Des élèves autochtones privés de diplôme d'études secondaires

Le village de Salluit, dans le nord du Québec
Photo: Louis Carrier CC Le village de Salluit, dans le nord du Québec

Depuis juin 2013, aucun des jeunes ayant terminé leur 5e secondaire dans une école de la Commission scolaire de Kativik, dans le nord du Québec, n’a pu obtenir de diplôme d’études secondaires. La commission scolaire confirme que des centaines d’élèves ont dû se rabattre sur une attestation d’équivalence en raison d’un manquement envers les exigences ministérielles.

« C’est sûr que le diplôme d’études secondaires, c’est la vraie affaire : c’est un papier qui est reconnu à travers la province, c’est plus avantageux et c’est ce qu’on souhaiterait avoir pour nos finissants », soutient Jade Bernier, responsable des communications pour la Commission scolaire Kativik, en entrevue au Devoir vendredi.

Le problème remonte au tournant des années 2000, explique Mme Bernier, alors que le ministère de l’Éducation modifiait le programme de mathématiques dans l’ensemble des écoles québécoises.

De l’aveu même de la commission scolaire, celle-ci n’a pas modifié son programme et, en 2007, le ministère lui a donné un délai de cinq ans pour se conformer au nouveau programme.

En 2013, ce n’était toujours pas fait. « On n’a pas été en mesure de respecter cette échéance, notamment en raison d’un gros taux de roulement dans le personnel », avoue la relationniste.

Ainsi, depuis juin 2013, le ministère délivre des attestations d’équivalence de niveau de scolarité de 5e secondaire. Ce papier est généralement octroyé à des adultes qui, après avoir passé une série de tests, peuvent répondre aux attentes d’un employeur qui exige un DES ou l’équivalent. L’attestation n’est généralement pas reconnue par les établissements d’études postsecondaires, mais la commission scolaire a conclu des ententes avec deux d’entre eux, le collège Montmorency et le cégep John Abbot, qui accueillaient déjà la très grande majorité des étudiants de cette commission scolaire puisqu’ils disposent de services développés spécifiquement pour cette clientèle.

Selon la commission scolaire, environ 300 étudiants auraient été ainsi privés d’un diplôme d’études secondaires. En effet, entre 60 et 75 élèves y sont diplômés annuellement. Il faut dire que le taux de décrochage se situe autour de 83 % dans cette région.

Ce n’est qu’en septembre dernier que la commission scolaire a renvoyé son programme pour évaluation au ministère de l’Éducation, qui fait toujours l’objet de discussions.

Aucune information aux parents

Sur son site Web, la commission scolaire indique pourtant « que 56 élèves ont obtenu leur diplôme d’études secondaires » pour l’année 2015-2016. « Nous, quand on dit 56 finissants, ce sont des jeunes qui ont obtenu des attestations », nuance Mme Bernier au bout du fil.

Elle concède que, depuis 2013, ni les jeunes ni leurs parents n’ont été officiellement mis au courant du fait qu’ils ne recevraient pas un DES, mais bien une attestation d’équivalence, à la fin de leurs études secondaires. « Nous n’avons pas fait de communications à ce sujet au moment du changement en 2013. »

Elle précise par ailleurs que, jusqu’à tout récemment, aucun étudiant ou parent n’avait questionné la commission scolaire sur ce sujet. « À la fin de l’année scolaire, il y a une cérémonie de remise des diplômes à l’école pour les finissants et c’est juste dans le courant de l’été que les gens reçoivent par la poste le document officiel du ministère de l’Éducation. Sur ce document-là, ça dit “attestation”, donc, dans ce sens, ce n’est pas quelque chose qui était caché. »

Des inquiétudes ont surgi tout récemment chez certains parents qui ont interrogé la commission scolaire sur le statut des diplômes. « On s’est rendu compte qu’il y avait un manque d’information et de clarté concernant ce sujet. Donc, pour s’assurer que les parents ne s’inquiètent pas pour rien, on vient d’envoyer une lettre pour leur expliquer la situation », affirme Jade Bernier.

Le ministre préoccupé

Le sujet a été abordé par le député péquiste Alexandre Cloutier à l’Assemblée nationale au cours de l’étude des crédits en éducation, jeudi et vendredi. Le ministre, qui n’était pas au courant du dossier, a tenté de rapporter les informations que son équipe lui fournissait au compte-gouttes. Il a confirmé que le cours de mathématiques des écoles de la Commission scolaire Kativik ne correspondait pas au régime pédagogique et que, dans cette situation, les élèves ne pouvaient pas obtenir un diplôme. « Ça n’a pas lieu d’être », a reconnu le ministre, qui parlait, lui, de 26 élèves qui auraient eu accès à un diplôme d’études secondaires et de 54 qui ont dû se contenter d’une attestation l’an dernier. « Ça vient d’être porté à mon attention. On me dit qu’il y a déjà du travail qui est fait avec la commission scolaire pour rendre le programme de mathématiques local conforme à nos exigences. Alors, oui, vous pouvez être assurés de ma collaboration pour que l’ensemble des élèves qui réussissent à Kativik puisse obtenir un diplôme d’études secondaires. »

En entrevue au Devoir, Alexandre Cloutier parlait d’un « problème grave » pour des jeunes qui doivent déjà faire face à de nombreux défis en matière d’éducation. « Pendant que les fonctionnaires ne trouvent pas de solution, ce sont des jeunes qui n’obtiennent pas leur diplôme. On va donner le temps au ministre de se virer de bord, mais ça devrait être une priorité. Ce n’est pas normal qu’un dossier traîne depuis si longtemps. »

9 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 avril 2017 04 h 22

    Le reflet de ...

    Voici le reflet exact d'une société canadienne monarchique qui fonctionne en se servant du deux poids, deux mesures.
    Pour les uns, une norme administrative.
    Pour les autres, peu importe qui sont "les autres", qu'ils soient Québécois, Inuits, Amérindiens, francophones, musulmans, juifs, sikhs, etc., s'en est une autre avec laquelle la société doit s'arranger pour que restent aux commandes celles et ceux qui acceptent que l'égalité d'obéir soit pour tous et le privilège de passer au-dessus des lois en étant avantagés soit pour une "élite" séculaire...
    La monarchie, que celle-ci soit gouvernante ou règnante c'est pareil parce que c'est l'établissement de son exception comme règle générale, c'est l'organisation des choses communes de manière à ce qu'elles favorisent toujours les mêmes. Les mêmes en question assoyant leur pouvoir sur quelques groupes familiaux et/ou financiers qui profitent tant du système, qu'ils en deviennent eux-mêmes légalement intouchables par la force de l'argent qui paient avec largesse des avocats et par obligation des silences.
    La République, c'est la Proclamation formelle que tous nous sommes égaux.
    Si cela ne garantie pas bien entendu l'égalité de tous, puisque la démocratie est un processus de liberté qui ne donne jamais de système social définitif, la proclamation de l'Etat pour le peuple et par le peuple élimine toutefois la légitimité, donc la recherche de légalisation constante, de l'inégalité, de la supériorité en droits, de quelques personnes ou groupes que ce soient.
    Même et je serais tenter de dire surtout, lorsqu'ils réussissent à se hisser aux commandes d'un pays et donc, d'une nation...

    Merci de votre lecture.
    Et Vive le Québec libre !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 avril 2017 07 h 37

    Le ministre de l'éducation

    semble plein de bonnes intentions,peut-etre trop meme.Il a beaucoup de pain sur la planche apres tant d'années d'incurie.Sa jovialité pour camoufler les omissions passées me fait penser a un vendeur de voitures usagées qui en donne plus que ce que le client demande.

  • Maryse Courville - Abonnée 29 avril 2017 07 h 55

    Enseignement des matières obligatoires en langue étrangère

    Le ministre devra tenir compte que les Inuit sont scolarisés en langue étrangère, soit l'anglais ou le français. Dans la plupart des 14 communautés inuites du Québec, c'est l'inuktitut qui est la langue utilisée quotidiennement. Le français est inaudible dans les communautés. En plus des problèmes connus au Nunavik, on enseigne toutes les matières obligatoires dans une langue que les jeunes ne maîtrise pas et souvent ne comprennent pas. Est-il réaliste de penser que des jeunes puissent maîtriser les matières obligatoires au secondaire si elles sont enseignées dans une langue qu'ils ne comprennent pas?

  • André Savary - Abonné 29 avril 2017 08 h 25

    ¸misisse de l'hayducathion...

    Que ce passe t'il avec ce ministère...aussi mal géré que celui de la santé...des transport et de la justice??

    Après les notes "embellies" on oublei le nord de sa province...

    Très fort... Vraiment c,est désolant...

  • Gilles Théberge - Abonné 29 avril 2017 08 h 57

    Le ministre est préoccupé...?

    Il a bien des raisons de l'être ces temps-ci.

    Un des sujets de préoccupation doit être le suivant : Vous voyez bien qu'on se "crisse" des autochtones.

    Après ces preuves de désintérêt, vous ne serez pas surpris si je vous dit que les autochtones se fichent de nous. Que la solidarité devient impossible.

    Qui est le dirigeant négligent qui est responsable de ce désastre?

    Il doit bien y avoir quelqu'un non ?

    • Louise Cantin - Abonnée 30 avril 2017 07 h 44

      C'est mon opinion depuis SI longtemps, longtemps......

      À mes débuts comme enseignante, en 1957, dans « la plaquette » officielle de l'INTRUCTION PUBLIQUE du QUÉBEC, qui servait de programme d'Histoire au primaire, on y lisait ( ENTRE AUTRES ) "les méchants sauvages on massacré ......"

      N.B.:Seul un ministère de l'INSTRUCTION PUBLIQUE est signifiant.

      L'ÉDUCATION se donne à la MAISON !