L’Alliance des professeurs s’oppose à «l’école à la carte»

Des écoliers et des parents de l’école Rose-des-Vents ont manifesté lundi leur désir de conserver leurs classes à trois niveaux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des écoliers et des parents de l’école Rose-des-Vents ont manifesté lundi leur désir de conserver leurs classes à trois niveaux.

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal dit craindre la mise en place d’une « école à la carte » qui menacerait le contrat de travail des enseignants. C’est pour cette raison que le syndicat ferme la porte aux classes regroupant des élèves de trois niveaux dans des écoles alternatives de Montréal.

Cette décision du syndicat sème l’émoi à l’école alternative Rose-des-Vents, dans le quartier Rosemont. Depuis 30 ans, cette école se démarque par ses classes hors de l’ordinaire, formées d’élèves de 1re, 2e et 3e année, puis de 4e, 5e et 6e année. Pour la prochaine rentrée scolaire, l’Alliance des professeurs a refusé de renouveler son appui au projet.

« Le contexte a changé », a expliqué la présidente de l’Alliance, Catherine Renaud, lors d’un point de presse lundi.

Le syndicat qui représente 9000 enseignants craint les effets de la nouvelle loi 105, qui ouvre la porte à la refonte du projet éducatif de toutes les écoles. Cette loi risque de « multiplier de façon exponentielle les demandes d’ententes particulières », estime l’Alliance des professeurs.

« Ça ne sera pas gérable » si chacune des écoles de la CSDM met en avant un projet éducatif nécessitant une entente particulière, fait valoir Catherine Renaud. Le syndicat dit protéger l’intérêt collectif de ses membres avant tout.

Virage « inclusif »

Le syndicat s’oppose aussi au virage vers « l’inclusion » d’élèves handicapés ou ayant des troubles d’apprentissage dans des classes ordinaires proposées par la CSDM. Trois projets-pilotes « d’inclusion » devaient prendre place dans des écoles à la rentrée de l’automne prochain, mais leur sort paraît incertain en raison de l’appui inégal à ces initiatives.

« On peut croire que ce projet expérimental peut se répandre dans toutes les écoles de la CSDM », estime Catherine Renaud.

Pas du tout, réplique la commission scolaire : il s’agit de trois projets-pilotes réclamés par les écoles elles-mêmes, selon la CSDM. Et il est hors de question d’étendre ces projets à l’ensemble de la commission scolaire. La CSDM souhaite aussi renouveler l’entente qui permet les classes multiâges à l’école Rose-des-Vents.

« Il faut mettre notre pied à terre » pour freiner les ententes particulières qui créent des « risques d’éclatement de notre contrat de travail », affirme la présidente de l’Alliance des professeurs.

Un système « mur à mur »

Cette prise de position met en colère les parents et les enseignants de l’école Rose-des-Vents et de l’école Le Vitrail, elle aussi située dans Rosemont, et qui réclame des classes regroupant des élèves de trois niveaux dans un même local.

« Le problème est dans le système que représente l’Alliance des professeurs. Ce système n’a pas de respect pour les différences », dit Pierre Chénier, du Réseau des écoles publiques alternatives du Québec.

« Dans un système où tout va mal, il me semble qu’on devrait faire attention aux belles histoires, s’insurge Annick Daigneault, mère de deux enfants à l’école Rose-des-Vents. L’Alliance a décidé de saboter un projet qui fonctionne bien. »

4 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 13 juin 2017 07 h 47

    Pour Le bien des élèves ou pour le bien des professeurs

    Le système est bien ancré.....au détriment des élèves. Quel pourcentage réel des élèves ce système désert-il vraiment bien?

    Les services éducatifs de ma commission scolaire avait refusé d'adapter l'enseignement selon les recommandations d'une neuropsychologue sous prétexte que ça n'existe pas "l'école à la carte".

    Il y a un grand désir de standardisation de la tâche d'enseignant au Quebec, et de standardisation des enfants. L'école à la carte n'existe pas donc, si l'enfant ne correspond pas....hop... au Ritalin. 44% du ritalin du Canada est prescrit au Quebec.

    Comme parent, on a fait notre effort. On se prive de certaine chose et on est allé vers une école privé. L'école privé s'est montrée ouverte et désire accomplir son mandat d'éducation. Son organisation est d'ailleurs beaucoup plus légère.

    Ma déception envers le public est grande car j'avais foi en les services publics. Cependant, j'ai constaté qu'il n'est pas orienté pour le bien des élèves mais sur son propre organisation.

    La reaction de l'Alliance des professeurs est très représentative des maux du système.

    • Daniel Vézina - Abonné 13 juin 2017 09 h 36

      Pour répondre question dans votre titre :

      "...Le syndicat dit protéger l’intérêt collectif de ses membres avant tout..."

      Haaaaaa....

  • Micheline Dionne - Inscrite 13 juin 2017 08 h 09

    Au service de qui?

    L'école est-elle au service des enseignants? Le syndicat, en principe, défend les ''intérêts'' de ses membres; c'est de bonne guerre. Mais, mais, mais... on est en droit de se poser des questions quand les parents et les enfants sont satisfaits d'une situation que malgré tout les syndicats veulent abolir? La bonne foi se présume. (ou non?) On aimerait croire à la bonne foi: que les syndicats se resaisissent un peu.

  • Yvon Robert - Abonné 13 juin 2017 08 h 36

    Le vrai pouvoir

    Ils tiennent leurs membres et les écoles en otages, de vrais allahtoya de l'éducation.