Les tensions prof-étudiant se révèlent à l'Université Laval

À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.

Intimidation, vol d’idées, insultes… À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.

Telles sont les conclusions d’un sondage réalisé par l’Association des étudiants inscrits aux études supérieures de l’Université Laval (AELIES), dont les résultats préliminaires ont été rendus publics jeudi.

La consultation révèle que 58 % des étudiants disent avoir vécu des situations inconfortables « quelques fois » avec leur directeur (ou directrice), alors que 16 % affirment que cela se produit « régulièrement ». À titre d’exemple, certains ont évoqué de l’intimidation, des menaces, des vols de données, d’idées ou encore des insultes.

Situation préoccupante

Sans parler de « crise », le président de l’Association ne cache pas son inquiétude. « C’est quand même 74 % des répondants qui disent avoir vécu de la vulnérabilité, note le président de l’AELIES, Pierre Parent-Sirois. C’est très préoccupant . Moi, je fais souvent le parallèle avec les affaires Rozon et Salvail dans le milieu culturel. Dès qu’il y a une relation de pouvoir, il se crée en parallèle une relation de vulnérabilité. »

Environ 10 % des membres de l’AELIES (près de 1000 personnes) ont répondu au sondage au cours du mois d’octobre. Les questions ne portaient pas spécifiquement sur le harcèlement sexuel, qui défraie la chronique depuis des mois, mais visaient à documenter les vulnérabilités au sens large.

L’AELIES a décidé de mener ce sondage après la publication d’une étude de l'Association des étudiants gradués de sciences et génie sur les conditions de travail des étudiants de deuxième et troisième cycle. « On a voulu étendre l’étude de cela à tout le campus », a expliqué M. Parent-Sirois.

Parmi les répondants, 53 % sont au doctorat et 47 % à la maîtrise. Les étudiants en sciences et génie et en sciences sociales sont ceux qui ont le plus participé, suivis de ceux en lettres et en sciences humaines (15,7 %) et enfin de ceux en médecine (10 %).

Du harcèlement psychologique

Au-delà des inconforts, l’AELIES a cherché à savoir par le sondage à quelle fréquence les étudiants pouvaient parler à leur directeur et avoir « des rétroactions » de leur part (au moins une fois par mois dans 58 % des cas).

On a en outre voulu voir si les « ententes d’encadrement » signées par le directeur et son étudiant aidaient à prévenir les inconforts et les conflits.

Ces ententes, devenues obligatoires dans plusieurs domaines, visent à préciser les obligations du professeur et de son étudiant l’un vis-à-vis de l’autre et le cadre des recherches qu’ils mèneront ensemble s’il y a lieu (fréquence des rencontres, financement de la recherche, échéancier, etc.).

Le sondage suggère que de telles ententes ont un impact positif sur la relation et la progression du travail dans 70 % des cas. « S’il y a une base pour discuter, il y a beaucoup moins de facteurs de risques », note la directrice du Centre de prévention en matière de harcèlement (CPIMH), Josée Laprade, qui assistait jeudi à la présentation.

Pour Mme Laprade, les données du sondage portant sur la « vulnérabilité » ne sont pas si surprenantes. « Dans mon bureau, des problèmes, on en voit beaucoup […] Je me doutais qu’il y avait un malaise à ce niveau-là. Je suis contente de le voir chiffré, parce qu’une fois qu’on chiffre un problème, on peut le travailler davantage. » La directrice du CPIMH ajoute qu’elle évoque cette question « chaque année » dans son rapport annuel.

Si elle se fie aux signalements reçus au Centre, les « inconforts » dont fait état le sondage ne sont pas majoritairement de nature sexuelle, mais relèvent plutôt « du harcèlement psychologique, du conflit ou de l’incivilité ». « Des gestes à connotation sexuelle, du harcèlement sexuel, il y en a, mais ce n’est pas la majorité des cas. »

Les résultats dévoilés jeudi sont préliminaires. L’association étudiante doit maintenant analyser les données qualitatives et les commentaires reçus et croiser certaines données pour savoir, par exemple, si les inconforts sont plus courants ou non chez les femmes ou encore les étudiants étrangers. Lors de la présentation, un étudiant dans la salle a aussi émis l’hypothèse que les relations devenaient plus tendues avec le temps.

De l’éducation à faire… chez les professeurs

Le dévoilement de ce sondage survient quelques jours après le dépôt du projet de loi sur les violences sexuelles par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Il s’agit d’un projet de loi qui prévoit notamment la mise en place d’un code de conduite pour les professeurs qui ont des relations intimes avec leurs étudiants.

Cette proposition est la bienvenue, pour Mme Laprade. « Je suis contente que la ministre soit allée dans cette zone-là. On ne se contente pas de dire comment ça va être administré. On vient dire ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ça devient très, très concret. Ça nous donne du matériel pour intervenir et faire de l’éducation », explique-t-elle.

Beaucoup d’enseignants sont inconscients des torts qu’ils peuvent causer aux étudiants, poursuit-elle. « Il y a de l’éducation à faire. Ce n’est pas parce que tu es professeur que tu sais tout. Oui, tu es spécialiste dans ton domaine, tu as ton Ph. D., tu es un chercheur réputé… Ça, c’est une chose. Mais la démarche d’encadrement [d’un étudiant ou d’une étudiante], c’est une relation où l’étudiant est vulnérable vis-à-vis du professeur. Et ça demande énormément de bienveillance, le sentiment que tu dois prendre soin de la personne. On doit rendre les professeurs conscients de ça davantage. »

13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 10 novembre 2017 02 h 01

    Laval ?

    Laval n'est-elle pas une université régionnale avec des préocupations régionnales , n'était-il pas prévisible qu'un jour sont approche apparaisse au grand jour

    • Vincent Beaucher - Abonné 10 novembre 2017 09 h 27

      C'est une blague, du sarcasme, ou on a les idées mélangées? Il y a plus de 42 500 étudiant.e.s qui vont à l'Université Laval et près de 10 000 personnes y travaillent. On n'a pas la même notion «d'université régionale»...

    • Bernard Terreault - Abonné 10 novembre 2017 10 h 18

      Commentaire gratuit et non justifié, M. Paquette. Je n'ai eu aucun lien particulier avec l'Université Laval dans ma carrière aux États-unis, en France et au Québec, je n'y ai ni étudié ni enseigné, mais c'est une Université bien plus que régionale et qui compte, dans ma spécialité en tous cas, la physique, des professeurs de renommée internationale.

    • Pierre Robineault - Abonné 10 novembre 2017 11 h 35

      Alors là, monsieur Paquette, vraiment ... !
      Je suis tout autant étonné du fait que votre commentaire, que je qualifie à mon tour de très régional, ait été accepté par Le Devoir.
      Je vous remercie par ailleurs de ne pas cette fois-ci avoir doublé votre commentaire.

    • Sylvie Chiasson - Abonnée 10 novembre 2017 13 h 18

      Laval? Se peut-il, M. Paquette, que vous pensiez que l'Université Laval est située à... Laval? Au nord de Montréal?

      Avec plus de 40 000 étudiants et étudiantes, dont plus de 5 000 étudiants étrangers, l'UdeL, à Québec(!), se compare très bien avec l'UdeM qui en compte autour de 60 000, dont environ 8 000 étudiants étranges.

      Où se trouve le "régional" là-dedans?

    • Marc Therrien - Abonné 10 novembre 2017 22 h 00

      Ce que nous ne sommes pas en mesure de savoir, c'est qu'à l'heure à laquelle il a écrit ces lignes, M. Paquette avait-il les idées embrouillées parce qu'il était fatigué et qu'il s'apprêtait à aller dormir ou parce qu'il venait à peine de se réveiller?

      Marc Therrien

    • Eric Vallée - Inscrit 11 novembre 2017 01 h 33

      Ce monsieur écrit souvent des affaires bizarres, des fois ça a pas grand rapport avec le texte.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 novembre 2017 07 h 40

    Ètonnant

    J'ai été professeur-chercheur pendant 35 ans, et je ne voyais pas mes thésards "au moins une fois par mois", mais TOUS LES JOURS, au labo, à discuter ou des fois à "maniper" ensemble sur une expérience exigeant plus de deux mains.

  • Johanne Archambault - Abonnée 10 novembre 2017 09 h 54

    Sciences, génie, sciences sociales

    Est-ce que ce ne sont pas les domaines où la nécessité d'obtenir des subventions considérables est la plus forte? Dans ce système où on se bat pour des ressources insuffisantes, les professeurs doivent publier le plus possible, c'est un de leurs atouts pour recevoir de l'argent et poursuivre leurs recherches (l'enseignement n'étant pas considéré comme essentiel!). Les mémoires et les thèses qu'ils supervisent s'insèrent dans ce processus. Des profs seront justes et généreux envers les étudiants, d'autres plus axés sur leur avantage personnel. Du côté des étudiants, même chose: il y a les doués, les travaillants, les curieux... et d'autres qui ont surtout besoin d'aide. Or ces relations sont les mêmes que dans l'ensemble de la société (y compris les relations de pouvoir menant à des abus sexuels). Je ne vois pas la nécessité de multiplier les études ou de chercher des coupables. La justice ne s'instaure pas à coups de règlements. Les systèmes y sont plus ou moins propices, c'est eux qu'il faut réformer, autant qu'on peut. De même qu'il est précieux d'initier les enfants à des valeurs -- et non pas de les parquer au moindre coût en attendant de les préparer (seulement) à entrer sur le marché du travail.

  • Eric Lessard - Abonné 10 novembre 2017 10 h 25

    Liberté de l'étudiant

    En principe, l'étudiant devrait être libre de choisir son sujet de mémoire ou de thèse. Le problème, c'est que quand vous êtes en littérature, en philosophie ou en art par exemple, il n'y a pas de vérité absolue.

    Je savais très bien par exemple, que si je voulais avoir facilement ma maîtrise, la solution était d'aller chercher un professeur en particulier (qui prenait en charge la quasi totalité des étudiants du département) et qu'il s'agissait de parler d'une période bien précise, d'une manière bien précise. Autrement dit, les sujets de maitrises disaient à peu près toutes la même chose, seuls les exemples changeant pour la forme.

    Personnellement, je n'avais rien contre ce prof ni sur sa vision, mais je trouvais totalement absurde de devoir produire la même chose que tous les autres. L'exercise en était un de soumission beaucoup plus que d'intelligence.

    Il faudrait encourager l'originalité et la diversité des points de vues, surtout dans les dommaines ou la vérité n'est pas inscrite dans le marbre. Assister à une remise de diplome ou tous les étudiants ont travaillé avec le même pfrof, avec la même vision, du même sujet et de la même manière est déprimant.

  • Philippe Mottet - Abonné 10 novembre 2017 13 h 02

    Une suggestion

    Chère Isabelle Porter,
    La chose est connue pour nombre de familiers de l'uni, qui fréquentent certaines facultés plus problématiques que d'autres. À voir les réactions sur FB, je crois qu'il y aurait beaucoup d'interviews à faire - si l'envie vous venait de vous lancer dans ce bourbier sans fin... Il y a un grand ménage à faire là, à commencer par le sommet.