L’école à la maison semble une réussite pour 700 enfants de la communauté juive

Après l’école religieuse, le petit Moshe fait l’école à la maison avec sa mère, Yitti Chacham Hirsch.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après l’école religieuse, le petit Moshe fait l’école à la maison avec sa mère, Yitti Chacham Hirsch.

Les premières évaluations des enfants de la communauté juive qui reçoivent leur instruction à la maison sont très encourageantes, estime la Commission scolaire English-Montréal. Ils passent ces jours-ci leurs premiers examens dans le cadre d’un projet-pilote.

Pour les jeunes qui sont scolarisés à la maison, il n’y a pas de bulletin scolaire. Les jeunes doivent plutôt produire un « portfolio » dans lequel on peut suivre leur évolution dans les différentes matières enseignées. Les mères éducatrices incluent dans ce cartable des calculs effectués par les jeunes, dictées, travaux d’art plastique et autres exercices effectués pendant l’année. Ces portfolios sont évalués deux fois par année par des conseillers pédagogiques de la commission scolaire. Et les résultats sont encourageants, note la directrice des services pédagogiques à la commission scolaire English-Montréal, Alessandra Furfaro.

« Nous avons des jeunes qui sont avec nous depuis deux ans. Dans leur cas, on a évalué les portfolios l’an dernier et cette année. Pour ceux qui se sont joints à nous en septembre dernier, on en est à la deuxième évaluation. En regardant les portfolios, on voit que les jeunes font beaucoup de progrès et on croit qu’ils seraient en mesure de passer les examens du ministère l’an prochain. C’est ce que nous tentons d’évaluer avec le projet-pilote. »

Le projet-pilote, c’est de faire passer des tests de la commission scolaire, « les mêmes tests que nos jeunes passent dans les écoles, pour voir comment ils vont réussir aux examens », précise Mme Furfaro.

Les tests sont passés par les jeunes d’âge primaire. La semaine dernière, c’était l’examen de français langue seconde. Cette semaine, c’est l’anglais et la semaine prochaine, les mathématiques. « On essaie de reproduire le modèle de l’examen passé à l’école, donc si l’examen doit être fait en six heures, le jeune à la maison doit aussi le faire en six heures », note la directrice.

Les notes ne seront toutefois pas comptabilisées au dossier de l’élève. « On veut collecter les données, voir quelles compétences on peut améliorer, quelles stratégies pourraient être développées pour les aider davantage. »

Une idée des mères

Selon Alessandra Furfaro, ce sont les mères elles-mêmes qui ont suggéré cette idée, car elles souhaitent que leurs enfants puissent passer les examens du ministère à la fin de leur parcours scolaire et obtenir un diplôme d’études secondaires.

La directrice soutient que les mères sont très impliquées dans leur nouveau rôle d’éducatrices à la maison. « Ça va très, très bien. Elles sont très ouvertes à tout ce que nous proposons et elles semblent très contentes de venir nous voir pour l’évaluation des portfolios. Et vous devriez voir la grosseur des cartables qu’elles nous soumettent ! Elles y mettent tout ! Vraiment, la collaboration est très bonne et la communauté est très ouverte. »

Facilitateurs

Jusqu’en septembre 2016, la commission scolaire accueillait à peine une vingtaine d’élèves inscrits à l’école à la maison. Aujourd’hui, ils sont plus de 700, presque tous issus des communautés juives. La commission scolaire a réussi à obtenir davantage de financement de Québec pour répondre à la demande et a engagé sept « facilitateurs » pour faire le suivi avec les parents, de même qu’un coordonnateur pour aider la conseillère pédagogique qui était déjà en poste.

La scolarisation à la maison est devenue une avenue privilégiée par les communautés juives qui fréquentaient des écoles sans permis. En 2014, Québec s’était présenté en Cour supérieure pour fermer une école qui ne répondait pas aux exigences du ministère de l’Éducation. Mais le tribunal a plutôt proposé aux parties d’en arriver à une entente. La scolarisation à la maison, qui permet aux jeunes de fréquenter une école religieuse le jour, a été jugée un compromis acceptable.

« C’est très, très apprécié par la communauté, résume Jacob Maman, directeur de la Yeshiva Toras Moshe. Nous avons de très bons services de la commission scolaire. Nous sommes toujours en période d’adaptation, mais tout se passe très bien. »

La chercheuse Christine Brabant, spécialisée en scolarisation à la maison, soutenait plus tôt cette semaine, dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) que l’école à la maison pour ces jeunes représentait « un pas dans la bonne direction ». Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a promis qu’il viendrait encadrer la scolarisation à la maison. Un projet de loi devrait être déposé sous peu.

15 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 mai 2017 06 h 52

    Félicitations !

    « Les premières évaluations des enfants de la communauté juive qui reçoivent leur instruction à la maison sont très encourageantes » (Jessica Nadeau, Le Devoir)

    De cette citation, ça fait du bien de savoir que le monde des compromis peut réaliser d’excellents progrès et, par ailleurs, se réaliser dans la mesure et le respect de ce qu’il promeut et valorise de bonne foi !

    Félicitations ! - 12 mai 2017 -

  • Jean Lapointe - Abonné 12 mai 2017 07 h 39

    Et l'intégration des enfants qu'est-ce qu'ils en font?

    «Les premières évaluations des enfants de la communauté juive qui reçoivent leur instruction à la maison sont très encourageantes, estime la Commission scolaire English-Montréal.»

    Est-ce qu'ils ont évalué le degré d'intégration des enfants à la société dans laquelle ils vont vivre?

    Il semble bien que non parce que cela semble être le moindre de leurs soucis.

    Et pourtant dans une démocratie est-ce que le rôle de l'école n'est pas entre autres d'apprendre aux enfants de différentes origines de vivre ensemble malgré leurs différences pour qu' une fois adultes ils puissent travailler ensemble en paix?

    L'école à la maison devrait être réservée normalement en démocratie aux enfants qui sont dans l'impossibilité de fréquenter l'école pour un certain temps ou pour toute la durée de la scolarisation suivant les cas.

  • Gilles Delisle - Abonné 12 mai 2017 08 h 01

    Faudrait voir!

    L'émission de Radio-Canada , présenté ce samedi, qui s'intitule "1001 vies" dont on a pu voir un apercu hier, aux informations de 18h00. Dans cet extrait, le jeune homme qui a décroché de son monde fermé hassidique avec sa famille, et qu'on a pu voir dans une auto avec la journaliste, traversait le pont Jacques-Cartier, et ne savait pas ce qu'était le grand cours d'eau qui coulait sous le pont! Ayant passé sa vie à Boisbriand, dans son monde fermé à toute civilisation, ce jeune homme n'avait jamais vu le fleuve de sa vie et ne savait pas la différence entre un lac et un fleuve! A voir absolument! Est-ce que lui aussi avait fait ses classes dans sa cuisine?

  • Yvon Bureau - Abonné 12 mai 2017 08 h 12

    Une École publique pour tous.

    Ce n'est pas ce qui se dit ou s'écrit qui inquiète.

    C'est ce qui ne l'est pas.

    Vive la laïcité pour le Québec.

    Vive l'École publique pour tous les enfants.

  • Robert Beauchamp - Abonné 12 mai 2017 09 h 45

    La langue d'intégration

    L'anglais n'est pas la langue maternelle des Assidiques, sauf erreur le Yeddish.
    Comment se fait-il alors que l'on puisse rater cette occasion d'une démarche d'intégration à partir d'un soutien provenant d'une commission scolaire francophone?

    • Jacques Nadon - Abonné 12 mai 2017 21 h 32

      Très bonne question... mais est-ce qu'une commission scolaire francophone y trouverait son compte? Traditionnellement, les commissions scolaires anglophones sont plus ouvertes à la diversité religieuse. La communauté hassidim est mobile. Elle maintient des liens assez forts avec les autres communautés hassidiques aux États-Unis et au Canada. Penser à l'intégration, c'est un peu se transformer en Don Quichote.