La Fédération des cégeps dénonce la proposition du PQ

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, estime que les cégeps anglophones ne peuvent pas être «des bars ouverts».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, estime que les cégeps anglophones ne peuvent pas être «des bars ouverts».

La réduction du financement des cégeps anglophones que souhaite proposer le chef du Parti québécois Jean-François Lisée ne tient pas la route et brimerait la liberté de choix des étudiants, déplore la Fédération des cégeps.

« Je vois difficilement comment ils pourraient défendre juridiquement leur position. Ce qu’ils proposent c’est de faire une distinction discriminatoire basée sur la langue pour des gens qui font le choix de poursuivre leurs études », souligne Bernard Tremblay, président et directeur général de la Fédération des cégeps.

Le Devoir révélait mardi que des militants du PQ proposeront en congrès un amendement en ce sens qui serait accepté par M. Lisée.

Mardi, le chef péquiste a confirmé être en faveur d’une diminution du financement des cégeps anglais.

Selon lui il est temps que les cégeps anglophones cessent d’être des « bars ouverts » pour les étudiants francophones. Il croit que ces établissements doivent plutôt se concentrer sur leur « rôle premier », soit de répondre aux besoins de la population historique anglophone.

« On ne va pas étendre la loi 101 aux cégeps, mais il y a certainement des façons de faire en sorte que le cégep anglophone ne soit pas un bar ouvert extensible et qu’il réponde au besoin pour lequel il existe », a indiqué M. Lisée.

Au lieu de financer les cégeps anglophones en fonction du nombre d’étudiants qui le fréquentent, M. Lisée proposerait qu’ils soient subventionnés selon le poids démographique proportionnel à la communauté historique anglophone.

Il propose aux étudiants francophones et allophones de pouvoir faire une session dans un cégep anglophone pour parfaire leur anglais.

Le président de la Fédération des cégeps estime quant à lui que cette suggestion aurait le même effet que d’étendre la loi 101 au collégial.

« On cherche à faire indirectement ce qu’on prétend ne pas faire directement », dit M. Tremblay.

« L’éducation postsecondaire est un choix. Et celui-ci se base sur plusieurs éléments que ce soit par exemple les programmes offerts par le cégep, la proximité de l’établissement ou l’atmosphère du lieu. On ne peut pas brimer ce choix-là ».

M. Tremblay souligne également qu’actuellement le Québec compte cinq cégeps anglophones et 43 cégeps francophones.

« Les cégeps anglophones ont une capacité limitée. Même si 25 000 francophones s’inscrivaient au cégep anglais, il y a une limite d’accueil actuellement et il n’a jamais été question d’ouvrir d’autres cégeps anglophones », rappelle-t-il.

Le Parti libéral estime que la proposition de M. Lisée « ne tient pas debout ».

« Je pense qu’on a le droit d’aller, une fois atteinte la majorité, comme c’est le cas lorsque rendu au cégep [dans un établissement de la langue de notre choix]. Si des enfants du Québec, des jeunes adultes du Québec veulent aller au cégep en anglais, ils peuvent le faire », a fait valoir le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David a souligné qu’un gouvernement libéral « ne dictera pas le choix de la langue d’étude ni le lieu d’étude, que ce soit au cégep ou à l’université ».

Jean-François Lisée a rappelé être toujours en discussion avec des militants de son parti pour trouver « un point d’équilibre » d’ici le congrès de la fin de semaine sur la question de la langue dans le parcours scolaire des Québécois.


Souveraineté et immigration

Un Québec indépendant traiterait plus rapidement les dossiers des demandeurs d’asile assure le Parti québécois dans une capsule vidéo lancée mardi sur les réseaux sociaux.

Selon des chiffres présentés par le chef péquiste Jean-François Lisée, le Canada est le pays le plus lent du G7 dans le traitement des requêtes de demandeurs d’asile.

M. Lisée a présenté mardi le projet « 50 +1 réponses pour l’indépendance ». Cette série de capsules vidéo vise à faire la promotion de l’indépendance à travers différents thèmes, dont l’immigration.

Dans l’une d’elles, le PQ assure qu’un Québec indépendant aurait une meilleure gestion des frontières. Il ne signerait pas l’entente sur les pays tiers sûrs, ce qui évitera à des demandeurs d’asile « de traverser illégalement un bois ».

M. Lisée soutient que le délai de traitement d’une demande peut atteindre jusqu’à trois ans dans certains cas. Il montre du doigt la Cour suprême du Canada, qui dit-il, « a décidé que dès qu’on avait le pied sur le territoire on avait tous les droits de citoyen canadien ».

Le PQ lance une offensive de promotion de l’indépendance

Un Québec indépendant traiterait plus rapidement les dossiers des demandeurs d’asile, mais ne donnerait plus à ceux-ci tous les mêmes droits qu’un citoyen.

 

C’est là un des éléments de promotion de l’indépendance présentés mardi par le chef péquiste, Jean-François Lisée, qui lançait à Montréal la campagne « 50+1 réponses pour l’indépendance », une série de feuillets et de capsules vidéo visant à la fois à outiller l’argumentaire des militants et à sensibiliser l’électorat en général.

 

La première série de sept capsules porte sur différents sujets, dont la gestion des frontières.

 

On y indique qu’un Québec indépendant ne signerait pas le traité sur les tiers pays sûrs, de sorte que les demandeurs d’asile pourraient traverser la frontière normalement et faire leur demande sans devoir s’aventurer en pleine forêt.

 

M. Lisée soutient que les délais de traitement des demandes, qui peuvent atteindre jusqu’à trois ans, sont imputables à la décision de la Cour suprême d’octroyer aux demandeurs d’asile tous les droits d’un citoyen canadien dès qu’ils arrivent au pays. Il dit vouloir plutôt s’inspirer des pratiques d’autres pays, notamment en Europe, où les demandeurs ont le statut de demandeurs d’asile et n’ont pas les mêmes droits que les citoyens et où leurs demandes sont traitées beaucoup plus rapidement.

 

Les autres capsules font état des avantages de l’indépendance pour le financement des soins de santé, les pensions de vieillesse, la défense de l’agriculture et de l’eau potable, la promotion du français comme langue de travail et la capacité de bloquer le projet de pipeline Énergie Est.

36 commentaires
  • André Nadon - Abonné 5 septembre 2017 13 h 52

    Apprentissage de l'anglais!!!

    Financer les Cegeps anglophones au prorata de leur population comme c'est le cas dans les autres provinces au Canada, pour la population francophone, est une excellente façon de régler le problème sans se faire qualifier de xénophobe ou d'antianglophone. Concurremment, il faudrait améliorer l'enseignement de l'anglais dans les Cegeps francophones et soumettre les petites entreprises à la loi 101. De même, il est ridicule d'exiger le bilinguisme pour des emplois qui ne sont pas du domaine de la communication. Pour faire fonctionner une machine, faire de la comptabilité, cuisiner, etc., l'anglais n'est nullement requis. Seule la compétence est requise, au départ. La majorité des emplois ne nécessite aucunement la connaissance de l'anglais.
    Parfaire son anglais devrait être un choix individuel ou d'entreprise et non pas la responsabilité de l'État.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 septembre 2017 10 h 44

      Monsieur Nadon, je suis entièrement d'accord avec vous.

      En dépit du fait que le bilinguisme soit indiscutablement un atout du strict point de vue de la culture personnelle, le francoQuébécois unilingue devrait être chez lui partout au Québec comme l'est l'Allemand unilingue en Allemagne, l'Italien unilingue en Italie, etc.

      Il est regrettable que même la magistrature québécoise — celle nommée par le PLQ depuis 15 ans principalement en fonction de son allégeance politique — contribue par ses biais interprétatifs de la Loi 101 à faire perdurer la discrimination à l'embauche dont sont victimes les francoQuébécois unilingues dans leur propre pays.

    • Robert Beauchamp - Abonné 6 septembre 2017 19 h 33

      Ça fait gros de dire: ''La Fédération des CEGEP''. Il faudrait plutôt écrire M. Tremblay de la Fédération des CEGEP. Une réaction aussi rapide sans connaître l'avis des membres? Quel est l'avis des directeurs de CEGEP anglophones? Gënant n'est-ce pas? Y a-t-il une intervention politique derrière l'avis de ce monsieur?

  • André Labelle - Abonné 5 septembre 2017 13 h 53

    Et dans le ROC, qu'en est-il ?

    Il serait tout à fait logique que le financement des CÉGEPS anglophones soit fait en fonction du poids démographique de la communauté anglophone au Québec.

    Mais y a-t-il réciprocité dans le ROC concernant le financement de l'éducation en français ? Ne devrait-on pas sortir ces chiffres pour évaluer correctement le dossier ?

    «Le bruit de la vérité les épouvante comme la crécelle d’un lépreux.»
    [Henry de Montherlant]

    • Gilles Théberge - Abonné 5 septembre 2017 17 h 08

      D'ailleurs la réciprocité est utilisée d'à les lois au Canada, les francophones ayant des écoles là où le nombre le justifie...

      N'est-ce pas!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 septembre 2017 03 h 38

      À ce que je sache, il n'y a _aucun_ High School francophone au Canada anglais.

      Dans la mesure où il y a plus d'Allophones que de Francophones dans les cégeps anglophones du Québec, peut-on dire que ces institutions sont secondairement des usines à anglicisation des néoQuébécois ?

      Puisque le recensement de 2011 (je n'ai pas vu les chiffres pour 2016) démontraient que 60% des néoQuébécois choisissent l'assimilation à l'anglais, ce peut-il que les cégeps anglophones y contribuent ?

    • Serge Lamarche - Abonné 6 septembre 2017 14 h 52

      Le ROC est une appellation discriminatoire. Le Canada est de plus en plus bilingue grâce aux efforts de P.E. Trudeau et du rapatriement de la constitution. Voici une page de l'Alberta, par exemple:
      https://www.francosud.ca/parents/trouver-une-ecole
      Ayant vécu en Alberta et vivant couramment en Colombie-Britannique, je peux dire que certains anglais font des efforts continus pour empêcher ou retarder la francophonie d'avancer dans l'ouest. Mais leurs efforts ne pourront pas l'empêcher, tout comme il était impossible d'arrêter les anglais d'y avancer.

  • Michel Lebel - Abonné 5 septembre 2017 14 h 24

    Navrant!

    Pitoyable cette comparaison du cégep anglophone à un ''bar ouvert''! On voit là toute la profondeur de la pensée Lisée... Proprement navrant et digne d'un petit politicien. Dire que l'homme aspire être premier ministre! Je prédis qu'il ne le sera jamais.


    Michel Lebel

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 6 septembre 2017 07 h 55

      Ce serait constructif de votre part si vous faisiez appel à votre passé universitaire pour nous faire des propositions pédagogiquement compréhensibles, plutôt que de vous borner à des insultes et à des prédictions infantiles.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 6 septembre 2017 08 h 26

      Votre jugement sur M. Lisée est sévère. Il a une profondeur de la pensée digne d'un futur premier ministre, chose qu'on déplore chez Trudeau et Couillard et aussi le ministre de l'Education Proulx. La proposition au sujet des CEGEP mérite une étude sérieuse ce que M. Lebel n'a pas fait...

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 6 septembre 2017 09 h 01

      Michel Lebel

      la communauté historique anglophone représente 8% de la population du Québec et pourtant elle reçoit 30% du budget du ministère de l'éducation.
      Ce n'est pas de faire de la petite politique que de chercher l'équilibre en la matière. En cela, JF Lisée a entièrement raison.

    • André Nadon - Abonné 6 septembre 2017 09 h 06

      Parlant de réciprocité, il est vraiment navrant qu'un professeur émérite en droit de l'homme de l'Université Laval tienne de tels propos. Faut croire que dans les autres provinces du Canada, ce ne sont que de petits politiciens puisqu'ils financent selon le nombre. Il est plus que temps que nous nous occupions de nos affaires,plutôt que de les laisser entre les mains de nos élites collaboratrices et des Canadians qui en tirent profit au détriment du peuple, et ce, depuis la Conquête, comme nous avons mis fin à la suprématie du clergé. Nous nous portons que mieux, aujourd'hui.

    • Michel Lebel - Abonné 6 septembre 2017 10 h 50

      @ M.Marcoux et Mmes Desjardins et Lafrenaye,


      Ma proposition est fort simple: ne touchez pas aux cégeps anglophones: ils ont toute leur importance, culturelle, linguistique, éducative, et autre. Quant à la proposition Lisée, ce n'est que de l'esbroufe pour gagner un vote de confiance. Pas plus que cela!

      M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 6 septembre 2017 14 h 31

      @M. Lebel
      Vu de la région de la capitale provinciale, ses citoyens ne voient pas pourquoi on s'inquiéterait. Mais dans le région de Montréal, c'est une autre affaire.

      À Québec, la langue anglaise revêt son petit côté «diversité folklorique». À Montréal, où se trouve la très grande majorité des immigrants et des allophones, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Je vous invite à les consulter :

      Fréquentation des cégeps Nombre d’étudiants francophones dans les 5 cégeps anglophones :
      2013-2014 7212
      2014-2015 7346
      2015-2016 7632

      Nombre d’étudiants anglophones dans les 5 cégeps anglophones:
      2013-2014 11 641
      2014-2015 11 423
      2015-2016 11 233

      Nombre d’étudiants allophones dans les 5 cégeps anglophones:
      2013-2014 8602
      2014-2015 8776
      2015-2016 9100

      Source: Fédération des cégeps du Québec

      D'autre part, il faut d'abord et avant tout penser à l'importance culturelle, éducative et linguistique de la société québécoise francophone. Parce que c'est elle qui est en danger.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 septembre 2017 15 h 34

    Un scandale systémique

    Il existe au Québec un scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent 26 % des subventions gouvernementales du Québec, et peut-être encore plus du gouvernement fédéral. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir. Le Québec finance lui-même son assimilation à l'anglais.

    Les vrais Anglos ne sont qu'autour de 8 % au Québec, alors ils attirent 5 fois plus de relève que leur poids numérique.


    Pour une question de justice envers la majorité, il est grand temps que le réseau d'enseignement anglophone au Québec ne soit subventionné qu'au prorata de la proportion de véritables anglophones du Québec ayant des droits historiques au Québec, et ce à tous les niveaux : primaire, secondaire, et surtout aux niveaux collégial et universitaire.


    Va-t-on pour une fois s'interroger sur le degré de subvention des universités anglophones du Québec eu égard au poids démographique des vrais anglophones du Québec? Trois universités anglophones pour quel pourcentage de vrais anglophones?

    • Serge Lamarche - Abonné 6 septembre 2017 15 h 00

      La mondialité de la francophonie s'est perdue quelque peu mais se reprend. Il faut appuyer tous les efforts francophones au Canada et au monde pour aider la francophonie au Québec. Le Québec n'est pas du tout une population isolée. Même si le Québec se séparait, la problématique serait la même.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 septembre 2017 15 h 37

    L'avenir du peuple québécois francophone

    Le temps presse. Plus de 50% des allophones vont au cégep et à l’université en anglais, et commencent ainsi leur vie sociale et adulte en anglais : la meilleure recette pour qu’ils restent anglophones le reste de leurs jours! Alors, avec 55 000 nouveaux immigrants par année, proportionnellement plus que tout autre pays qui n’est même pas menacé de survie, la tendance est très inquiétante pour le peuple québécois.

    Le génocide culturel du peuple québécois francophone est en marche, gracieuseté du gouvernement libéral du Québec. L'immigration effrénée avec l’absence de volonté du gouvernement d’intégrer les immigrants est en train (si ce n'est déjà fait) de nous faire perdre notre pays.