Jeunesse au Soleil devra se chercher un nouveau toit

Jeunesse au Soleil devra quitter l’édifice qu’elle occupe depuis 1981, à l’angle des rues Rachel et Saint-Urbain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jeunesse au Soleil devra quitter l’édifice qu’elle occupe depuis 1981, à l’angle des rues Rachel et Saint-Urbain.

L’organisme Jeunesse au Soleil, véritable institution pour les personnes démunies, est sur le point de perdre le bâtiment qu’il occupe depuis plus de trois décennies sur le Plateau Mont-Royal.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM), propriétaire de l’édifice, compte reprendre le bâtiment dans le but de reloger temporairement les élèves de l’école FACE, qui a besoin de rénovations de plus de 100 millions de dollars. Selon ce que Le Devoir a appris, les commissaires de la CSDM doivent entériner la semaine prochaine, le 20 décembre, la décision de mettre fin au bail de Jeunesse au Soleil.

Il s’agit d’un coup dur pour cette organisation ayant pignon sur rue depuis 1954 (et depuis 1981 à l’adresse actuelle), qui offre une multitude de services à des milliers de familles. Paniers de nourriture, fournitures scolaires, équipes sportives, camps de jour, aide au logement, distribution de vêtements d’hiver : le bâtiment situé à l’angle des rues Rachel et Saint-Urbain est un véritable havre pour les familles démunies, souvent immigrantes, de l’île de Montréal.

L’organisme cherche une nouvelle adresse dans le même secteur du Plateau Mont-Royal, confirme Ernie Rosa, directeur de la gestion immobilière chez Jeunesse au Soleil. « C’est un défi pour nous de trouver un nouveau bâtiment, mais on est sûrs qu’on va réussir avec nos partenaires », dit-il au Devoir.

Pour le moment, Jeunesse au Soleil est bien embêté, car les locaux de cette ampleur — 100 000 pieds carrés sur trois étages — sont rares dans le coin. Surtout les bâtiments où il y a un gymnase, incontournable pour les activités sportives.

Les écoles débordent

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, confirme que la commission scolaire a besoin de reprendre le bâtiment pour y aménager des classes. Le relogement temporaire d’élèves de l’école FACE est un des scénarios envisagés, mais la décision définitive n’est pas prise, indique-t-elle.

« On est encore en période de consultation. Le plan triennal [de répartition et de destination des immeubles] sera adopté le 20 décembre », dit Mme Harel Bourdon.

« C’est sûr que nos besoins en locaux pour des classes sont très grands dans tous les quartiers. C’est un bâtiment bien situé qui va pouvoir nous aider », explique-t-elle.

La CSDM prévoit d’accueillir au moins 1000 élèves de plus par année pour les cinq prochaines années. Pour cette raison, la commission scolaire a décidé de reprendre une série de bâtiments qu’elle louait à des groupes communautaires pour les reconvertir en écoles.

Catherine Harel Bourdon dit être consciente de la mission essentielle de Jeunesse au Soleil, mais rappelle que la CSDM joue aussi un rôle crucial — éduquer les enfants. Et pour ça, il faut des écoles.

« Nous devons reprendre des bâtiments qui nous appartiennent pour loger des classes, on ne peut plus agrandir nos écoles par en dedans. Nos partenaires, la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec, doivent aussi faire leur part. Il y a des besoins en développement communautaire et social à Montréal », dit-elle.

Catherine Harel Bourdon estime que le bail de Jeunesse au Soleil est susceptible de prendre fin au cours des 18 à 36 prochains mois, si les commissaires de la CSDM décident la semaine prochaine de reprendre le bâtiment — ce qui semble probable étant donné que le parti de la présidente détient la majorité des sièges au conseil.

Locaux recherchés

Jeunesse au Soleil compte proposer à la CSDM de partager ses locaux actuels avec les élèves. Le gymnase, par exemple, pourrait servir aux élèves le jour et aux clients de Jeunesse au Soleil le soir et les fins de semaine, estime Ernie Rosa.

Catherine Harel Bourdon exclut cette possibilité, parce que la CSDM a besoin d’occuper tout le bâtiment. L’école FACE, par exemple, accueille 1400 élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire. Il faudra recaser une bonne partie de ces élèves durant les importants travaux de rénovation prévus au cours des prochains mois (dont l’échéancier reste à déterminer), explique-t-elle.

« On ne pourra pas faire tous les travaux en cohabitation avec les 1400 élèves, dit-elle. Ça ne nécessitera pas nécessairement un relogement complet des élèves, ça peut être partiel aussi. »

Jeunesse au Soleil lorgne aussi l’Hôtel-Dieu, situé à deux pas du bâtiment actuel, qui vient de fermer ses portes pour déménager dans le nouveau CHUM. Des groupes communautaires se mobilisent pour aménager dans l’ancien hôpital. « On pourrait travailler avec les groupes communautaires. Il y a de l’espace pour construire un gymnase dans le stationnement. Il n’y aurait rien à démolir, ça serait l’idéal », dit Ernie Rosa.

Le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, dit être « en réflexion » au sujet du déménagement à l’Hôtel-Dieu souhaité par Jeunesse au Soleil et d’autres groupes communautaires. « L’avenir de l’Hôtel-Dieu n’est pas encore déterminé », souligne Catherine W. Audet, attachée de presse du ministre.

Interpellé par Le Devoir, le cabinet de la mairesse, Valérie Plante, n'a pas été en mesure de réagir au déménagement possible de Jeunesse au Soleil, mardi. 

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2017 03 h 25

    Des pôvs !?...

    Des pôvs !?
    Des tout-nus !?
    Pas compliqué : scram, dehors tous pi ça presse.
    En plus que les Québécois sortiront certainement pas dans la rue en hiver pour ça... Déjà qu'en été ils préfèrent ne sortir que pour les festivals plein de fun, de bière et de rire qui montrent qu'ils sont si beaux, si fantastiques, si uniques, si exceptionnels dans la course égoïste et aveugle à consommer.
    Faque, débarassez-nous de vos cliques, de vos claques pi de vos têtes d'enterrement les pôvs ! Pas besoin de tout ça pour être heureux, la seule chose qui compte assez pour payer.
    Le monde appartient aux z'enrichis, faut faire de la place et rien de mieux pour vous effacer d'un quartier qui de populaire hier est devenu bobo aujourd'hui, qu'une "bonne cause juste".
    Nos z'élus, à défaut d'avoir fait de la politique puisque de faire de la politique c'est de prévoir, se contentent donc maintenant sous nos yeux et en forme de solution complice, de déshabiller Paul pour habiller Claude, puisqu'ils ont la certitude de ne pas y perdre la FACE.
    Et ils ont bien raison, parce que la population reconnaissante les reprortera aux commandes.
    Même si tout cela représente le plus honteux des gestes de mépris qu'on peut porter au nom d'un petit peuple qui hier, justement, était lui-même tenu dans l'idée d'être sans valeur par le principe que les humains, au fond, ne méritent rien d'autre que la situation dans laquelle ils se trouvent.
    Principe simpliste, principe faux en tout, mais principe qui même à l'approche de la Nativité, calme les envies que nous risquerions tous d'avoir de créer une société plus juste, plus égalitaire en chances, surtout pour les familles, les enfants.
    Alors, vidons la place des "encombrants" qui dérangent ; justifiant la chose par un besoin prévisible mais présenté comme "soudain" pour donner déculpabilisation sociale aux z'électeurs.
    Me rappelle tout d'un coup d'un René Lévesque qui rappelait parfois qu'au fond, on avait que les politiciens qu'on se mérite...

    • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2017 09 h 04

      Ah oui, j'étais tellement outré de lire ce que j'ai lu que j'en ai oublié ma conclusion...
      Moi qui, tout le monde s'accordera là-dessus, n'est pas René Lévesque.

      Alors moi; ce que je dis c'est qu'il y a dans le néant de cet abrutissement culturel et social qu'on nous donne comme bel horizon québécois naturel, un tas incommensurable de coups de pied aux culs perdus.
      Raison sans doute pour laquelle on aime bien entretenir l'aveuglement comme s'il était absolument nécessaire à notre amour propre.
      Point sans interrogation ni suspension.

  • Solange Bolduc - Abonnée 13 décembre 2017 09 h 44

    En ce temps de froidure hivernale !

    C'était à prévoir: la grande masse de migrants quittant les USA pour se réfugier au Québec ont besoin de faire éduquer leurs enfants. Beau prétexte pour mettre dehors nos propres démunis, auxquels s'ajoutent ceux qui migrent, même illégalement! À ces migrants illégaux , on a donné tout ce qu'ils avaient besoin: nourriture, vêtements, soins de santé, etc..., on les a logés: mais où a-t-on trouvé à les loger au nom de l'humanitaire ?....Chercher dans la ville et ailleurs, vous trouverez !

    Et «Jeunesse au soleil» va perdre son «lieu de secours» parce qu'on a besoin de classes, ou d'accueillir de nouveaux élèves, venus surtout d'ailleurs, pendant que les nôtres ont perdu depuis belle lurette les pensionnats qui accueillaient les deshéritiés de la société qu'on logeait, nourrissait, instruisait...

    L'Hôtel-Dieu est vide, notre Ministre de la Santé, le grand Seigneur Barette, jonglerait? Je suis persuadée qu'il sait depuis longtemps quoi en faire, et avec qui il va concocter le moyen de s'enrichir ou d'enrichir ses amis, alors que l'Hôtel-Dieu est un héritage de Jeanne-Mance, accueillant bénévolement les plus pauvres de la société, les malades, les soignant avec la grâce de Dieu, son courage et la générosité de ses ses aides dévoués, surtout des femmes!

    En acceptant tant de migrants illégaux, le gouvernement aurait dû prévoir que les écoles seraient débordées. Il s'est satisfait d'une générosité sur le dos des contribuables, lesquels, déjà, s'occupent de leurs pauvres en payant des taxes ou faisant du bénévolat, pendant que le politique Couillard palabre, se vante, coupe (austérité), puis nous remet le surplus en vue des prochaines élections: de la poudre aux yeux!

    Jeunesse au Soleil va payer pour les beaux discours de nos politiciens actuels. En ce temps de froidure hivernelle, quelle nouvelle désastreuse !

    • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2017 11 h 51

      Madame Bolduc, il est dans les réjouissances du clan Barette et dans l'idée du Canada que le plus grand nombre possible de Québécois et Québécoises présentent à tous, et le plus spectaculairement possible, leur absence de compassion pour celles et ceux qui arrivent au Québec...
      SVP, ne tombez pas dans le gros piège bien tentant qui nous est tendu pour satisfaire quoi que ce soit d'autre chez nous que l'exigence humaniste.
      Merci de votre lecture, Madame.

  • Diane Pelletier - Abonnée 13 décembre 2017 12 h 16

    On se calme, svp

    Froidure hivernale, svp madame Bolduc ! Le taux de natalité des Québécois est d'environ 1,60% au dernier recensement. Dans ce cadre, les enfants des migrants sont les bienvenus. Quant à l'Hôtel-Dieu, rien n'a encore été décidé. Je trouve triste que
    le local de Jeunesse au Soleil, qui soit dit en passant, recevait beaucoup de demandes
    d'immigrés, soit retiré à la direction alors qu'ils occupaient les locaux depuis longtemps. Voyons ce qui arrivera, je suis peut-être optimiste, mais ils trouveront
    un endroit qui ne nécessera pas autant d'argent pour pallier à l'âge de l'immeuble actuel. Je pense qu'être négatif est contre-productif.

    • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2017 16 h 33

      Madame Pelletier, puis-je vous inviter à quitter l'optimisme pour choisir le réalisme ?
      Il me semble que cela vaut bien mieux pour analyser avec efficacité et lucidité ce qui se passe concrètement...
      Politiciens à courte vue et électeurs bernés sont les acteurs de la bêtise actuelle de cette mesure.

  • Diane Pelletier - Abonnée 14 décembre 2017 13 h 13

    Réalisme ?

    M. Côté, serait-ce que le réalisme serait de penser comme vous ?
    Ma réalité est constituée à partir de faits établis, se plaindre ne mène à rien sauf si on s'implique pour trouver une solution, avec le moins d'émotivité possible.
    Quant à pontifier "politiciens à courte vue et électeurs bernés", vous vous placez au-dessus de la mêlée. Bonne journée, à la prochaine...