Plus de ressources demandées pour la maternelle quatre ans

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le service de la maternelle quatre ans, comme déployé à l’heure actuelle, ne réduit pas «de façon significative l’effet des conditions sociodémographique des enfants sur leur préparation à l’école», selon le rapport de recherche de Christa Japel, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisées de l’UQAM.
Photo: iStock Le service de la maternelle quatre ans, comme déployé à l’heure actuelle, ne réduit pas «de façon significative l’effet des conditions sociodémographique des enfants sur leur préparation à l’école», selon le rapport de recherche de Christa Japel, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisées de l’UQAM.

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Le gouvernement a ouvert 100 nouvelles classes de maternelle quatre ans à temps plein en 2016-2017, portant leur nombre à 188. Mais se voient-elles accorder les ressources nécessaires pour bien préparer les enfants de milieux défavorisés à l’école ?

Un rapport de recherche a provoqué une commotion dans le milieu de l’éducation préscolaire en mars dernier. Christa Japel, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisées de l’UQAM, y dévoilait les résultats d’une étude qu’elle avait menée sur la maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé. Sa conclusion ? Le service, comme déployé à l’heure actuelle, ne réduit pas « de façon significative l’effet des conditions sociodémographique des enfants sur leur préparation à l’école ».

Mme Japel est arrivée à ce constat après avoir mesuré la performance cognitive et comportementale de 300 enfants qui avaient fréquenté la maternelle quatre ans et l’a comparée avec celle d’un groupe témoin d’une taille similaire. « Je ne dis pas que ça ne vaut rien », précise-t-elle en entrevue, soucieuse de la tournure des interprétations.

Elle demeure convaincue de la pertinence de l’approche, mise sur les rails par le gouvernement Marois en 2013, et note que le service réussit à rejoindre une clientèle vulnérable qui ne fréquentait pas les centres de la petite enfance (CPE). Impliquée auparavant dans l’implantation d’un projet pilote de maternelle quatre ans à temps plein à l’école Saint-Zotique, dans le quartier Saint-Henri, elle affirme avoir remarqué les bienfaits de la démarche chez les enfants lorsqu’un environnement éducatif de qualité était mis en place.

Le but de sa sortie : presser Québec à se donner les moyens pour améliorer la maternelle quatre ans. Car dans son évaluation, le bât blessait souvent dans des lacunes hors du pouvoir des enseignants. « L’environnement dans un CPE est probablement mieux adapté à un enfant de 4 ans que les maternelles qui ont été mises en place très vite, sans le financement nécessaire », considère-t-elle.

« On commence, justifie Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). Peut-être qu’effectivement il y a eu un manque de ressources à certains endroits. »

Plusieurs constats de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) recoupent les conclusions de Mme Japel. Mais le syndicat, dont l’implantation de la maternelle quatre ans a constitué un cheval de bataille durant les dernières années, trouve « très dur » le regard porté par la chercheuse. « C’est un peu comme le verre à moitié vide ou à moitié plein », indique Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE, qui penche pour la deuxième perception. Un coup de sonde auprès d’enseignants membres révèle un effet réel sur les enfants, même si les ressources manquent pour que la mesure atteigne son plein potentiel.

Rapport élèves-enseignant trop haut

Tant le rapport de Mme Japel que la FAE revendiquent un rapport d’élèves par professeur plus bas. Le syndicat demande de se rapprocher de la norme en CPE de 10 enfants pour un membre du personnel. En maternelle quatre ans, le rapport peut s’élever à 18 élèves pour un enseignant. « C’est trop parce que la tâche est grande, soit de faire en sorte qu’ils arrivent en maternelle cinq ans avec le moins d’écart possible [relativement aux autres élèves] », approuve Mélany Cannavino, enseignante à la maternelle quatre ans de l’école La Source, à Gatineau. Elle remarque que les enfants issus de milieux défavorisés ont tendance à moins demander d’aide, ce qui exige de la part des enseignants beaucoup d’observation et de temps avec chacun pour apprendre à les connaître et bien les guider. À la FCSQ, la question du rapport préoccupe surtout Mme Bouchard pour l’offre de la maternelle quatre ans en région rurale.

Dans sa classe, Mme Cannavino est accompagnée d’une préposée toute la journée. « Ici, on est privilégié, commente-t-elle à ce sujet. En fait, je dis privilégié, mais ça devrait être comme ça partout. » Christa Japel a remarqué que la présence de cette personne ressource variait beaucoup d’un groupe à l’autre au gré de la volonté des écoles. « Des enseignantes ont des éducatrices plus ou moins formées, qui sont là quelques heures ou une bonne partie de la journée. Il y en a d’autres qui ont juste une éducatrice spécialisée quelques heures par semaine. Le ratio est critique si on n’a pas deux personnes dûment formées toute la journée. »

Dans son rapport de recherche, Mme Japel insiste d’ailleurs sur l’importance d’améliorer la formation, notamment en augmentant le nombre de cours dédiés au préscolaire quatre ans dans la formation initiale, mais aussi en offrant de la formation continue pour accompagner les enseignants.

La FAE et Mme Japel s’entendent aussi sur l’importance d’accorder un financement suffisant pour l’aménagement nécessaire de l’environnement éducatif. « C’est incroyable à quel point on a de la misère à faire comprendre au ministère [de l’Éducation] qu’il faudrait des sommes pour l’achat de matériel périssable et non périssable », souligne Nathalie Morel. Cette dernière explique que des livres ou des jeux peuvent être facilement brisés, déchirés, abîmés et devenir vite inutilisables lorsqu’ils sont manipulés par des jeunes de quatre ans. « Les professeurs mettent de l’argent de leur poche pour acheter du matériel qu’on appelle non périssable, mais qui est périssable quand on enseigne à des tout petits. »

Quant aux locaux, les toilettes et les lavabos se trouvent, dans certains établissements, éloignés de la classe. Or les élèves, à cet âge, ne peuvent être laissés seuls lorsqu’ils ont besoin d’aller à la salle de bain. « Un des gros problèmes actuellement, c’est que le gouvernement ne prévoit aucune ressource financière pour la construction ou l’aménagement de locaux, signale Mme Morel. Un local pour les quatre ans et les cinq ans ne nécessitent pas les mêmes adaptations. »

Il est à noter que certains endroits ont dû être aménagés rapidement. En 2016, le gouvernement a annoncé l’ouverture de classes à peine trois mois avant la rentrée scolaire. « Dans les discussions, on s’était assuré au préalable qu’on visait les commissions scolaires qui, physiquement, étaient capables d’accueillir les élèves, c’est-à-dire qui avaient des locaux disponibles », assure Josée Bouchard.

La FAE, en revanche, qualifie d’« occulte » la façon dont les commissions scolaires choisissent les écoles. « Il faudrait que le syndicat local et le conseil d’établissement soient consultés, parce que la détermination des écoles, c’est extrêmement important », insiste Nathalie Morel.

Mélany Cannavino considère qu’il est mieux d’ouvrir une classe à la dernière minute que pas du tout. L’enseignante soulève néanmoins qu’une de ses tâches fondamentales consiste à rencontrer à plusieurs reprises les parents, qui ont souvent eux-mêmes traversé des difficultés dans leur passage à l’école. Or, cette intervention auprès de la famille s’amorce, dans l’idéal, un an avant l’entrée de l’enfant en maternelle quatre ans.