L’ETS s'attaque au problème du harcèlement sexuel

L'École de technologie supérieure a déjà été dénoncée par une étudiante pour son inaction dans le traitement de sa plainte pour harcèlement sexuel.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L'École de technologie supérieure a déjà été dénoncée par une étudiante pour son inaction dans le traitement de sa plainte pour harcèlement sexuel.

Montrée du doigt pour sa gestion d’une plainte pour harcèlement sexuel déposée l’an dernier par une étudiante, l’École de technologie supérieure (ETS) vient d’embaucher une conseillère en prévention et résolution du harcèlement.

Aussitôt faite cette annonce, des étudiants ont soulevé des préoccupations quant à l’accessibilité de son bureau, situé dans une résidence étudiante, donc derrière un dispositif de contrôle d’accès. Ils ont aussi souligné que le bureau en question est largement vitré, ne conférant pas l’intimité nécessaire pour discuter de sujets aussi délicats que le harcèlement sexuel.

Des craintes que l’ETS a tenu à dissiper rapidement. « Le bureau est encore en aménagement. […] Des rideaux viendront et tout sera fonctionnel à la rentrée », a assuré Antoine Landry, directeur des communications pour l’établissement.

Quand au verrouillage de l’édifice, accessible uniquement aux étudiants résidents munis d’une carte, un téléphone à l’entrée permettra de rejoindre la conseillère. Cet emplacement est un choix délibéré, affirme M. Landry, « afin d’assurer une plus grande discrétion aux personnes qui rencontreront la conseillère ».

Le poste a été pourvu par Dominique Bilodeau, qui détient une maîtrise en travail social et une formation en médiation. Elle assurera le suivi des plaintes, résoudra les problèmes qu’on lui soumet, en plus de faire de la prévention.

Premières mesures

L’embauche de cette conseillère a été recommandée par un groupe de travail à la fin mai 2016. L’établissement venait d’être dénoncé par Kimberley Marin pour son inaction dans le traitement de sa plainte pour harcèlement sexuel.

Pendant les activités d’intégration en septembre 2015, un groupe d’étudiants avait déshabillé de force la jeune femme, qui accusait alors l’ETS « d’aveuglement volontaire ». Un an après les faits, une enquêteuse externe avait conclu que Mme Marin avait bel et bien été victime de harcèlement sexuel.

Elle avait alors fondé le mouvement Québec contre les violences sexuelles (Québec CVS), après avoir elle-même décidé de documenter dans un rapport des dizaines de cas de sexisme et de harcèlement sexuel, dont certains provenant de professeurs.

La porte-parole de ce mouvement, Mélanie Lemay, accueille avec tiédeur cette mesure de l’ETS : « C’est un premier pas dans la bonne direction, mais il faudra aller plus loin. »

Le changement de culture n’est toujours pas amorcé, insiste-t-elle, « il n’y a qu’à voir la réaction des étudiants sur Facebook ». Sur la page « Spotted ETS Mtl », on lit en effet un étudiant qui considère le bureau de protection et de prévention contre le harcèlement comme une « dépense niaiseuse », « juste pour remplir un bureau à place [sic] de le laisser vide ».

La conseillère Dominique Bilodeau aura aussi pour mandat de réviser la politique contre le harcèlement de l’établissement.

Délier la parole

Quatre femmes ont aussi contacté Le Devoir pour témoigner des situations sexistes perdurant dans cet établissement universitaire. « C’est trop facile de mettre de belles pancartes “Sans oui, c’est non”, il faut chercher à savoir qui les vandalise, par exemple. Et faire de la sensibilisation », a par exemple affirmé Isabelle.

« Il ne faut pas juste attendre que les femmes se lèvent et aillent chercher de l’aide », appuie Mme Lemay. Elle rappelle que sa collègue Kimberley Marin a pris la parole publiquement, au prix d’insultes et du boycottage occasionnel d’anciens compagnons d’études.

On lui a par exemple reproché d’avoir poussé l’ETS à interdire la consommation d’alcool lors des activités d’intégration étudiantes.

Depuis la sortie publique de Kimberley Marin en mai 2016, l’ETS a reçu deux plaintes. Le premier cas « a été réglé à la satisfaction de la plaignante », écrit M. Landry, et la plus récente plainte est en cours d’analyse et de traitement.

Selon les données compilées par Le Devoir, l’ensemble des universités québécoises n’aurait enregistré que 106 plaintes officielles au cours des 10 dernières années. Plus du tiers des 9284 répondants à une enquête menée sur 6 campus ont affirmé avoir vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée à l’université.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, doit déposer une loi-cadre cet automne, après avoir mené des consultations l’hiver dernier.

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1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 27 juillet 2017 10 h 24

    Harcèlement: indépendance et objectivité des enquêtes

    Il y a tout lieu de douter de l'indépendance des ressources engagées affectées aux situations de harcèlement, psychologique, sexuel ou physique, par les institutions.

    Je suis intervenu en soutien indépendant aux étudiantes concernées dans une institution collégiale dans le cas d'épisodes de harcèlement professoral en stage.

    Après une étude interne sommaire des cas dans le cadre de sa « politique pour contrer toute forme de harcèlement », l'institution, qui rendait les étudiantes responsables de leur sort, a été contrainte de faire appel à une enquêteuse engagée, avocate-médiatrice... On aurait presque cru à une nouvelle objectivité. Ce ne fut pas le cas, loin de là.

    Lors de la première rencontre de médiation, cette dernière a annoncé que le harcèlement ne serait pas retenu dans son acception juridique : selon elle, il aurait fallu prouver l'intention des professeures, ce qui, toujours à son point de vue, s'avérait a priori impossible.

    Son enquête a eu lieu...
    Pendant ce temps, très long, l'institution collégiale a créé un « guide des civilités » qui décrit le comportement attendu des personnes en présence dans cet établissement.

    C'est donc d'incivilités et non de harcèlement que les professeures ont été reconnues coupables...
    Il n'a pas été possible de savoir quelles sanctions ont été appliquées pour ces « incivilités ». Les professeures concernées enseignent encore...

    L'avocate-médiatrice avait fait signer un engagement de confidentialité aux étudiantes concernées au tout début de son enquête.

    Pour éviter de faire des vagues politiques, de voir la situation exposée au grand jour, de reconnaître ses manquements d'encadrement, d'affronter les défenses syndicales, il a donc été admis par ladite institution que des professeures peuvent sciemment poser des gestes antipédagogiques pour faire échouer des élèves...

    Et que ces gestes sont « des incivilités »: rigolade!

    Moi, j'appelle cela « l'illusion institutionnelle de justice »!