Un nouveau souffle dans les commissions scolaires

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’une des critiques que l’on adresse souvent aux commissions scolaires est le déficit démocratique qui les sous-tend, preuve aux yeux des détracteurs que le rôle du commissaire scolaire indiffère une grande partie de la population.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’une des critiques que l’on adresse souvent aux commissions scolaires est le déficit démocratique qui les sous-tend, preuve aux yeux des détracteurs que le rôle du commissaire scolaire indiffère une grande partie de la population.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire 2017

Ces dernières années, le sort des commissions scolaires a été plutôt incertain ; d’aucuns allant jusqu’à proposer leur abolition. Mais récemment, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a tranché : les commissions scolaires demeureront. Cette épée de Damoclès maintenant levée est certes un soulagement, mais cela n’est pas pour autant une permission pour que cette institution, qui célèbre cette année ses 70 ans, reprenne le ronron d’antan.

Alain Fortier

« Nous n’avons pas lâché un très gros ouf de soulagement, souligne Alain Fortier, président nouvellement élu de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). Les interrogations soulevées lors de cette remise en question nous ont interpellés sérieusement et nous en prenons acte. Le gouvernement a choisi de nous faire confiance; à nous maintenant de lui démontrer qu’il a fait le bon choix. »

Mieux faire connaître les commissaires

L’une des critiques que l’on adresse souvent aux commissions scolaires est le déficit démocratique qui les sous-tendent — seulement 5 % des électeurs se présentent aux urnes —, preuve aux yeux des détracteurs que le rôle du commissaire scolaire indiffère une grande partie de la population.

« Il faut moderniser le rôle du commissaire scolaire, soutient M. Fortier. Le premier défi est de prendre les moyens pour mieux le faire connaître. Il faut le rapprocher du citoyen et faire en sorte qu’il devienne aussi accessible que l’est le député ou le conseiller municipal. Il faut que le citoyen perçoive le commissaire scolaire comme un acteur important de sa communauté. »

Les enfants qui fréquentent l’école de votre quartier seront demain peut-être votre médecin ou votre plombier, et ce, que vous ayez des enfants ou non. N’est-ce donc pas dans l’intérêt de tout citoyen de s’assurer que tous les enfants reçoivent la meilleure éducation possible?

Une meilleure compréhension du rôle du commissaire scolaire et un rapprochement avec le citoyen est certes un pas dans la bonne direction, mais est-ce suffisant pour combler le déficit électoral ? D’autres mesures ne sont-elles pas nécessaires, comme celle de tenir les élections scolaires le même jour que pour les élections municipales ? « Par le passé, lorsqu’on a pu tenir une élection scolaire en même temps qu’une élection municipale, par exemple, lors d’une élection partielle, on a vu le taux de participation augmenter. C’est donc une mesure que la Fédération soutient. »

Mais même avec la mise en place de cette mesure, pourquoi un citoyen qui n’a pas d’enfants à l’école devrait-il s’intéresser à l’éducation ? Alain Fortier avance cette réponse. « Il faut remettre en avant le principe que, dans une société comme la nôtre, l’école appartient aux citoyens. Aujourd’hui, les enfants qui fréquentent l’école de votre quartier seront demain peut-être votre médecin ou votre plombier, et ce, que vous ayez des enfants ou non. N’est-ce donc pas dans l’intérêt de tout citoyen de s’assurer que tous les enfants reçoivent la meilleure éducation possible ? »

Moderniser le fonctionnement

Alain Fortier entend aussi moderniser le fonctionnement des commissions scolaires. Il donne en exemple le nouveau comité de répartition des ressources, une mesure contenue dans la Politique de la réussite éducative du ministre Proulx. « Présentement, la répartition des ressources parmi les écoles d’une commission scolaire est uniforme, mais elle est aussi inéquitable. » Il donne en exemple l’aide aux devoirs. « Il y a de fortes chances qu’une école en milieu favorisé nécessite moins de ressources en aide aux devoirs qu’une école située en milieu défavorisé. La répartition des ressources devrait tenir compte de cette réalité. Mais pour ce faire, il faut accorder davantage d’autonomie aux décideurs locaux, ici les directeurs d’école, et accepter le principe qu’un directeur d’école est aussi responsable des autres écoles de sa commission scolaire. »

Politique de la réussite éducative

La FCSQ a accueilli favorablement la Politique de la réussite éducative. « C’est un document mobilisateur et fédérateur », avance Alain Fortier. Deux principes, souhaités par la FCSQ, et qui se retrouvent aujourd’hui dans la Politique de réussite éducative, justifient à ses yeux l’appui de la FCSQ. « La Politique de la réussite éducative permet la mise en place d’une multitude de moyens adaptés aux différents milieux. Les acteurs locaux ont plus d’autonomie et la prise de décision se rapproche de ceux qui savent faire l’école. » Le fait que la Politique de la réussite éducative s’étend sur une période de 15 ans est le second principe. « De cette façon, la Politique de la réussite éducative va au-delà des modes spontanées qui apparaissent en éducation. L’horizon de 15 ans permet d’assurer une certaine pérennité. »