Améliorer la réussite scolaire prendra du temps et des moyens

Le premier ministre Philippe Couillard accompagnait son ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans une école de Québec pour l’annonce de la politique québécoise en matière de réussite scolaire.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard accompagnait son ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans une école de Québec pour l’annonce de la politique québécoise en matière de réussite scolaire.

Les objectifs sont ambitieux. Il reste à voir comment ils seront mis en oeuvre. Le gouvernement Couillard s’engage à placer le Québec parmi les champions de la diplomation en Amérique du Nord par une série de « chantiers » étalés jusqu’en 2030.

La politique de réussite éducative, dévoilée en grande pompe dans une école de Québec, mercredi, vise notamment à augmenter le taux de diplomation des jeunes de moins de 20 ans, à diminuer le taux d’analphabétisme des adultes — qui s’élève à 53 % — et à renforcer l’autonomie des enseignants.

Le lancement de cette politique ambitieuse, devant 200 personnalités du milieu de l’éducation, a été accueilli par des applaudissements et des haussements d’épaules. Les objectifs du gouvernement sont louables, mais la mise en vigueur de la politique repose sur une série de « plans d’action », de « stratégies », de « tables de concertation » et de « chantiers » étalés sur les treize prochaines années, ont souligné des observateurs du monde de l’éducation.

Pour atteindre ces cibles, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’engage notamment à « réviser le modèle de financement » des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ; à « établir un seuil minimal de services spécialisés » dans les écoles ; et à « favoriser la contribution » des écoles privées aux efforts pour l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage.

La politique est muette sur les façons d’atteindre ces objectifs. Le gouvernement renonce aussi à créer un ordre professionnel des enseignants — Québec s’engage à « consulter l’Office des professions » au sujet de la création d’un ordre des orthopédagogues — et « analysera l’opportunité de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans ».

Les bons coups

Le ministre Sébastien Proulx a bien fait ses devoirs et a réussi le test avec sa politique, estime Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. « C’est susceptible d’améliorer d’ici cinq ans le taux de diplomation au Québec, et si c’est implanté comme du monde, avec les mesures qui nous manquaient, on sera probablement capables de rejoindre d’ici une dizaine d’années les meilleurs systèmes d’éducation en Amérique du Nord », a réagi le chercheur, rencontré au dévoilement de la politique, mercredi.

La création annoncée d’un Institut national d’excellence en éducation est un des bons coups du gouvernement, estime Égide Royer. Cet organisme, qui sera dirigé par le professeur Martin Maltais, de l’Université du Québec à Rimouski, se veut un rouage important de la mise en place de la politique de réussite éducative.

Égide Royer salue aussi l’énergie mise sur l’intervention le plus tôt possible dans la vie des tout-petits, pour qu’ils sachent lire et écrire après la deuxième année du primaire. Le ministre Proulx, qui a la double responsabilité de l’Éducation et de la Famille, compte ainsi poursuivre le déploiement des maternelles 4 ans, en parallèle avec les services de garde.

Le professeur Royer souligne aussi que la politique évoque l’augmentation du taux de diplomation (sans tenir compte des simples qualifications, qui ne sont pas un diplôme) de 74 % à 85 % d’ici 2030. « On a cessé de compter des diplômes qui n’en sont pas », dit-il.

L’objectif d’augmenter de cinq points de pourcentage la part de la population adulte du Québec qui sait lire et écrire de façon compétente (proportion qui s’établit à 47 % à l’heure actuelle) est aussi une nécessité, croit Égide Royer.

Pelletage de problèmes

Les partis de l’opposition ont fait valoir de leur côté que le ministre Proulx reporte sur un horizon de treize ans toutes les solutions aux problèmes de l’éducation. « Nos attentes étaient très élevées. On espérait du concret, mais on ne nous a même pas présenté la politique », a réagi Alexandre Cloutier, du Parti québécois.

La politique passe sous silence les inégalités flagrantes entre les écoles privées subventionnées, les écoles publiques qui sélectionnent leurs élèves et les écoles publiques ordinaires, qui se démènent pour éduquer les enfants les plus poqués. « Le Conseil supérieur de l’éducation a révélé que le Québec a le système d’éducation le plus inégalitaire au Canada », dit le député péquiste.

Ce regain d’intérêt envers l’éducation paraît suspect après les compressions des trois dernières années. « Le gouvernement nous refait le coup de 2014. On recycle les thèmes de la campagne électorale et du discours inaugural qui avait lancé le mandat des libéraux », dit Jean-François Roberge, de la Coalition avenir Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, estime que « plusieurs des intentions affichées semblent nobles », mais que « des zones d’ombre inquiétantes demeurent dans cette politique ». « Les promesses de jours meilleurs à venir en éducation tomberont à plat si les ressources humaines et matérielles nécessaires ne sont pas réinvesties. »

Enseignants et examens

Le gouvernement s’est engagé dans le budget déposé au printemps à réinvestir 1,8 milliard de dollars sur cinq ans en éducation, a rappelé le premier ministre Philippe Couillard. « Il y a des moyens avec cette politique. Ce n’est pas une politique de voeux pieux », a-t-il dit aux journalistes.

Les syndicats d’enseignants, de leur côté, comptent talonner le gouvernement pour qu’il traduise en actions ses engagements de « valoriser la profession d’enseignant » et de renforcer l’autonomie professionnelle des professeurs.

La Fédération des établissements d’enseignement privés demande la mise sur pied sans délai d’un comité pour revoir la façon d’évaluer les apprentissages. « Les incidents qui ont marqué les périodes d’épreuves ministérielles au cours des dernières années » rappellent l’urgence de réviser l’évaluation, comme le prévoit la politique du ministre Proulx, croit la Fédération. Elle souhaite une réflexion sur le nombre d’épreuves au primaire et au secondaire, la mise en place d’examens en format numérique pour l’ensemble des élèves et la formation des enseignants en matière d’évaluation des élèves.

Objectifs pour 2030

  • Porter à 85 % la proportion des élèves de moins de 20 ans qui obtiennent un premier diplôme ;
     
  • Augmenter à 80 % (pour 2025) la proportion d’enfants qui entrent à l’école sans présenter de facteurs de vulnérabilité ;
     
  • Porter à 90 % le taux de réussite à l’épreuve ministérielle d’écriture, langue d’enseignement, de la 4e année du primaire dans le réseau public ;
     
  • Augmenter de 5 points de pourcentage la part de la population adulte du Québec qui démontre des compétences élevées en littératie ;
     
  • Hausser la proportion d’élèves entrant au secondaire sans retard scolaire ;
     
  • Améliorer la qualité des bâtiments scolaires ;
     
  • Réduire de moitié les écarts de réussite entre différents groupes d’élèves.

9 commentaires
  • Jean-François Laferté - Abonné 22 juin 2017 05 h 28

    Et l'élève?

    Aucun mot sur l'élève:pense-t-on à lui,sa place,ses goûts,ses particularités,ses aspirations,les gars ont-ils leur place dans un monde d'enseignantes?
    Bref,un chantier cahoteux au détriment du politique..
    Jean-François Laferté
    retraité de l'éducation

    • Jean Richard - Abonné 22 juin 2017 10 h 10

      « les gars ont-ils leur place dans un monde d'enseignantes ? »

      La rectitude politique nous interdit de penser qu'il y a une différence entre les garçons et les filles. La réalité est toute autre. Est-ce culturel ? Est-ce physiologique ? Est-ce un peu des deux ? Peu importe, il y a une différence et elle n'est pas prête à disparaître.

      L'idéologie d'un certain féminisme corporatif nous interdit toute mesure qui pourrait faire en sorte que peu importe les besoins réels, les garçons en viennent à en recevoir un tout petit peu plus que les filles. Sur le petit tableau ci-haut, on voit la courbe des garçons bien en bas de celle des filles. Devrions-nous à partir de là allouer plus de ressources aux garçons ? À chacun sa définition de l'égalité...

      À 6 ou à 12 ans, les garçons ont un comportement bien différent de celui des filles. Prenons une dizaine de gamins et une dizaine de fillettes ayant des problèmes d'apprentissage et laissons-les à eux-mêmes dans un environnement leur offrant tout ce qu'il faut pour passer le temps. S'il y a des jeux vidéos, ce sont des garçons qui vont s'y installer. S'il y a un piano ou une guitare, ce sont aussi des garçons qui vont en jouer. Mais s'il y a un atelier de bricolage, vous y verrez surtout des filles. Idem s'il y a un endroit pour danser. Ces différences sont difficiles à expliquer, mais elles existent. L'école n'en tient pas compte, sous un faux prétexte d'égalité ou de non distinction entre les sexes.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 22 juin 2017 07 h 19

    SILENCE ET AU COIN MONSIEUR LE MINISTRE DE L'ÉDUCATION

    Est-ce que l'on pourrait ne pas donner la parole à monsieur le Ministre Proulx pour quelques semaines?
    Je ne suis plus capable de l'entrendre et le voir, comme le ministre Barette d'ailleurs.
    Merci pour notre santé mentale collective.

    Marguerite Paradis

  • Clermont Domingue - Abonné 22 juin 2017 08 h 30

    Monsieur Proulx,

    Monsieur le Ministre de l'Education,prenez donc le temps de bien regarder la caricature de Pascal...

  • Chantale Desjardins - Abonnée 22 juin 2017 08 h 39

    Encore des voeux en vue des élecitions

    Le ministre de l'éducation joue au grand pédagogue. Il a mémorisé ses cassettes et nous les livrent avec ardeur et il a bien mémorisé son texte. Mais ce ne sont que des mots et des mots venant de quelqu'un qui ne connaît pas le monde de l'éducation.
    Il ne parle pas de la différence d'apprentissage des garçons et des filles. Je vais passer pour "vieux jeu" mais on devrait songer sérieusement à des écoles de garçons et des écoles de filles. La mixité à l'élémentaire ne favorise pas les garçons. Le ministre ne sait pas que les garçons ne fonctionnent pas comme les filles. Il sont plus lents ce qui ne veut pas dire qu'il sont moins intelligents. Au secondaire, la situation est différente et la mixité est de mise. Avec la nouvelle méthode de lecture, ma petite fille lisait bien mais ne savait pas en 3e année qu'il y avait des voyelles et des consonnes. Elle lisait globalement comme le suggérait la méthode globale??? qui fut remisée à cause de son échec. Je reviendrai plus tard...

  • Patrick Daganaud - Abonné 22 juin 2017 09 h 42

    LA GROSSE BALLOUNE BÂCLÉE EN CIRCUIT-FERMÉ I

    Concoctée lors du Sommet libéral sur la réussite, nourrie par le club des « 100 crinqués » pour ....la réussite, dont 32 % sont du secteur privé, la réforme de Proulx n'est pas le miracle qu'annonce Égide Royer... conférencier au Sommet libéral sur la réussite.
    Outre qu'elle est planifiée, n'en déplaise à l'aveugle CSQ, en circuit fermé, préprogrammé et sélectif de béni-oui-oui, cette pseudoréforme aux horizons lointains (2030) a le principal défaut de mal définir ses cibles et d'en oublier les étapes et les moyens.
    Ainsi
    1-Ce que doit être l'intervention précoce auprès des 4 ans vulnérables est-il très mal conçu : les preuves de l'impératif d'une intervention familiale systémique en parallèle des maternelles 4 ans existent depuis les années 90 et sont ignorées.
    2-Le même flou persiste sur l'existence ou pas d'un ordre professionnel enseignant qui ne garantira pas plus la qualité de l'enseignement que le collège des médecins ne garantit celle de la médecine.
    3-L'ordre des orthopédagogues doit d'abord disposer d'une question de fond : sont-ce des professionnels ou sont-ce des enseignants? Pourquoi? Parce que cela commande les modèles d'intervention, lesquels sont loin, très loin d'être d'égale efficacité : entre autres, le RAI devra tôt ou tard passer l'épreuve des résultats...
    3-Un plan pour contrer la faible réussite des gars, malgré l’obsession de son promoteur, n'est la bonne cible que s'il s'attaque aux bonnes causes, Or, ces bonnes causes ne sont pas liées au mythe de l'école rose, mais à la capacité déficiente des gars de dépasser et de gérer leurs frustrations et...de faire des efforts!
    4-Lautonomie des écoles et des enseignants est un leurre : le modèle d’école retenu au Sommet libéral est le modèle privé et 32 % des crinqués en sont issus, tandis que 100 % le promeuvent. Ce modèle n’a réussi et ne peut réussir qu’en sélectionnant ses clientèles et en faisant de ses directions de petits roitelets.

    • Clermont Domingue - Abonné 22 juin 2017 15 h 22

      Vous avez tellement raison! Le principal agent de l'apprentissage c'est l'écolier, l'élève, l'étudiant. C'est pour cela que les écoles visant la réussite sélectionnent leur clientèle.

      Vous voulez de bons résultats, mettez ensemble des élèves brillants et motivés qui ont la chance d'avoir des parents pour qui l'école est importante. Vous voulez abaisser le niveau, mettez n'importe qui dans la classe et soufflez les notes.