Pour une plus grande accessibilité

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La CSQ demande au gouvernement de débloquer des fonds et de modifier les règles pour assurer l’accès à la formation professionnelle à temps partiel.
Photo: IStock La CSQ demande au gouvernement de débloquer des fonds et de modifier les règles pour assurer l’accès à la formation professionnelle à temps partiel.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Selon Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la formation continue et la formation professionnelle sont des instruments efficaces d’une politique de réussite éducative qui s’inscrit en continuum de la petite enfance jusqu’à l’université.

« Le gouvernement doit agir sur les obstacles qui limitent l’accès à la formation. Pensons notamment à la formation professionnelle uniquement financée à temps plein, à l’enjeu des petites cohortes en région qui ne peuvent démarrer faute de ressources financières adéquates ou aux enveloppes fermées en formation continue. L’accessibilité est un vrai problème. »

Cet énoncé est tiré de la déclaration des centrales syndicales québécoises dévoilée lors de l’ouverture du Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre qui s’est tenu en février dernier et auquel les avait conviées le premier ministre Philippe Couillard. À lui seul, il renferme toutes les revendications de la CSQ sur le sujet.

Ne pas confondre

Il est important de bien distinguer les différentes formations offertes. Tout d’abord, la formation professionnelle est dispensée par les établissements d’enseignement secondaire publics et privés qui en assurent l’offre de programmes. De leur côté, les cégeps, les collèges privés et certaines écoles gouvernementales dispensent la formation technique. D’une manière générale, la formation professionnelle mène à l’obtention du diplôme d’études professionnelles (DEP) ou à l’attestation de spécialisation professionnelle (ASP). Les commissions scolaires offrent en outre depuis quelques années une filière menant à une attestation d’études professionnelles (AEP). La formation technique, elle, mène au diplôme d’études collégiales (DEC) ou à l’attestation d’études collégiales (AEC).

Les services de formation continue répondent quant à eux à des besoins spécifiques et ponctuels. Ils permettent d’acquérir des compétences en milieu de travail ou dans un établissement d’enseignement, cela pour se perfectionner, pour développer de nouvelles connaissances, pour obtenir une certification ou un diplôme afin de reconnaître la maîtrise de son métier.

Accessibilité et flexibilité

« Parmi toutes ces formations, la seule qui n’est pas accessible à temps partiel est la formation professionnelle », un frein au retour sur les bancs d’école, déplore Louise Chabot. En effet, les règles budgétaires actuelles obligent un programme de formation professionnelle à assurer un enseignement pendant 15 heures et plus par semaine. « Le gouvernement prévoit que, d’ici moins de dix ans, 1,1 million de postes seront à pourvoir. De ces postes, 56,4 % sont des emplois dont la formation est de niveau secondaire, incluant la formation professionnelle », souligne la présidente. Dans ce contexte, la formation est un enjeu majeur pour le Québec. Mais s’il est impossible de s’inscrire dans un programme de formation professionnelle à temps partiel, de nombreux travailleurs hésiteront à quitter un emploi pour retourner aux études à temps plein.

La CSQ demande donc au gouvernement de débloquer des fonds et de modifier les règles pour assurer cet accès à la formation professionnelle à temps partiel.

L’accès à cette formation peut par ailleurs s’avérer difficile, puisque les enveloppes budgétaires allouées sont fermées, obligeant les commissions scolaires à refuser des élèves ou à créer des listes d’attente. « On ne penserait jamais à limiter la formation pour les jeunes, alors pourquoi le faire pour les adultes ? » se questionne Louise Chabot.

Du côté de la formation continue offerte dans les collèges, les chiffres sont révélateurs. Selon la Fédération des cégeps, en 2015, un peu plus de 26 000 adultes étaient inscrits. De ce nombre 49,8 % fréquentaient le cégep à temps plein et 50,2 % à temps partiel. Ainsi, plus de la moitié des adultes qui choisissent de reprendre des études optent pour quelques heures par semaine seulement. Ils s’inscrivent dans un programme conduisant à une AEC dans 58,5 % des cas et à un DEC pour 21,4 % des étudiants. Les 20,2 % restant ont choisi de suivre des cours hors programme. La question du financement demeure là aussi délicate, puisque les cégeps n’ont eux-mêmes accès qu’à des enveloppes fermées.

En région

Du côté des régions, l’accès peut devenir un véritable casse-tête également, puisque les cégeps se heurtent parfois à un manque de recrutement pour pouvoir ouvrir un programme. Les demandes concernant le financement des petites cohortes pour la formation professionnelle ont été formulées et répétées depuis longtemps, et elles ont finalement été entendues : le gouvernement de Philippe Couillard a ainsi annoncé un investissement additionnel de trois millions de dollars. Dans ce dossier, primordial pour la CSQ, le nouveau financement vise entre autres à favoriser l’accessibilité et le maintien d’une offre de cours en formation professionnelle dans plusieurs régions du Québec. Toutefois, une condition d’attribution basée exclusivement sur des programmes d’études conduisant à des emplois en forte demande ne respecte pas la mission de formation du réseau de l’éducation selon la CSQ. « Lors du Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre, on avait signifié au gouvernement Couillard qu’il devait cesser de pencher systématiquement du côté des employeurs, qui veulent orienter l’éducation selon leurs besoins ponctuels. En privilégiant seulement les besoins de l’entreprise, on freine les aspirations des élèves en région qui veulent pouvoir y rester pour se former », se désole la présidente.

Pour terminer, Louise Chabot le répète : « Il faut se donner la capacité de développer et de valoriser les secteurs de formation pour les jeunes et offrir la flexibilité aux travailleurs qui reviennent sur les bancs d’école. C’est la voie pour arriver à contrer le déséquilibre de main-d’oeuvre au Québec et contribuer à ce qu’il y ait l’adéquation formation-emploi-compétences. »