Vétustes, les écoles de Montréal souffrent de la chaleur accablante

Peu habitués à ce que le mercure atteigne les 30 degrés Celsius (sans parler de l’indice humidex) aussi tardivement dans la saison estivale, les Montréalais cherchent l’ombre, comme ici au parc La Fontaine. Dans plusieurs écoles, élèves et professeurs tentent de s’acquitter de leur tâche dans des locaux mal ventilés.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Peu habitués à ce que le mercure atteigne les 30 degrés Celsius (sans parler de l’indice humidex) aussi tardivement dans la saison estivale, les Montréalais cherchent l’ombre, comme ici au parc La Fontaine. Dans plusieurs écoles, élèves et professeurs tentent de s’acquitter de leur tâche dans des locaux mal ventilés.

La chaleur inhabituelle perturbe les classes dans les écoles de Montréal. Les locaux mal ventilés, l’absence de climatisation ou même le mauvais état des fontaines d’eau compliquent la tâche des enseignants et des élèves, qui souffrent de la chaleur accablante.

Le mot d’ordre est clair dans les écoles du Québec : buvez beaucoup d’eau et restez au frais. La directive a été suivie avec plus ou moins d’assiduité à l’école FACE, rue University, fréquentée par plus de 1300 élèves du primaire et du secondaire : des enseignants, parents et élèves doutent de la qualité de l’eau.

Cette école, construite au début du siècle dernier, a besoin de rénovations de 100 millions de dollars, selon la Commission scolaire de Montréal (CSDM). L’année dernière, une interdiction de consommer l’eau a été déclarée à l’école FACE à cause de la présence de plomb. Les tuyaux de plomb ont été remplacés. La CSDM, qui a indiqué au Devoir que l’eau est potable à l’école FACE, a tout de même distribué des bouteilles d’eau dans l’établissement, lundi après-midi.

« Je me suis promenée dans l’école, plusieurs abreuvoirs donnent un mince filet d’eau, ou encore de l’eau chaude ou de mauvais goût. Certains élèves ne boivent pas assez au moment où la température est insupportable à certains endroits dans l’école », dit Geneviève Dodin, mère de trois enfants qui fréquentent l’école FACE.

C’est la réalité des écoles publiques à Montréal et ailleurs : les bâtiments d’un autre siècle souffrent d’un important déficit d’entretien — ou ont besoin d’une mise à niveau. À peine 16 des 191 écoles de la CSDM sont climatisées, indique la commission scolaire.

Des élèves rencontrés dans la cour de l’école FACE, à la sortie des classes, disent souffrir de la chaleur. Ils boivent rarement l’eau des fontaines. « On sent qu’elle n’est pas fraîche. On va remplir nos gourdes à l’Université McGill, de l’autre côté de la rue, mais on n’a pas toujours le temps de le faire », dit une élève du secondaire.

« On apporte une bouteille d’eau de la maison, mais elle se vide rapidement : il fait chaud à l’école », ajoute une autre élève.

Accès déficient à l’eau potable

L’école FACE n’est pas la seule dans cette situation, selon une enquête menée par la Coalition Poids, qui milite notamment pour éliminer les jus de fruits et autres boissons sucrées des écoles. Une école publique sur cinq aurait un problème d’accès à l’eau potable. « Les fontaines d’eau sont fonctionnelles et faciles à trouver dans 78,9 % des écoles », peut-on lire dans le rapport Virage santé à l’école, 10 ans plus tard, publié lundi.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À l’école FACE, à Montréal, la chaleur insoutenable s’ajoute à des abreuvoirs pas toujours fonctionnels.

Le problème est particulièrement criant près des lieux de repas, constate l’organisme. Ainsi, seulement 30,6 % des écoles sondées rapportent que l’eau est offerte à proximité des lieux de repas.

Les données de cette « étude d’observation » ont été obtenues auprès de 284 parents siégeant au conseil d’établissement de l’école de leur enfant, écoles réparties dans 45 commissions scolaires et les 17 régions administratives du Québec.

La Coalition déplore également que certains établissements interdisent les gourdes d’eau dans les salles de classe, à l’exception des périodes de canicule. Les enseignants veulent éviter les dégâts, les distractions et les demandes trop fréquentes pour aller aux toilettes.

« Considérant l’importance d’apprendre aux jeunes à boire de l’eau régulièrement, ces freins à la consommation d’eau sont contre-productifs, écrivent les auteurs. Il faut plutôt les aider à développer le réflexe de choisir l’eau pour étancher leur soif et les garder bien hydratés pour que leur cerveau soit disposé à l’apprentissage. »

Une question de santé publique

La Direction de santé publique de Montréal insiste sur la nécessité de bien s’hydrater en période de grande chaleur. « La première règle est de s’hydrater. C’est clair que l’accès à l’eau est fondamental », dit le Dr David Kaiser au Devoir.

L’hydratation est cruciale pour les enfants de quatre ans et moins, les personnes âgées et les gens souffrant de maladies chroniques, rappelle-t-il. Même s’il fait très chaud, la Santé publique considère qu’il ne s’agit pas d’un épisode de « chaleur extrême ». Il faut pour cela qu’il fasse au moins 33 degrés Celsius durant trois jours consécutifs, et au moins 20 degrés durant trois nuits.

« Les élèves et les enseignants ont quand même plus de difficultés à se concentrer avec une chaleur comme celle-là », dit Geneviève Rioux, enseignante de français en cinquième et sixième année à l’école FACE. Lundi, elle a offert des périodes « de lecture et de calme » aux élèves. Ils avaient le droit de se lever pour aller boire. Au moins un autre enseignant a donné son cours dehors, à l’ombre. Plusieurs écoles ont aussi décrété la fin des classes plus tôt que d’habitude.

Violaine Cousineau, commissaire à la CSDM, se demande s’il ne vaudrait pas mieux fermer les écoles lors d’épisodes de grande chaleur — qui seront plus fréquents avec les changements climatiques. « J’ai demandé à la CSDM à partir de quelle température on ferme les écoles. On m’a répondu : une température ressentie de 43,9 degrés. C’est beaucoup », dit-elle.

La CSDM dit respecter les règles de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. D’après nos informations, il n’y a aucune politique sur l’utilisation de ventilateurs en classe. C’est une initiative laissée à chaque enseignant ou à chaque direction d’école.

Jus glacés au menu

À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), le président, Sylvain Mallette, constate dans les écoles plusieurs problèmes liés à la canicule qui perdure. « Les profs qui voudraient installer l’air climatisé dans leurs classes ne peuvent pas parce que le système électrique ne supporterait pas cette pression-là. Même le fait de brancher un ventilateur personnel, ça fait sauter le tableau blanc interactif. Et on ne parle même pas des fenêtres qu’on ne peut pas ouvrir parce qu’il n’y a pas assez de moustiquaires. On est loin de l’école du futur, là ! »

À l’initiative de certains représentants syndicaux, certains commencent à prendre des mesures dans les classes. Le président de la FAE dit avoir vu une classe à 33,6 degrés Celsius. « À cette température, c’est carrément insupportable », lance-t-il.

Pour que leurs élèves demeurent fonctionnels, plusieurs professeurs vont jusqu’à acheter des boîtes de jus glacés, illustre-t-il. « C’est clair qu’avec la chaleur et le manque d’air, il y a des élèves qui deviennent somnolents et qui ont moins de capacité à rester concentrés. »

8 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 septembre 2017 07 h 22

    Soweto Nord

    À la lecture de ce trop court article sur un immense problème dans tout l'Occident, ne me parler plus d'autres pays lourdement financés par des fonds en provenance du Nord, et donc de nos impôts, alors aue l'on réduit les budgets de nos écoles comme une peau de chagrin.

    En France, le nouveau ministre de l'éducation n'a aucune intention d'amliorer la qualité de l'enseignement dans toutes les écoles françaises. Ses réformes ne concernent que les zones "prioritaires" à très fortes concentration d'immigrés.

    Il faut être très aveugle pour ne pas voir la déconstruction délibérée et programmée du monde occidental.

    • Jean Gadbois - Inscrit 26 septembre 2017 10 h 46

      Ce qu'il y a de systémique (pour reprendre une expression à la mode), au Québec, en tout cas, c'est le gaspillage et le fait de courir dans toutes les directions comme des poules pas de tête avec les multiples réformes et renouveaux pédagogiques qui sont des exemples spectaculaires de ratés et d'échecs lamentables. Une diplômation à rabais. Ça nous a coûté des milliards et nous n'avons plus les moyens d'entretenir nos écoles.
      Détrompez-vous Madame, de l'argent en éducation, il n'y en a jamais eu autant!
      En trente ans d'enseignement, j'ai vu ces milliards lancés par les fenêtres, avec ou sans mousticaires et vu la plétore de fonctionnaires insipides les empocher... Leurs emplois étaient ainsi justifiés.
      L'éducation au Québec c'est ça et on s'enlise de plus en plus, au rythme de la valse des chaises musicales occupées par la multitude de ministres et sous-ministres successifs au M.E.Q puis au M.E.L.S., au M.E.E.S.R..
      Savez-vous combien il en coûte d'ailleurs aux contribuables pour modifier les anagrammes du ministère? Des millions, Madame.
      Pitoyable.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 septembre 2017 13 h 05

      Merci de vos commentaires, M. Gadbois, qui expliquent pourquoi nous constatons la vétusté de nos écoles, les fonds étant destinés à d'autres fins que l'enseignement et l'entretien du mobilier. Car au bout du compte, c'est l'avenir de nos enfants et du pays qui sont compromis.

    • Jean Gadbois - Inscrit 26 septembre 2017 20 h 44

      Et vous avez raison de parler d'aveuglement face à la déconstruction de nos sociétés occidentales, tout comme celle de l'avenir de nos enfants. Quant à notre pays...

  • René Pigeon - Abonné 26 septembre 2017 07 h 23

    Le premier symptôme de la déshydratation est la fatigue, avant la soif. Vêtements courts non moulants. Mouiller le corps pour évacuer la chaleur

    Le premier symptôme de la déshydratation n’est pas la soif mais la fatigue. Surveillons l’apparition de la fatigue et de la soif dans cet ordre.

    C’est le moment de porter des culottes courtes, une jupe plutôt que des vêtements moulants.

    Mouiller les jambes, le cou, la chevelure et les bras dénudés en aspergeant de l’eau de l’abreuvoir évacue efficacement la chaleur du corps ; l’évaporation absorbe beaucoup d’énergie et l’emporte loin du corps sous forme de vapeur d’eau.

  • Jean Richard - Abonné 26 septembre 2017 10 h 02

    S'adapter ou disparaître

    Les gens seraient-ils devenus excessivement douillets ? À 25 °C, ils se précipitent sur la télécommande du climatiseur et à 23 °C, sur celle du chauffage. Cette incapacité volontaire mais inconsciente à tolérer le moindre écart de température ne leur rend pas service car il se pourrait que la conséquence soit la réduction probable de leur capacité à s'adapter. Or, l'adaptation est essentielle à la survie : ou on s'adapte, ou on finit par disparaître.

    Et les médias, avec leurs grands titres excessifs, parfois leur manque de rigueur, contribuent à créer une quasi-psychose chez les gens. Ainsi, le temps chaud des derniers jours a fini par prendre une allure apocalyptique au point où même des bâtiments en souffrent.

    Les enfants servent souvent de miroir aux adultes. Leur perception de la réalité est souvent influencée par ce qu'ils entendent des adultes. Laissez-moi donc vous raconter une anecdote. Hier, 25 septembre, je conversais avec un gamin de 10 ans, fils d'immigrants du Bengladesh. Ce gamin m'expliquait tout bonnement qu'au pays de ses ancêtres, il faisait parfois aussi chaud qu'à Montréal mais que c'était beaucoup moins humide. Un petit coup d''œil à la météo de Dacca : 33 °C, soit 2 °C de plus qu'à Montréal, mais surtout, un contenu en vapeur d'eau (humidité) 1,5 fois plus élevé qu'à Montréal, à des valeurs jamais atteintes à Montréal. Le message distordu des médias s'était fait une place dans la tête du gamin : Montréal est tellement humide qu'on y crève en été et qu'on y gèle en hiver.

    Par ailleurs, doit-on en rire de ces situations catastrophes : des fenêtres qu'on ne peut ouvrir parce qu'il n'y a pas de moustiquaires, comme s'il y avait un million de mouches qui attendaient pour y entrer ? Et le tableau blanc qui s'éteint parce qu'on allume un ventilateur ? Quant aux profs qui distribuent des jus glacés (et sucrés) aux élèves : c'est en plein ce qu'il ne faut pas faire. Le sucre, c'est un combustible non ?

    • Serge Lamarche - Abonné 26 septembre 2017 15 h 23

      Une bouteille d'eau congelée fournit une eau plus glaciale, donc moins besoin d'en boire.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 26 septembre 2017 20 h 48

      Quelle image irréaliste, empreinte de mépris.