La classe dans la cour

Les élèves de l’École du Boisé ont accès à une salle extérieure en bois circulaire au centre de laquelle est placé un tableau noir qui permet au professeur de donner son cours.
Photo: École du Boisé Les élèves de l’École du Boisé ont accès à une salle extérieure en bois circulaire au centre de laquelle est placé un tableau noir qui permet au professeur de donner son cours.

Le ministre Sébastien Proulx a lancé cet hiver le projet « Lab-école » pour doter le Québec des « plus belles écoles du monde ». Design, pédagogie, alimentation, sports ; les enjeux sont nombreux. Dans le cadre d’une série sur l’aménagement des écoles, Le Devoir est allé à la rencontre d’établissements scolaires qui offrent un milieu d’apprentissage digne du XXIe siècle. Cinquième d’une série de reportages qui s’étirera jusqu’à la fin des classes : une classe sans murs qui rapproche les jeunes de leur environnement.

À l’École du Boisé de Sept-Îles, les professeurs ont accès à une salle de classe extérieure depuis quelques mois. Une initiative unique en son genre qui permet de rapprocher les jeunes de leur environnement, sans apparemment nuire à leur concentration.

« On a pensé que ce serait une bonne idée d’avoir une 13e classe », raconte la directrice Sylvie Roussy. « On a vraiment fait éclater la classe. »

Cette drôle de classe sans murs est une grande structure de bois avec un espace vide au centre pour le professeur et son tableau à deux faces.

« Les élèves sont vraiment heureux, les enseignants se sentent bien aussi. C’est une autre façon de voir l’enseignement », raconte la directrice. Ils l’appellent la « classe extérieure ».

Qu’en est-il de la concentration des élèves ? « Non, il n’y a pas de problème », affirme-t-elle. « La nature apaise. Lorsque je les regarde de l’étage, ils sont tous en train de travailler, ils sont concentrés, ça se passe très bien, en fait. »

La directrice y voit une forme de « classe flexible », concept à la mode pour décrire ces classes où les élèves peuvent s’asseoir par terre ou s’allonger pour lire parce qu’on présume que le confort sert la concentration.

Les professeurs, eux, « ressentent une très grande liberté », poursuit Mme Roussy. « C’est vraiment surprenant, l’ambiance, lorsqu’il y a une classe là. »

À Sept-Îles, le concept n’avait pas été pensé pour l’enseignement à l’origine. On voulait tout simplement offrir aux élèves un endroit agréable pour s’asseoir et discuter pendant la récréation. Puis, l’idée d’une classe extérieure s’est imposée.

La communauté s’est en outre approprié « la classe ». « Il n’est pas rare la fin de semaine que des parents viennent manger ici avec leurs enfants. »

Selon ce qu’elle sait, il s’agirait de la seule école avec une telle installation… pour l’instant. « On m’a contactée récemment pour que j’envoie des photos. »

Il faut dire que cette école n’en est pas à sa première audace. Depuis son ouverture, il y a quatre ans, elle a beaucoup fait parler d’elle en raison… de son chien. Baptisé Ulysse, le jeune chien est là pour apporter un soutien aux enfants qui ont des troubles de comportement, une forme de zoothérapie.

Jeunes Innus

Quant au concept circulaire de la classe, il s’est imposé pour des raisons culturelles. « C’est ce qui était le plus rassembleur pour une école comme la nôtre, où il y a des autochtones et des allochtones qui se côtoient. On sait que le cercle, c’est ce qui rejoint le plus de personnes. »

À l’École du Boisé, un élève sur six est innu. Au bout d’un certain temps, Mme Roussy a découvert que les échanges avec les parents innus étaient beaucoup plus féconds si elle s’installait autour d’une petite table ronde plutôt que derrière son bureau. « Autour d’une table ronde, c’est la communauté », résume-t-elle.

Or les grandes classes en rond ne sont pas légion dans les magasins, alors l’école a dessiné celle qu’elle voulait, puis l’a fait construire.

Restait à la financer. « Il y avait un concours de la caisse populaire de Sept-Îles pour les meilleurs aménagements de cours d’école et ça donnait 5000 $ ! Exactement ce que ça nous prenait. On a soumis notre projet et le prix nous a été remis. »

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’école ne s’est heurtée à aucune embûche administrative ou réglementaire pour réaliser son projet. Et ce, même s’il s’agit d’une première du genre. Les professeurs, semble-t-il, sont ravis par la 13e classe, qu’ils doivent toutefois « réserver » s’ils veulent y emmener leurs élèves.

Une question d’argent ?

Ces dernières années, on a vu de plus en plus d’écoles faire des efforts pour rapprocher les élèves de la nature. On parle de plus en plus de verdissement, voire de potagers pour les élèves.

Une tendance que l’organisme Vivre en ville a voulu soutenir en publiant un guide pour les écoles en 2014 (« Verdir les quartiers, une école à la fois »).

Or trois ans plus tard, le directeur de Vivre en ville, Christian Savard, constate que les écoles « n’ont pas beaucoup de budget » pour réaliser ce genre de projets. « Quand le toit fuit, ce n’est pas le temps de verdir la cour d’école », résume-t-il.

À l’époque, Vivre en ville s’était associé à l’École primaire des Coeurs-Vaillants de Québec, dont la cour n’était qu’un vaste espace bétonné. Dans le cadre d’un projet-pilote avec la Direction de santé publique, ils avaient planté des arbustes, aménagé un terrain de soccer, peint des zones de jeu bleues et vertes sur le sol pour limiter l’effet des îlots de chaleur.

Une belle réussite, sauf qu’on a réalisé par la suite que ces ajouts nécessitaient un entretien qui, lui non plus, n’était pas financé. « Un terrain de soccer, ça s’entretient », poursuit M. Savard. La présence d’aménagements et d’arbres complique aussi le déneigement l’hiver, et les zones de couleur au sol doivent être repeintes…

À cela s’ajoutent des contraintes quasi culturelles, plaide le professeur d’architecture François Dufaux, de l’Université Laval. « Dans le passé, on a beaucoup associé la modernité à l’enfermement, résume-t-il. À l’époque des polyvalentes, on disait qu’il fallait que les écoles n’aient pas de fenêtres pour ne pas que les élèves soient distraits. Au Québec, on part de ça. »

« On part aussi de l’idée qu’une école est un lieu où il y a de la ventilation artificielle, qui serait tout équipé comme un édifice industriel », poursuit-il. S’ajoute une certaine « culture de la sécurité », dit-il en parlant des clôtures qui ceinturent les écoles.

Vivre en ville a aussi relevé ce problème dans son guide. Ainsi, les cours de récréation classiques ont beau être mornes, elles sont plus faciles à surveiller pour les professeurs alors que les arbustes sont souvent perçus comme des « recoins » pouvant cacher des méfaits. On explique toutefois dans le guide qu’il est possible de choisir des essences d’arbres qui nuisent moins à la surveillance. On cite en outre des études de criminologie selon lesquelles « la végétation atténue certains états psychologiques précurseurs du passage à l’acte violent » !

3 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 3 juin 2017 10 h 39

    Campus

    Le campus de l'école primaire «Les enfants de la Terre» de la Commission Scolaire de la Région de Sherbrooke, à Waterville est aussi un bel exemple où le dehors-nature et le dedans-culture sont des éléments complémentaires du territoire voué à l'éducation de ses enfants.

  • Gilles Théberge - Abonné 3 juin 2017 12 h 20

    Je me souviens...

    Paul Prémont. Un enseignant avant-gardiste à l'époque. C'était dans les années cinquante.

    Il nous faisait écouter de la musique sur un tourne-disque, dans la classe, le vendredi après-midi. C'est ainsi que j'ai entendu pour la première fois le Sacre du Printemps. Et que j'ai aimé la musique.

    Il faisait se déplaçer tout le groupe, à l'arrière de l'école et nous tenions la classe dehors.

    Hé oui. C'était le bon temps!

  • Josée Duplessis - Abonnée 4 juin 2017 10 h 06

    Le ministre Sébastien Proulx a lancé cet hiver le projet « Lab-école » pour doter le Québec des « plus belles écoles du monde »

    Beau parleur , p'tit faiseur.
    Faiseur d'idées mais aucune volonté et capacité de les appliquer et de les financer.
    Imaginez....

    3 joyeux lurons s'en vont à l'étranger pour voir ce qui se fait ailleurs pour inspirer notre bon gouvernement....Budget des millions et des millions pour faire jaillir de beaux rêves pendant qu'ici les écoles pourrissent et pâtissent faute d'argent pour le quotidien. (Moi-même prof de musique qui a un budget de $200.00 par année parce que c'est une petite école. Je ne blâme pas l'école pour autant, elle n'a pas de sous.)

    Ils reviennent avec des plans superbes (on aurait peut-être été en mesure de leur en faire car nous aussi on sait ce qui serait génial comme contexte scolaire. On fait des demandes mais les sous ne sont pas au rendez-vous.)

    Alors ils reviennent et les idées restent en plan car le budget ne peut pas suivre.
    Pensée magique....
    Soyons réalistes.
    1er Il faut plus d'argent pour réparer , rénover et construire une multitude d'écoles. À Montréal seulement il faudrait des millions et des millions pour assainir les écoles qui sont aux prises avec la moisissure.
    Il manque aussi de places dans plus de dizaines d'écoles à Montréal. Donc agrandissements obligent mais peu d'élus, manque de sous.

    2e Plus d'argent pour les intervenants spécialisés car les besoins sont criants.Plusieurs services essentiels à la réussite scolaire ont été délaissés faute de sous.

    Besoin d'évaluation pour votre enfant? Il faut attendre car les sous manquent. Au privé alors. Sortez votre argent les parents. Ceux qui n'ont pas les moyens attendront leur tour et pendant ce temps leur enfant pâtit car il n'a pas les services requis.
    Pendant ce temps 3 joyeux lurons s'en vont voir le monde.....

    3e Vous voulez avoir du personnel? arrangez-vous pour le garder en lui donnant des conditions de travail saines, motiv