Le Québec attire de plus en plus d’étudiants internationaux

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Les universités québécoises sont plus volontaires en ce qui concerne les échanges bilatéraux d’étudiants pour un trimestre, au premier cycle notamment.
Photo: François Pesant Le Devoir Les universités québécoises sont plus volontaires en ce qui concerne les échanges bilatéraux d’étudiants pour un trimestre, au premier cycle notamment.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Près de 42 000 étudiants internationaux étaient inscrits dans les universités québécoises au semestre d’automne. C’est 14 % de plus qu’en 2016, selon les données du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI). Mais c’est surtout le double d’il y a dix ans. Une bonne nouvelle à une période où toutes les régions du monde cherchent à attirer les talents vers leurs marchés. Mais le Québec demeure cependant à la traîne comparativement à d’autres provinces du Canada comme l’Ontario ou la Colombie-Britannique.

« Les universités québécoises sont attractives, affirme Michel Patry, directeur général de HEC Montréal et président du conseil du BCI. Le réseau est performant, elles ont très bonne réputation et certaines proposent des domaines dans lesquels elles ont des avantages notoires, comme l’aéronautique, l’intelligence artificielle, la science des données, l’océanographie ou encore la nordicité. Le Canada est considéré comme un pays sûr et, en plus, Montréal, qui a toujours été très bien classée, a pris la première place du classement des villes préférées par les étudiants étrangers, selon une étude de l’Institut Quacquarelli Symonds. »

Pas étonnant selon lui donc, que le nombre d’inscriptions internationales ait beaucoup augmenté ces dernières années, notamment durant les derniers mois. D’autant que cette tendance s’inscrit dans un mouvement mondial qui fait en sorte que de plus en plus de jeunes souhaitent poursuivre leurs études à l’étranger.

« Et plus seulement en provenance des pays occidentaux, souligne M. Patry. La Chine, la Corée du Sud ou encore l’Inde envoient aujourd’hui de forts contingents étudiants. »

Ce qui explique par ailleurs qu’au final, ce nombre d’étudiants internationaux n’ait finalement fait « que » doubler, alors qu’ailleurs au Canada, il a pu être multiplié par trois, voire par quatre.

« Il y a la barrière de la langue », souligne M. Patry. Les Chinois, les Coréens ou encore les Indiens vont majoritairement choisir une université de langue anglaise. Au Québec, McGill, Concordia ou encore Bishop ont d’ailleurs de meilleurs résultats que leurs soeurs francophones. L’Université Laval, à Québec, étant d’ailleurs la seule à avoir reçu moins d’étudiants étrangers à l’automne 2017 qu’à la même période de 2016.

Intérêt intellectuel et pédagogique

Quoi qu’il en soit, cette arrivée massive d’étudiants venus d’ailleurs est une manne pour les universités, puisqu’ils paient des droits de scolarité plus importants que les locaux. Même si les établissements ne conservent pas toute la différence et qu’une partie est reversée aux gouvernements, même si ces étudiants venus d’ailleurs demandent plus d’efforts de la part de l’administration universitaire, il n’en reste pas moins que ces inscriptions demeurent financièrement intéressantes.

Mais il n’y a pas que l’aspect pécuniaire. Michel Patry y voit également un intérêt sur le plan intellectuel et pédagogique.

« À HEC par exemple, nous poussons depuis plusieurs années pour accueillir de plus en plus d’étudiants internationaux. Ces jeunes arrivent avec une culture et des façons de faire qui sont différentes de nos jeunes québécois. On s’assure ainsi que nos étudiants soient en contact avec des gens différents. Pour une école de gestion, c’est fondamental, si l’on considère que 40 % environ de la production nationale part pour l’exportation. Ils apportent une diversité et un réseau qui vont servir à tous nos étudiants. »

Les Québécois plus sédentaires

Une considération d’autant plus importante que, contrairement à ce qu’il se passe au niveau mondial, les étudiants québécois, eux, sont encore très peu nombreux à aller faire leurs études ailleurs.

Les doctorats en cotutelle — supervisés par deux équipes de recherche dans deux laboratoires dans deux pays différents — sont certes en augmentation depuis une dizaine d’années, mais ils n’explosent pas. On en recense en effet 2000 cette année contre environ 500 il y a une dizaine d’années… sur quelque 310 000 étudiants au Québec.

« On est passé de marginal à légèrement moins marginal, constate Michel Patry. Il faut encourager les cotutelles, mais il y a des freins. Ces dispositifs sont très populaires en Europe parce les distances sont moins grandes qu’ici. Il est assez facile de rassembler plusieurs fois par an des chercheurs de Paris, Londres, Amsterdam ou Bruxelles. En Amérique du Nord, la logistique est plus compliquée. »

Le président du BCI ajoute que les universités québécoises sont plus volontaires en ce qui concerne les échanges bilatéraux d’étudiants pour un trimestre, au premier cycle notamment. Le nombre de partenariats conclus avec des établissements ailleurs dans le monde a augmenté ces dernières années.

« Mais là encore, les étudiants d’ici ne sautent pas sur l’occasion, conclut-il, puisque 2,5 % d’entre eux environ partent pour une session à l’étranger durant leur cursus. À HEC, nous avons instauré un système de bourse, et cela fait partie du projet de formation que de partir à l’étranger. Il n’y a que comme cela que nous obtenons des résultats. »