Les lunchs gratuits pour les enfants, une bonne idée?

La distribution de repas gratuits aux élèves est considérée comme le programme social le plus important dans le monde.
Photo: John Moore / Getty Images / AFP La distribution de repas gratuits aux élèves est considérée comme le programme social le plus important dans le monde.

Depuis la semaine dernière, tous les élèves des écoles publiques de New York mangent gratuitement le midi. Ils avaient déjà droit au petit-déjeuner gratuit. C’est le gouvernement fédéral qui paie la facture. La commission scolaire de New York s’inspire d’un programme mis en place au Brésil, qui fournit deux repas gratuits chaque jour aux 45 millions d’élèves fréquentant une école publique.

La distribution de repas gratuits aux élèves est considérée comme le programme social le plus important dans le monde. Plus de 368 millions d’enfants, soit un sur cinq, reçoivent au moins un repas par jour lorsqu’ils sont à l’école, selon les Nations unies.

La recette brésilienne de la réussite scolaire — un enfant bien nourri réussit mieux qu’un enfant affamé — fait du chemin même dans des pays riches comme les États-Unis, le Japon, la France, la Suède ou la Norvège, par exemple, qui offrent des repas gratuits ou à faible coût aux écoliers.

« Notre expérience peut profiter aux pays développés. Le programme brésilien offre non seulement des repas, mais surtout des repas nutritifs. Les élèves brésiliens ont de bien meilleures habitudes alimentaires et une bien meilleure santé que leurs parents », dit Daniel Balaban, qui a géré le Programme national d’alimentation scolaire brésilien durant neuf ans. Le Devoir l’a joint à Brasília, où il dirige désormais le Centre d’excellence contre la faim du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies.

Cet économiste fait partie d’une délégation de 300 experts de 50 pays qui sont attendus à Montréal toute la semaine, jusqu’au 21 septembre, pour le Forum mondial sur la nutrition infantile. Ce congrès annuel vise à encourager la mise en place de programmes alimentaires nationaux dans les écoles.

« Les programmes de repas scolaires existent dans presque tous les pays, et ils représentent le plus important filet de sécurité au monde », indique la documentation du Forum.

« Pour de nombreux enfants vivant dans les communautés vulnérables, il s’agit de leur seul repas nutritif de la journée. Il est prouvé que les repas scolaires attirent les enfants à l’école, augmentent la présence des filles et fournissent l’alimentation dont ils ont besoin pour se concentrer et apprendre. »

Remplir les ventres et les cerveaux

Le Brésil, géant économique aux prises avec des inégalités sociales choquantes, a commencé en 1954 à nourrir gratuitement les élèves de ses écoles publiques. À l’époque, c’était une façon de combattre la malnutrition dans les régions les plus pauvres et isolées du pays.

C’était aussi une façon d’inciter les familles pauvres à envoyer leurs enfants à l’école. Le programme s’est étendu au fil des ans jusqu’à devenir obligatoire pour tous les élèves de toutes les écoles publiques du Brésil, sous le gouvernement Lula en 2009.

Cette initiative était le fait saillant d’une offensive plus large, baptisée Faim zéro, qui comprenait entre autres l’instauration d’allocations familiales — un peu comme au Québec et au Canada. Le programme de repas dans les écoles vise aussi à encourager l’agriculture familiale : 30 % de l’approvisionnement des écoles doit provenir de petites fermes locales.

« La loi met en place des normes nutritives pour les repas. La malbouffe est bannie des écoles ; 90 % des problèmes de santé sont liés à ce qu’on mange », dit Daniel Balaban.

« Le programme d’alimentation scolaire ne s’applique pas aux écoles privées, mais elles ont quand même emboîté le pas : elles ne servent plus de pizzas, de hamburgers, de boissons gazeuses et d’autres aliments malsains », ajoute-t-il.

Effet positif

La distribution de repas dans les écoles des 5565 municipalités brésiliennes coûte 2,5 milliards $US au gouvernement fédéral cette année, selon M. Balaban. À l’échelle canadienne, un programme comparable pourrait coûter environ 500 millions $CAN par année. Une utopie ?

 
368 millions
C’est le nombre d’enfants dans le monde qui reçoivent au moins un repas par jour lorsqu’ils sont à l’école, soit un sur cinq.

Source : Nations unies.

Alain Noël, professeur spécialisé en inégalités sociales au Département de science politique de l’Université de Montréal, n’ose pas se prononcer. Il ne dispose pas d’information solide sur l’efficacité de la distribution de repas gratuits dans les écoles.

« La France, qui offre des cantines à tous les enfants, à prix modulés en fonction du revenu des parents, constitue un autre modèle qui mériterait d’être considéré », estime-t-il. Il se rappelle avec bonheur une année sabbatique en France, sans lunch à préparer pour les enfants.

Chose certaine, il existe un lien « statistiquement significatif » entre l’alimentation et les résultats scolaires, selon une étude publiée en 2017 dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics, au Royaume-Uni. Les élèves qui prennent un petit-déjeuner réussissent mieux que les autres, conclut ce rapport, établi en analysant les résultats de 40 recherches menées dans 18 pays, dont le Canada.

Quelque 166 148 élèves âgés de 10 à 18 ans ont participé à ces études. Les élèves qui ingurgitent de la malbouffe (boissons gazeuses sucrées, autres aliments peu nutritifs) une fois par jour ont plus de difficultés en lecture que leurs camarades qui se nourrissent bien.

Au Québec, la distribution de dîners gratuits, préparés sur place (même financés par Ottawa), pourrait être difficile dans les écoles primaires : la plupart n’ont pas de cafétéria.

Ça n’empêche pas le Club des petits-déjeuners de distribuer un repas du matin à 167 000 élèves dans 1455 écoles au Canada. Un million d’autres enfants sont à risque d’arriver à l’école le ventre vide au pays, estime le Club.


3 commentaires
  • Dominique Cousineau - Abonnée 16 septembre 2017 09 h 37

    Économie de bouts de chandelles

    500 millions par année pour s'assurer que tous les écoliers canadiens aient accès à un repas de qualité sur l'heure du midi? Une utopie? C'est au contraire un peu cave de s'en passer: tous les enfants ont besoin de manger le midi pour être en état d'apprendre. La plupart le font. Ça coûte déjà quelque chose, sinon via les impôts du moins sur les factures d'épicerie des familles. Ça ne serait vraisemblablement pas plus cher que ce soit l'école qui s'en occupe, et pas mal moins de trouble pour beaucoup de familles. En prime, ceux qui eux ne sont pas nourris adéquatement actuellement (Mais à qui on paie l'école gratuite à fort prix! Sans s'assurer qu'ils sont en état d'en profiter... Cave je disais...) le seraient. Posez-vous la question: est-ce que c'est acceptable que, dans notre société plutôt riche, des enfants ne mangent pas à leur faim? Est-ce que ça ne devrait pas être une responsabilité collective de veiller à cela? Ou est-ce qu'on veut continuer de gérer ça individuellement -ce qui est nettement moins efficace, pensez à toutes les familles qui se cassent le pompon pour faire les lunchs- et tant pis pour les enfants qui sont laissés pour compte?... C'est quoi le budget annuel pour l'éducation primaire et secondaire au Canada? Près de 4% du PIB, on doit parler de 75 milliards? Donc d'une augmentation de moins de 1% pour s'assurer que les enfants pensent à ce qu'on leur enseigne plutôt qu'à leur estomac? Caves, nous sommes collectivement caves...

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 16 septembre 2017 09 h 50

    Quelle bonne idée

    Je trouve que ce serait un bon investissement pour éviter le décrochage scolaire ,qui finit par nous coûter très cher collectivement.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 septembre 2017 13 h 03

    Étonnant

    Une ville des USA plus "socialiste" que le Québec qui se croit le plus progressiste d'Amérique.