les compétences essentielles en lecture, en écriture et en mathématiques à la fin de la deuxième année du primaire ; et finalement, accompagner les parents et favoriser la mobilisation et la concertation des acteurs.

« On ne peut pas être contre ces objectifs ni les principes théoriques qui les sous-tendent, précise Louise Chabot. Par contre, ça demeure des généralités, et la stratégie des 0-8 ans ne contient guère de mesures concrètes. Les deux mesures les plus concrètes sont les petits-déjeuners gratuits pour tous les enfants du primaire issus de milieux défavorisés et l’examen de la vue offert aux élèves du préscolaire directement à l’école. Où sont les autres mesures pour favoriser la littératie ou assurer un continuum entre les milieux éducatifs ? Bien que les principes soient généreux, cette stratégie soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses à son application. »

Les 0-5 ans oubliés

Louise Chabot se dit particulièrement déçue par le fait que peu d’accent est mis sur les enfants de 0 à 5 ans. « Cette tranche d’âge est presque absente de la stratégie. Par exemple, le réseau des CPE est complètement passé sous silence. Comment peut-on faire abstraction du réseau éducatif à la petite enfance dans une stratégie qui pourtant veut s’inscrire dans la politique de réussite éducative du gouvernement ? Comment assurer un continuum entre les milieux éducatifs si on en néglige un ? Sans compter que cette absence est en contradiction avec ce que les experts disent. Tout ou presque se joue avant cinq ans. C’est donc sur la tranche d’âge des 0-5 ans qu’il faut donc agir en priorité. »

Selon Louise Chabot, la stratégie libérale relève davantage du vent. « J’ai l’impression qu’il s’agit surtout d’un grand spectacle mis en scène par le présent gouvernement en cette période préélectorale dans laquelle le Québec entre. »

Maternelle 4 ans

C’est surtout dans les milieux défavorisés que les parents boudent les services de garde, privant ainsi leurs enfants des services éducatifs à la petite enfance. Afin de pallier cette réalité, le gouvernement du Québec a introduit la maternelle 4 ans. Une initiative qu’approuve Louise Chabot. « Toute tentative de rejoindre cette population et d’assurer à ces enfants une égalité des chances doit être applaudie », souligne-t-elle. Par contre, elle ne souhaite pas que cette pratique, aujourd’hui réservée aux milieux défavorisés, se généralise.

« Pour qu’une commission scolaire crée une classe de maternelle, il faut un certain nombre d’enfants. Ce que je crains, si la pratique est généralisée, c’est que cela entraîne une sorte de chasse à l’enfant afin de sortir les enfants de quatre ans des services de garde pour les faire entrer à la maternelle. Cela aurait pour effet d’affaiblir le réseau public de services de garde en le privant de ressources financières. »

Et comme la maternelle 4 ans est gratuite, contrairement à une place en service de garde, cela pourrait inciter certains parents à opter pour cette première solution. Sans compter que l’enseignant à la maternelle 4 ans possède le même diplôme que ses confrères, tandis que l’éducatrice en service de garde possède un diplôme spécialisé en éducation à la petite enfance.

Universalité et gratuité

Si l’on veut assurer l’égalité des chances pour tous les enfants du Québec, Louise Chabot croit qu’il faut revenir à la source et aux principes qui ont guidé la création du réseau de services de garde. « On voulait que le réseau soit accessible au plus grand nombre et la contribution de cinq dollars était au fond une contribution symbolique. Elle aurait dû le demeurer. Indexer et moduler la contribution parentale s’éloigne de ce principe. »

Elle prône plutôt l’universalité et la gratuité des services de garde pour l’ensemble de la population. « On doit concevoir les services de garde et les services éducatifs à la petite enfance comme un service public. Si, comme société, le Québec a fait le choix de la gratuité et de l’universalité pour l’école primaire et secondaire, pourquoi ne pas faire ce choix pour la petite enfance ? Cela m’apparaît le choix le plus judicieux et surtout l’option la plus porteuse et gagnante pour l’ensemble de la société québécoise. Ainsi, le continuum en éducation serait complet », conclut-elle.