Bisbille au sein du comité contre les violences sexuelles à l'UQO

Vue aérienne de l'Université du Québec en Outaouais
Photo: Jean Boileau CC Vue aérienne de l'Université du Québec en Outaouais

Six des vingt-trois membres claquent la porte du comité de lutte contre les violences sexuelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Les représentants de trois syndicats — professeurs, chargés de cours et étudiants salariés — qui ont démissionné en bloc dénoncent le manque de transparence.

En décembre 2016, à la suite d’une controverse à propos d’une activité étudiante préconisant des jeux à caractère sexuel et dans la foulée de la stratégie de lutte contre les violences sexuelles dans les établissements postsecondaires annoncée par la ministre Hélène David, l’Université du Québec en Outaouais a mis sur pied son « comité consultatif pour une communauté exempte de harcèlement, de violence et d’agression à caractère sexuel ».

Stéphanie Demers, qui travaille sur les questions de violences sexuelles à l’UQO depuis huit ans, a été désignée comme représentante du syndicat des professeurs au sein de ce comité. « On était très engagés, j’y suis allée avec toute la bonne foi du monde et on était prêts à faire de grandes concessions pour que ça fonctionne », explique celle qui est également cochercheuse de l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU).

Mais rapidement, la chercheuse a réalisé les limites de l’exercice. « Tout ce qui se passait au comité est devenu secret, on n’avait plus le droit de parler de ce qui se disait autour de la table. Et le nom des personnes autour de la table est devenu à ce point confidentiel que certains syndicats ne savaient même pas qui représentait leur corps d’emploi au comité. »

La chercheuse, qui vient de démissionner, estime que cette confidentialité est contraire à l’objectif annoncé. « Non seulement on doit des comptes aux personnes que l’on représente, mais on veut également que tous les membres de la communauté universitaire soient parties prenantes de la lutte contre les violences sexuelles. Or, si on ne peut pas leur parler de ce qui se passe en comité, ça devient un peu difficile de s’assurer que tout le monde se sent engagé dans le processus. »

Spectacle

Les syndiqués dénoncent le fait que toutes les propositions émanant de leurs membres sont rejetées du revers de la main, notamment sur l’approche féministe ou sur l’emploi des mots « culture du viol ». Ils affirment que « la création d’un comité consultatif chapeauté par un comité décisionnel constitué uniquement de cadres crée une illusion de collégialité […] qui mine le succès de l’initiative ».

« Notre plus grande crainte, c’est que, si notre participation est plus ou moins utile ou entendue, on va quand même, par notre présence, appuyer des décisions avec lesquelles on pourrait ne pas être d’accord », affirme Stéphanie Demers.

Camille Leclerc, représentante du Syndicat des étudiants et étudiantes salariés, affirme avoir eu l’impression de « perdre [son] temps », car rien de concret n’émergeait des rencontres. Elle estime que le comité n’est rien de plus qu’un « spectacle » de l’administration qui cherche à se prouver qu’elle agit sur le dossier des violences sexuelles.

À l’Université du Québec en Outaouais, la vice-rectrice, Sylvie de Grosbois, qui préside le comité, affirme que ces critiques « ne reflètent pas la réalité » et que certaines parties des travaux sont sur le site Web de l’université. « Toute idée est la bienvenue. Ça ne veut pas dire qu’on va la retenir, mais on peut l’exprimer », répond-elle. Elle convient que les premières rencontres ont été « plus laborieuses », car il fallait s’assurer de trouver un « vocabulaire commun », mais elle affirme que les travaux sont aujourd’hui dans une phase de mise en oeuvre des recommandations. Elle précise que d’autres membres de la communauté sont inscrits au sein du comité de façon personnelle et estime que celui-ci conserve toute sa légitimité malgré les départs.

1 commentaire
  • Denyse Côté - Inscrite 14 décembre 2017 05 h 11

    Manque de respect

    Professeure à l'UQO, spécialiste de la question des droits des femmes et des violences de genre et membre du Comité consultatif, j'ai été présente à toutes les rencontres du comité depuis sa création et je n'ai jamais été témoin de ce que dénoncent Mmes Demers ou Mme Leclerc : il ne s'agit ni d'un "spectacle", ni d'un processus qui rejette certaines propositions "du revers de la main". Que des associations syndicales désirent se retirer de ce comité, cela leur appartient. Mais qu'elles invalident et dénigrent publiquement le travail de ce comité auquel je contribue activement ainsi qu'une dizaine d'autres collègues est inacceptable.