Petit guide pour éviter les stéréotypes sexistes en classe

Marilyse Hamelin Collaboration spéciale
Pour les plus jeunes, le Réseau recommande d’encourager les jeux réunissant les filles et les garçons, de faire la promotion d’activités mixtes non compétitives, de même que de présenter des modèles de femmes et d’hommes qui sortent des rôles stéréotypés.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour les plus jeunes, le Réseau recommande d’encourager les jeux réunissant les filles et les garçons, de faire la promotion d’activités mixtes non compétitives, de même que de présenter des modèles de femmes et d’hommes qui sortent des rôles stéréotypés.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Les garçons sont turbulents. » « Les filles sont studieuses. » « Les garçons sont doués pour les mathématiques. » « Les filles sont bonnes en français. » Qui n’a jamais entendu ce genre d’affirmations ? Les stéréotypes sexuels ont la vie dure et influent — consciemment ou non — sur les interactions entre le personnel enseignant et les élèves. Malheureusement, cela nuit au développement du plein potentiel de ces derniers. Pire, ces attitudes peuvent parfois contribuer au décrochage scolaire. Comment y remédier ? Suivez le guide !

Pas un, mais bien deux organismes québécois ont recensé ces dernières années l’abondante littérature scientifique existante à propos des stéréotypes sexistes en milieu scolaire.

D’abord, le Réseau réussite Montréal, un regroupement piloté conjointement par trente-trois organismes, dont les cinq commissions scolaires de l’île de Montréal, l’UQAM, l’Université McGill et la Fédération autonome de l’enseignement, a publié au printemps 2016 Persévérer dans l’égalité. Guide sur l’égalité filles-garçons et la persévérance scolaire.

Ce guide nous apprend notamment que « les parcours de décrochage et de raccrochage sont influencés par une socialisation différente des filles et des garçons » et que « les élèves qui adhèrent le plus aux stéréotypes sexuels sont ceux qui décrochent le plus ».

Les normes sociales amènent des garçons à être moins engagés à l’école : une culture du jeu très présente, la transgression perçue comme virile, la forte préoccupation de s’affirmer par rapport aux pairs et aux filles. Des recherches récentes montrent que les troubles de comportement et d’apprentissage des garçons à l’école sont en lien avec la construction de leur identité masculine. 

Quelques mois plus tard, le Conseil du statut de la femme publiait à son tour un Avis officiel au gouvernement du Québec intitulé tout simplement L’égalité entre les sexes en milieu scolaire.

Extrêmement documentés, les deux rapports s’appuient sur de nombreuses recherches. Voici donc quelques conseils pour une rentrée égalitaire.

Prendre conscience de ses propres préjugés

Si enseigner est une vocation exigeante, rendue encore plus difficile par les nombreuses compressions récentes et moins récentes dans le milieu de l’enseignement, il s’agit aussi d’un métier fascinant. Celles et ceux le pratiquant ont la chance de changer la vie de certains jeunes, de les influencer individuellement et, plus globalement, de faire une énorme différence pour les générations futures.

Or, selon un sondage mené par le Conseil du statut de la femme et cité dans son avis paru l’an dernier, 76 % du corps enseignant québécois estime que les garçons préfèrent naturellement les activités mobilisant les habiletés techniques et mathématiques tandis que 73 % sont convaincus que les filles sont plus appliquées et disciplinées. Enfin, 70 % sont d’avis que les filles réussissent mieux que les garçons en français.

Évidemment, ce sont là des stéréotypes de genre, qui consistent en l’attribution de rôles, de comportements ou de caractéristiques à des personnes en fonction de leur sexe, sans égard à leur individualité. Or ces stéréotypes « entravent le libre développement des individus », peut-on lire dans le rapport du Réseau réussite Montréal, qui ajoute que le fait de « diminuer l’adhésion aux stéréotypes sexuels et sexistes, c’est promouvoir des rapports plus égalitaires, favoriser le plein potentiel des jeunes et la réussite ».

Ainsi, à titre d’enseignant, il importe d’abord et avant tout de prendre conscience de ses propres préjugés, parfois inconscients, pour ensuite mieux les terrasser.

Déconstruire les stéréotypes sexuels

Les recherches internationales citées par le Regroupement tendent à démontrer que les chances de réussite scolaire s’améliorent lorsque les jeunes cessent d’adhérer aux stéréotypes sexuels.

« Les normes sociales amènent des garçons à être moins engagés à l’école : une culture du jeu très présente, la transgression perçue comme virile, la forte préoccupation de s’affirmer par rapport aux pairs et aux filles. Des recherches récentes montrent que les troubles de comportement et d’apprentissage des garçons à l’école sont en lien avec la construction de leur identité masculine. »

Autrement dit, il importe d’en parler, d’échanger et de déconstruire ce clivage entre ce qui est considéré comme féminin ou masculin, que ce soit des activités, des centres d’intérêt, des comportements ou même des matières scolaires.

À ce titre, l’auteur québécois Steve Gagnon a publié un essai toujours d’actualité intitulé Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles. Pourquoi ne pas en lire des extraits en classe avec les élèves du niveau secondaire ?

Pour les plus jeunes, le Réseau recommande d’encourager les jeux réunissant les filles et les garçons, de faire la promotion d’activités mixtes non compétitives, de même que de présenter des modèles de femmes et d’hommes qui sortent des rôles stéréotypés.

Aider les filles à avoir confiance en elles

Le système scolaire étant ainsi fait, les élèves obtenant les meilleures notes sont les plus valorisés et récompensés. Chez plusieurs jeunes, et plus particulièrement les filles, cela induit l’idée que tout travail sera récompensé à sa juste valeur, qu’il suffit d’y mettre les efforts nécessaires. Or une tout autre réalité les attend sur le marché du travail, où le fait de travailler fort n’est qu’un des facteurs de réussite, à l’instar de la capacité à se vendre, se signaler, de même qu’une certaine dose d’audace et de leadership, notamment.

Mais comment bien se vendre lorsque la confiance n’est pas au rendez-vous ? Le rapport du Réseau réussite Montréal nous apprend que « 24 % des filles ont un niveau faible d’estime de soi contre 14 % des garçons ».

Il s’agit donc ici de mettre en sourdine le concept de la méritocratie. À titre d’enseignant, s’il demeure essentiel de valoriser la réussite et la persévérance scolaire, il importe tout autant de veiller à stimuler l’estime et la confiance en soi des élèves, plus particulièrement chez les filles, en organisant des activités stimulant leur autonomie et leur esprit d’initiative.