Faire ou ne pas faire soi-même

La bibliothèque «revue et améliorée» de l’école Guy-Drummond est née de la volonté de parents, de l’équipe de l’école et de la directrice, Sandra Stocco, grâce aux 50 000$ amassés par la fondation de l’école.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La bibliothèque «revue et améliorée» de l’école Guy-Drummond est née de la volonté de parents, de l’équipe de l’école et de la directrice, Sandra Stocco, grâce aux 50 000$ amassés par la fondation de l’école.

Le ministre Sébastien Proulx a lancé cet hiver le projet « Lab-école » pour doter le Québec des « plus belles écoles du monde ». Design, pédagogie, alimentation, sports, les enjeux sont nombreux. 

À la vue des étagères de livres ainsi que des murs et des planchers peints en rouge, en orange et en jaune soleil, on comprend vite que l’école Guy-Drummond à Outremont s’est permis de rêver en couleurs pour sa nouvelle bibliothèque.

Inaugurée en décembre dernier, cette bibliothèque « revue et améliorée », comme le dit la petite plaque de remerciement des 74 familles donatrices au bas de l’escalier, est née de la volonté de parents, de l’équipe de l’école et de la directrice, Sandra Stocco, grâce aux 50 000 $ amassés par la Fondation de l’école Guy-Drummond sur deux ans.

Bref, c’est le projet de toute une communauté, qui ne s’est surtout pas laissé intimider par les différentes étapes à franchir, des plans à la réalisation en passant par le processus d’appel d’offres supervisé par les ressources matérielles de la commission scolaire.

On tire d'autres ficelles quand on est au public. Ce n'est pas plus difficile, c'est différent.

 

Ces étapes peuvent parfois décourager — voire étouffer — l’initiative de la communauté entourant une école, comme le rappelle la récente controverse concernant l’école de Saint-Sébastien, en Montérégie, dont les murs ont été repeints bénévolement par des parents.

Dans la région de Sherbrooke, 13 mezzanines dans des classes construites par des parents et des profs au fil des ans depuis 2002, et qui enchantaient tout le monde, ont dû être démolies l’an dernier parce que la commission scolaire s’est rendu compte qu’elles ne respectaient pas toutes les normes du code du bâtiment.

Est-ce possible de réaliser ses rêves sans se faire mettre des bâtons dans les roues quand on est une école publique ? « Je l’espère bien ! » lance Mme Stocco dans un grand sourire.

« Beaucoup de gens nous voient aller et nous disent que ce ne serait pas possible que ça passe à leur commission scolaire. Mais moi, demain matin, j’irais dans une autre commission scolaire ou une autre école et je fonctionnerais de la même façon. J’ai confiance en la bonne foi des gens. Il faut parler aux bonnes personnes. »

Étoiles alignées

Elle reconnaît que « les étoiles se sont alignées » pour rénover la bibliothèque qui, avec ses hautes étagères en rang d’oignons où certains livres étaient difficilement accessibles, ne convenait plus.

Venu du milieu, le projet a été porté notamment par cette directrice « chef d’orchestre », un papa architecte qui a travaillé pro bono et les parents motivés de la fondation de l’école qui, après avoir amassé de l’argent pour refaire la scène dans le gymnase, la cuisine, le local informatique et équipé toutes les classes de tableaux blancs interactifs, a épousé la cause de la bibliothèque.

Bien sûr, les interventions de la directrice, qui connaissait et avait déjà travaillé avec le chargé de projet de la direction des ressources matérielles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, ont grandement aidé.

« Il est sensible à la particularité de notre école et a pris le temps d’écouter la Fondation, ce qui n’est pas commun. Il a pris de son temps à lui », explique Mme Stocco.

Elle rappelle que les commissions scolaires n’octroient généralement pas d’argent ou de ressources à des projets autres que des agrandissements ou de l’entretien. « Il y avait un aspect politique, à savoir à qui je dois en parler pour ne pas que ça bloque, note-t-elle. Il faut avoir de la crédibilité et nous, on avait fait nos preuves avec la Fondation […]. On tire d’autres ficelles quand on est au public. Ce n’est pas plus difficile, c’est différent. »

Les mezzanines de Sherbrooke

Avec la mezzanine qu’il a eu l’idée de construire pour augmenter l’espace dans sa classe, Yves Nadon n’a jamais eu l’intention de cacher quoi que ce soit.

« La direction était au courant, la commission scolaire aussi, à ce point que la structure était intégrée au plan de l’école. Les pompiers sont venus plusieurs fois et n’ont jamais rien dit », raconte cet enseignant à l’école Notre-Dame-du-Rosaire de Sherbrooke, aujourd’hui retraité. Même que l’idée de sa mezzanine avait séduit et fait des émules dans 13 classes de la région.

D’après une idée glanée dans un séjour au Texas, Yves Nadon avait construit un prototype à ses frais en 2002, à une époque « où les parents pouvaient peinturer les murs », ironise l’enseignant. Prise par surprise, la direction avait néanmoins trouvé le projet « très chouette ». Il a refait sa mezzanine quelques années plus tard en plus solide, grâce à un autre papa bénévole, entrepreneur de métier.

Cette fois-ci, la direction était dans le coup et la commission scolaire était venue faire des vérifications. « Personne ne nous avait parlé des normes à respecter. Et pourtant, ils nous voyaient faire. »

C’était jusqu’à ce que la commission scolaire se rende compte que la structure en bois n’avait jamais été approuvée par la Régie du bâtiment et qu’elle ne correspondait pas aux normes, notamment pour le feu. Toutes les écoles ont dû détruire leurs mezzanines.

« C’est bien de clarifier les choses, je trouve ça correct », soutient M. Nadon. Il déplore toutefois le peu de soutien des autorités. « Je pense que [la commission scolaire] aurait dû appuyer notre initiative et voir ce qu’on pouvait faire pour essayer de la garder. Les profs ne se sont pas sentis soutenus. »

Il se désole que la « structure » du système d’éducation québécois, « qui vise à normaliser », n’encourage pas ce genre d’initiatives. Pourtant, plein d’enseignants sont créatifs. « Il faut plutôt reconnaître leurs bonnes idées et voir comment on peut les exporter dans d’autres écoles, dit-il. Quand on travaille avec des élèves, on n’a pas dix ans à attendre. »

Faire ou ne pas faire

Sandra Stocco reconnaît qu’elle a déjà été tentée par la méthode « DIY » (Do it yourself, ou fais-le toi-même), notamment en faisant appel à des bénévoles pour repeindre l’école. « C’est sûr qu’on pourrait aller plus vite mais, si on doit défaire après, ce n’est pas mieux. »

Il lui est apparu clair dès le début, toutefois, que le jeu n’en valait pas la chandelle. « On essaie quand même de faire en sorte que nos projets se réalisent vite. Quand un parent s’implique, on veut que son enfant puisse en profiter avant d’aller au secondaire. »

Et bien sûr, quand l’école a le soutien d’une fondation qui parvient à accumuler beaucoup de dollars, les projets sont plus faciles à réaliser, reconnaît Roseline Guèvremont, une maman très impliquée dans la Fondation. « Je suis consciente de notre privilège. On est à Outremont, on n’est pas une école de quartier, on reçoit des enfants de tout le territoire, admet-elle. Mais vous seriez surprise de voir que tout le monde donne, pas seulement les plus riches. »

L’école Guy-Drummond rêve maintenant de son prochain projet, le prolongement de la cour d’école en « sentier des lecteurs », pour offrir une zone plus tranquille aux élèves.

« On va encore travailler en collaboration avec les ressources matérielles, mais on va avoir besoin de l’autorisation de la Ville. Il va y avoir un joueur de plus. On va voir comment ça va se passer », conclut la directrice avec un sourire confiant.

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