Le devoir de formation continue des ordres professionnels

Alice Mariette Collaboration spéciale
La formation continue est balisée depuis 2012 pour les membres exerçant la psychothérapie. Ils doivent suivre 90 heures de formation tous les cinq ans.
Photo: iStock La formation continue est balisée depuis 2012 pour les membres exerçant la psychothérapie. Ils doivent suivre 90 heures de formation tous les cinq ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les 46 ordres professionnels du Québec doivent se porter garants du maintien et de l’amélioration des compétences de leurs membres. Grâce à la formation continue, ils assurent leur mission de protection du public.

Le rôle des ordres professionnels est avant tout de protéger le public et non leurs membres. Pour s’en acquitter, plusieurs mécanismes sont mis en place, parmi lesquels la formation continue fait figure de proue. « Le titre professionnel offre une garantie à la population, et la formation continue est un des mécanismes de base à la préservation des compétences et à l’assurance de pratiques professionnelles exemplaires », expose Gyslaine Desrosiers, présidente du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ). Les différents ordres professionnels du Québec sont donc responsables du perfectionnement de leurs membres, en plus d’avoir l’obligation déontologique de mettre à jour leurs connaissances. « La population a besoin de savoir à qui elle a à faire, ajoute-t-elle. Si une personne possède un titre professionnel, cela donne une garantie de qualification et de mise à jour des compétences. »

Si la totalité des ordres professionnels a un code déontologique faisant état de la formation continue, les dispositions ne sont pas toujours les mêmes. « La loi prévoit des mécanismes de formation continue pour les 46 ordres, mais ces mécanismes sont à géométrie variable et adaptés à chacun », détaille Mme Desrosiers. Obligatoires ou sans balises strictes, les façons de faire varient selon les secteurs. « Qu’il y ait coercition ou non, les professionnels sont investis de la même mission de donner des services d’excellence », rappelle la présidente du CIQ.

Assurer l’excellence

« La formation ne se résume pas à la formation initiale, lance Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. Au-delà de l’obtention du doctorat, qui permet l’obtention du permis de pratique, il faut continuer de se former la vie durant. Pour nous, c’est une valeur importante, quel que soit le champ de pratique du psychologue. » La formation continue est balisée depuis 2012 pour les membres exerçant la psychothérapie. Ils doivent remplir 90 heures de formation tous les cinq ans. Pour les autres champs de pratique, l’Ordre les invite à remplir leur propre plan de développement professionnel — une sorte de portfolio — en vue de définir leurs objectifs et choisir leurs activités d’apprentissage. « Les psychologues doivent conserver leurs attestations pour l’inspection professionnelle, explique Mme Grou. Quand ils sont inspectés, cela fait partie des choses qui sont examinées : comment avez-vous continué de vous former ? Quels sont les colloques, congrès, conférences auxquels vous assistez ? Quelles sont les lectures que vous faites et en quoi sont-elles liées à votre travail, etc. » Elle insiste sur l’importance de la formation continue, puisque la science et la psychologie évoluent à très grande vitesse.

Du côté de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ), le règlement pour la formation est plus strict. Les membres doivent suivre des activités de formation continue liées à l’exercice de leur profession d’une durée d’au moins 30 heures par période de référence de deux ans. « Nous avons déterminé qu’il s’agit du minimum pour s’assurer que les membres mettent à jour leurs connaissances, note Marie-Lyne Roc, directrice par intérim du développement professionnel à l’OTSTCFQ. Toutefois, nous avons constaté qu’en réalité, les professionnels en faisaient souvent beaucoup plus. » Ce minimum de 30 heures peut être réalisé de différentes façons : participation à des cours, séminaires ou colloques, rédaction et publication d’articles ou d’ouvrages, ou encore participation à une activité d’autoapprentissage, tels la lecture, le mentorat, la participation à des groupes de discussion et le codéveloppement, toujours liés à l’exercice de la profession. « Nous sommes flexibles, et les membres peuvent aussi soumettre une demande de reconnaissance pour certaines autres activités », explique Mme Roc.

Assurer l’accessibilité

Le rôle des ordres professionnels n’est pas uniquement d’exiger, d’imposer et de surveiller les compétences de leurs membres. Ils se doivent aussi de participer à l’installation d’une culture de la formation continue et d’outiller les professionnels en proposant eux-mêmes des activités, en les recensant ou en faisant des partenariats avec des institutions d’enseignement. L’Ordre des psychologues a pour sa part développé une offre de formation continue et accrédité plus de 2000 activités depuis les cinq dernières années. En outre, 1200 offres de formation continue accréditée se trouvent actuellement dans leur catalogue.

Dans le même état d’esprit, l’OTSTCFQ propose différentes activités, en plus d’un catalogue recensant les possibilités de formation continue offerte par d’autres institutions. « Nous sommes toujours en recherche pour proposer de nouvelles formations ou en ajouter à notre catalogue », décrit Mme Roc. Le programme innove en permanence et s’adapte d’ailleurs pour répondre aux enjeux et aux besoins de la population. Par exemple, l’Ordre propose depuis deux ans une formation intitulée « Loi concernant les soins de fin de vie : défis éthiques et cliniques pour les travailleurs sociaux » afin d’aider les membres à mieux répondre aux besoins de la population sur cette question délicate. Pour une meilleure accessibilité, Mme Roc assure porter une grande attention aux membres exerçants en région. « Nous nous faisons un devoir d’aller dans les régions pour offrir la formation, même pour de petits groupes, explique-t-elle. Et nous développons actuellement des formules en ligne, comme des webinaires. » En outre, les activités de formation continue permettent aux candidats et professionnels formés hors Québec une meilleure intégration professionnelle et sociale.

Pour le CIQ, il est très important que le public puisse tenir pour acquis que tous les membres des ordres professionnels du Québec répondent à l’obligation de formation.