Bisbille autour de la course au rectorat

La décision du comité de sélection de reprendre le processus à la case départ a suscité de vives réactions sur le campus. 
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La décision du comité de sélection de reprendre le processus à la case départ a suscité de vives réactions sur le campus. 

La course au rectorat de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) prend une tournure controversée. Le candidat Luc-Alain Giraldeau réclame le remplacement du comité de sélection du recteur, qui vient de lancer un nouvel appel de candidatures après deux consultations de la communauté universitaire.

M. Giraldeau, doyen de la Faculté des sciences de l’UQAM, dénonce le manque de « courage » et de « transparence » du comité de sélection du prochain recteur. Ce comité de cinq membres, présidé par Lise Bissonnette, a indiqué mardi qu’aucun des deux candidats au poste de recteur ne recueille « le degré de ralliement nécessaire à une nomination au rectorat de l’UQAM ».

Luc-Alain Giraldeau a remporté 52,6 % des voix au deuxième tour de consultation de la communauté universitaire, mené entre le 18 et le 25 mai (51,1 % des voix, si on tient compte des 31 électeurs qui n’ont appuyé aucun candidat). Même si ce processus n’a qu’une valeur consultative, M. Giraldeau estime que la majorité des voix lui accorde une légitimité dont le comité de sélection devrait tenir compte.

« Le seuil devrait être de 50 % plus un. On est en démocratie », dit-il. Lui et d’autres membres de la communauté de l’UQAM rappellent que Sophie D’Amours a été élue rectrice de l’Université Laval avec 50,7 % des voix au mois d’avril.

« Je suis déçu et abasourdi, comme à peu près tout le monde à l’UQAM, a dit Luc-Alain Giraldeau au Devoir. Je pense que le comité de sélection a fait preuve d’assez peu de courage. Je souhaite que le conseil d’administration ait la décence de nommer un nouveau comité de sélection. J’ai l’impression qu’on a un comité de sélection qui se pense investi de la mission de trouver un recteur avec un ordre du jour assez opaque. »

L’autre candidate, la professeure Corinne Gendron, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, dit « respecter la décision du comité de sélection », même si elle en est « déçue ».

Une communauté divisée

Le processus de nomination du recteur de l’UQAM est complexe. Un comité de sélection est d’abord formé, qui regroupe cinq membres — outre la présidente du C.A. de l’UQAM, il inclut deux membres du C.A. et deux membres de l’Assemblée des gouverneurs de l’Université du Québec.

Ce comité lance un appel de candidatures et peut solliciter des candidats potentiels. Le comité rencontre les candidats en entrevue, organise une séance d’échanges entre les candidats et la communauté universitaire, puis lance une vaste consultation de la communauté (1452 personnes, dont 1147 professeurs, 126 cadres et des représentants d’étudiants, de chargés de cours, de divers syndicats et de diplômés).

Deux périodes de consultation, tenues au mois de mai, témoignent de profondes divisions au sein de l’UQAM : Luc-Alain Giraldeau a obtenu l’appui écrasant de 92,6 % des cadres de l’établissement au deuxième tour, tandis que Corinne Gendron a obtenu la majorité des voix des chargés de cours, des syndicats et des associations étudiantes.

Les professeurs sont divisés : ils ont accordé 49,9 % des voix à Mme Gendron, 47,1 % à M. Giraldeau et 3 % à aucun candidat.

Ces résultats serrés « témoignent de l’impossibilité d’arriver à une réponse vraiment concluante », a indiqué mardi Lise Bissonnette, présidente du C.A. de l’UQAM et du comité de sélection, dans un message à la communauté universitaire.

« Cette réalité correspond d’ailleurs aux constats propres au comité dont la réflexion s’est aussi nourrie aux diverses sources prévues à la procédure : rencontres individuelles avec les candidates et le candidat, prise en compte de leurs propositions formulées lors de l’échange public du 26 avril dernier et dans leurs communications à la communauté, journée de rencontres du 11 mai dernier avec les groupes désirant faire connaître au comité leurs analyses ou préférences. »

Vives réactions

La décision du comité de sélection de reprendre le processus à la case départ a suscité de vives réactions sur le campus.

« En presque 30 ans de vie universitaire à l’UQAM, je n’ai jamais été aussi consterné par l’inaptitude de nos instances universitaires », écrit Yves Prairie, professeur au Département des sciences biologiques, dans une lettre au Devoir.

Il estime que le comité de sélection est paralysé par « la peur d’engendrer une division dans notre communauté (comme si elle n’existait pas déjà !) et surtout la peur de la réaction de son tout puissant syndicat des professeurs ».

Le Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAM (SPUQ), de son côté, a dit « prendre acte de la décision du comité de sélection de lancer un nouvel appel de candidatures lors de la rentrée de septembre prochain ». Il rappelle que les professeurs se sont mobilisés contre d’importants changements proposés au mode de gestion de l’université par le recteur sortant, Robert Proulx.

2 commentaires
  • Francois Richer - Inscrit 1 juin 2017 08 h 48

    MAUVAISE LECTURE DES REGLES ELECTORALES DE l'UQAM

    Cher M Fortier,

    Votre article est mal informé et clairement biaisé. Le règlement électoral de l'UQAM prévoit ceci:

    17.18 Les résultats de la consultation effectuée conformément aux articles 17.16 et 17.17 sont compilés distinctement pour chacune des catégories de personnes et de groupes.

    Mme Gendron a obtenu la majorité des professeurs, la majorité des chargés de cours et la majorité des associations d'employés. Le comité de sélection a manqué de courage en ne reconnaissant pas la victoire de Mme Gendron. Ce n'est pas une question de syndicat de reconnaitre qu'on ne peut être recteur de l'UQAM sans l'appui majoritaire de ses profs et de ses chargés de cours. M. Giraldeau ne peut gagner cette élection même s'il y avait 10 tours. Il représente une tentative de main mise hiérarchique de quelques doyens sur une université démocratique où les 39 départements sont les principaux maitres d'oeuvre, pas les 7 doyens. A part la direction, les cadres y ont une mission essentielle de service et un jour on les reconnaitra à leur juste valeur et leur insécurité, visible dans leur vote en bloc, pourra se transformer en partenariat. Le profs et les chargés de cours leur tendent la main.

    En attendant, l'UQAM a besoin que son comité de sélection applique les règlements. Un 3e tour ne changera probablement que peu de choses. La division est réelle et l'invention par le comité de sélection d'un objectif fictif de ralliement large est un manque de respect des opinions exprimées dans le vote. Le ralliement se fera après l'élection. Le comité a plutôt pris le risque de déclencher un conflit interminable entre les profs et la future direction dans une université qui a vraiment besoin de passer à autre chose. Si ce conflit a lieu, les membres du comité en seront clairement responsables.

    Francois Richer
    professeur

  • Étienne Bélanger - Inscrit 2 juin 2017 09 h 51

    Y a-t-il des citoyens qui sont moins égaux que d’autres à l’UQAM?

    Professeur François Richer, veuillez expliquer comment Corinne Gendron pourrait avoir gagné vs Luc-Alain Giraldeau avec un décompte de 434 voix Giraldeau et 356 voix Gendron, 154 voix Monique Brodeur au 1er tour ET 562 voix Giraldeau et 506 voix Gendron au 2e tour. Il me semble que la candidate Gendron a perdu deux fois plutôt qu'une ! Si cela vous a échappé, un de vos collègues a colligé les résultats des deux tours dans lesquels la candidate Gendron a récolté moins de votes que le candidat Giraldeau http://bit.ly/rectoratUQAM2017 Bien à vous. Étienne Bélanger