Répondre aux besoins du marché du travail

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le collège Édouard-Montpetit dispense un programme de technologie de radiodiagnostic.
Photo: iStock Le collège Édouard-Montpetit dispense un programme de technologie de radiodiagnostic.

Ce texte fait partie du cahier spécial 50 ans des cégeps

La Montérégie connaît depuis de nombreuses années une explosion démographique importante. Pour les sept cégeps de la région, cela s’est traduit d’abord par une forte augmentation des inscriptions, maintenant stabilisées. Leur nouveau défi est de fournir assez de main-d’oeuvre au marché du travail.

Emploi-Québec estime que 135 000 postes devront être pourvus sur le marché du travail en Montérégie entre 2015 et 2019. De ceux-là, environ 102 000 seront des remplacements de travailleurs partis à la retraite et 33 000 viendront de la création de nouveaux emplois. « C’est un défi intéressant pour les sept cégeps de notre région, car nous estimons qu’environ les trois quarts de ces 33 000 nouveaux postes exigeront une formation technique ou de niveau universitaire », constate Roger Sylvestre, directeur général du cégep de Saint-Hyacinthe et président du Regroupement des collèges de la région de la Montérégie (RCRM).

Le RCRM rassemble les cégeps de Sorel-Tracy, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Hyacinthe, Granby, ainsi que les collèges Édouard-Montpetit et de Valleyfield. La région compte aussi le Champlain Regional College de Saint-Lambert.

Plus de programmes

Depuis 2015, les inscriptions se sont stabilisées à un peu moins de 25 000 au total dans les cégeps de la région, après plusieurs années de forte croissance. « Les inscriptions devraient globalement demeurer stables pendant encore deux ou trois ans, puis repartir à la hausse, puisqu’il y a plus d’élèves inscrits au secondaire dans notre région en ce moment qu’il y a quelques années », indique Roger Sylvestre.

Il faut dire que les cégeps de la région ne lésinent pas sur les efforts pour les retenir en Montérégie. Cela se traduit notamment par l’augmentation de l’offre de programmes, afin d’éviter que les étudiants ne partent pour Montréal après leurs études secondaires. En dix ans, les cégeps de la Montérégie ont ajouté pas moins de 19 nouvelles formations.

Le collège Édouard-Montpetit, par exemple, a accueilli en septembre 2013 une première cohorte de 25 étudiants à son programme de technologie de radiodiagnostic. La même année, le cégep de Granby lançait son premier programme de techniques d’éducation à l’enfance. En dix ans, la région a aussi vu un programme de techniques de soins infirmiers s’ajouter à l’offre du collège Champlain, tout comme la technologie d’architecture au cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, les techniques d’éducation spécialisée à Sorel-Tracy, les techniques d’inhalothérapie à Valleyfield et la technologie du génie civil à Saint-Hyacinthe.

Ces nouveaux programmes correspondent à des secteurs où des besoins en main-d’oeuvre ont été déterminés. En Montérégie, par exemple, tout le secteur des soins aux personnes aura besoin de travailleurs au cours des prochaines années, ce qui motive l’ajout de nouveaux programmes en soins infirmiers, en inhalothérapie, en radiodiagnostic, etc. La réfection de nombreuses infrastructures, notamment routières, et la construction de nouvelles infrastructures à Montréal et sur ses couronnes nord et sud justifient, quant à elles, de nouveaux programmes, comme technologie de génie civil ou d’architecture.

« Le premier critère, lorsque l’on réfléchit à ajouter un programme, c’est l’adéquation formation/emploi, précise Roger Sylvestre. Si Emploi-Québec ne confirme pas qu’il y a ou aura des besoins en main-d’oeuvre dans un secteur donné, nous n’irons tout simplement pas de l’avant avec une demande d’autorisation pour un nouveau programme. Notre objectif est vraiment de répondre aux besoins de main-d’oeuvre. »

Selon lui, c’est ce qui explique que les taux de placement des diplômés des programmes techniques au collégial dans la région se situent généralement entre 90 et 100 %.

Il ajoute toutefois que les cégeps doivent aussi composer avec une nouvelle réalité. En effet, la proportion de diplômés des programmes techniques qui s’inscrivent ensuite à l’université, plutôt que d’intégrer le marché du travail, n’a cessé d’augmenter depuis plusieurs années. En ce moment, en Montérégie, environ 40 % d’entre eux poursuivent leurs études.

« Il faut donc travailler encore plus fort pour combler rapidement les besoins en main-d’oeuvre du marché du travail régional, admet le directeur. Nous le faisons notamment en intensifiant nos efforts du côté de la formation continue, en offrant des programmes d’attestation d’études collégiales (AEC), de perfectionnement et de mise à jour des compétences. C’est un volet très important de notre mission. » Les adultes sont environ 30 000 dans les cégeps montérégiens, soit davantage que ceux qui étudient au préuniversitaire et dans des programmes techniques combinés.

L’avantage de ces programmes de formation continue, c’est qu’ils sont plus facilement adaptables à l’évolution des besoins sur le marché du travail. Le défi est plus grand lorsque vient le temps d’adapter les programmes menant à un diplôme d’études collégial (DEC). La mécanique est alors bien plus lourde. Entre le moment du dépôt d’une demande d’autorisation au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) et les premiers diplômes, il peut facilement s’écouler de cinq à six ans. Il faut donc avoir une certaine capacité à prévoir si les besoins en main-d’oeuvre dans un secteur se maintiendront à moyen terme.

Une bonne dynamique

Par ailleurs, la volonté des étudiants du secteur technique de passer à l’université comporte aussi des avantages et est encouragée par les dirigeants collégiaux de la région. Ceux-ci tentent de développer des passerelles dans le plus grand nombre de programmes possible. Des passerelles qui permettent notamment aux étudiants de bénéficier de la reconnaissance, à l’université, de certains cours réalisés au cégep.

« Cette perspective augmente en fait le nombre d’inscriptions au DEC technique, souligne Roger Sylvestre. Les étudiants et leurs parents voient qu’il n’y a plus de barrière entre le technique et l’universitaire, et que choisir une technique ne signifie pas renoncer à l’université. Alors ils sont plus nombreux à s’y inscrire. »

Les cégeps doivent répondre à bien d’autres défis, comme l’offre de plus en plus fréquente de formation en ligne et la présence d’une population adulte immigrante plus importante, à la recherche d’une qualification pour s’intégrer au marché du travail.

« Les cégeps de la Montérégie bénéficient d’une dynamique très positive, croit Roger Sylvestre. Les étudiants sont là, leur présence ne devrait qu’augmenter au cours des prochaines années, et l’offre de programmes ne cesse de se bonifier pour les jeunes qui arrivent du secondaire comme pour les adultes venus d’ici et d’ailleurs. »

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