L’Institut Pacifique offre des formations pour réduire la violence

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Depuis plusieurs années, l’Institut Pacifique collabore avec plusieurs commissions scolaires, dont une trentaine d’écoles de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Photo: Institut Pacifique Depuis plusieurs années, l’Institut Pacifique collabore avec plusieurs commissions scolaires, dont une trentaine d’écoles de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis plus de 40 ans, l’Institut Pacifique, un organisme sans but lucratif, offre des formations en résolution de conflits dans plus de 400 écoles au Québec. L’action de l’institut va toutefois plus loin, car il offre aussi ses services dans les milieux institutionnels, sociaux ainsi que dans les entreprises. Portrait d’un organisme à la mission essentielle.

À cette époque marquée par la montée de certaines formes de radicalisation, le travail fait par la trentaine de psychoéducateurs, de criminologues, de travailleurs sociaux et d’éducateurs spécialisés de l’Institut Pacifique est plus que jamais pertinent. Il est voué au développement, à la mise en oeuvre et à la promotion des savoir-faire en matière de résolution de conflits et de prévention des problèmes psychosociaux. Objectif : bâtir des milieux de vie dans les écoles et divers milieux de travail exempts de violence et favoriser l’épanouissement psychosocial.

La petite histoire

Fondé en 1976, l’Institut Pacifique, connu sous le nom de Centre Mariebourg, à l’époque, est un organisme communautaire de Montréal-Nord dont la mission est de prévenir l’apparition des problèmes psychosociaux chez les jeunes de 6 à 12 ans. Vingt-deux ans plus tard, le centre lance un programme de résolution de conflits et de médiation par les pairs. Ce programme, appelé Vers le pacifique, suscite rapidement un grand engouement.

À la même époque, l’organisme crée le Centre international de résolution de conflits et de médiation. Ce dernier crée les programmes Vers le pacifique adaptés au préscolaire 5 ans et au 3e cycle du primaire.

En 2005, on fusionne les deux organismes sous le vocable Institut Pacifique. Le programme Vers le pacifique prend encore de l’ampleur et est adapté à la maternelle 4 ans. Le programme Différents mais pas indifférents est aussi créé pour les jeunes du secondaire.

Une formation continue en constante évolution

Oeuvrer dans plus de 400 écoles québécoises avec une équipe d’une trentaine de professionnels serait une mission impossible sans l’aide des formateurs partenaires. « Notre personnel se rend dans les écoles et forme des professionnels [conseillers pédagogiques ou enseignants, etc.], affirme Shirlane Day, directrice générale de l’institut. Ces gens deviennent formateurs partenaires et transmettent leur savoir aux enseignants et aux responsables de services de garde, qui animent des ateliers s’adressant aux élèves. »

L’institut s’adapte également aux formes de violence évoluant au fil des ans par l’intermédiaire de son volet recherche et développement. « Nous intégrons dans notre programme des problématiques actuelles telles que la cyberintimidation et l’inclusion sociale des immigrants », explique Mme Day.

La directrice tient à souligner que les programmes offerts par son institut ont déjà prouvé leur efficacité lors d’une évaluation faite au début des années 2000 par le professeur en psychoéducation Stéphane Bowen, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

De 2012 à 2015, le programme Vers le pacifique a été de nouveau évalué. Plus de 1000 élèves de 3e cycle du primaire et 50 professionnels provenant de 16 milieux scolaires différents du Québec et de l’Alberta ont rempli des questionnaires pré-test et post-test. L’analyse des résultats confirme la pertinence du programme. Par exemple, sur le plan du conflit, les élèves utilisent un mode de résolution pacifique et parviennent à faire la distinction entre un conflit et de l’intimidation. Au chapitre de la colère, ils ont conscience des conséquences issues d’une mauvaise gestion de la colère et savent comment la gérer de façon pacifique. Après les ateliers du programme, ils savent aussi comment établir une communication pacifique. Et enfin, ils connaissent l’importance de prendre le temps nécessaire pour résoudre pacifiquement un conflit et y rechercher des solutions. Bref, les résultats sont plutôt encourageants.

Une collaboration fructueuse

Depuis plusieurs années, l’Institut Pacifique collabore avec plusieurs commissions scolaires, dont une trentaine d’écoles de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Selon Gina Guillemette, porte-parole de la commission scolaire, les professionnels des écoles qui appliquent le programme se déclarent très satisfaits des résultats obtenus. Les ateliers sont donnés à la maternelle et à tous les cycles du primaire. Par exemple, au 3e cycle, les ateliers portent sur quatre thèmes : conflit, violence et intimidation ; gestion de la colère ; communication pacifique et recherche de solutions.

Services offerts aux entreprises

Fort du succès obtenu en milieu scolaire, l’Institut Pacifique intervient aussi en milieu de travail. Il y avait là un réel besoin, selon Mme Day, car selon un sondage CROP réalisé en 2015, deux Québécois sur trois vivent des conflits dans leur milieu de travail. L’institut offre donc aux professionnels de la santé, aux cadres dans les hôpitaux et aux gestionnaires d’entreprises quatre programmes dont l’objectif vise la réduction des conflits : Initiation au processus de médiation (12 heures), Gestion des différends au quotidien (5 heures), Prévention et gestion des différends en milieu de travail (6 heures) et Comprendre et intervenir en situation de conflits (une formation de six heures destinée aux gestionnaires).

Pour être efficace dans ses interventions, l’institut utilise un amalgame de techniques éprouvées, comme la communication non violente et l’approche comportementale cognitive.

Des collaborations fructueuses

Afin de bien accomplir sa mission, l’institut travaille aussi en collaboration, et ses actions ont une portée nationale et internationale. « Nous collaborons régulièrement avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, assure Mme Day. Il nous arrive aussi de mener des actions en prévention de la violence ailleurs au Canada et dans le monde. » Ainsi, à la demande de la Banque mondiale, l’institut a déjà donné des conférences en Tunisie sur la prévention de la radicalisation.