Un effet direct de la loi 101

Depuis 1976, la proportion d’élèves du primaire et du secondaire dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais est passée de 13,3% à 87,9% en 2015, dans les écoles montréalaises.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis 1976, la proportion d’élèves du primaire et du secondaire dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais est passée de 13,3% à 87,9% en 2015, dans les écoles montréalaises.

Et si une partie de l’avenir du français se jouait dans les cours d’école de Montréal ? Alors que l’immigration est de plus en plus importante dans la métropole, une étude dévoilée vendredi par l’Office québécois de la langue française (OQLF) rapporte que la grande majorité des enfants allophones vont à l’école en français.

De fait, depuis 1976, la proportion d’élèves du primaire et du secondaire dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais est passée de 13,3 % à 87,9 % en 2015, dans les écoles montréalaises. Un bond qui, selon le démographe Michel Paillé, est un résultat clair du succès de la Charte de la langue française — la fameuse loi 101 —, adoptée l’année suivante par le Parti québécois de René Lévesque.

Cette loi oblige, depuis, les jeunes allophones à fréquenter une école où la langue d’enseignement est le français. Seule exception : si un de leur parent a lui-même fait la majorité de ses classes dans une école anglophone canadienne.

Ce changement législatif a fait chuter, au cours des dernières décennies, le nombre d’enfants admissibles aux écoles dont la langue d’enseignement est l’anglais.

Ainsi, alors qu’un peu plus de 30 % des élèves montréalais avaient le droit de fréquenter une école anglophone en 1986, à peine 21 % y ont aujourd’hui accès. En outre, l’étude relève également que le nombre d’anglophones optant pour une école de langue française a, pour sa part, augmenté d’un peu plus de 20 points de pourcentage depuis 1976.

« L’adoption de la loi 101 a eu un effet significatif à Montréal, soutient celui qui a longtemps travaillé à l’OQLF. D’abord en réussissant à briser cette tendance naturelle qu’avaient les immigrants à opter pour des écoles anglophones, mais aussi en faisant entrer le français dans leur foyer. Si aujourd’hui il y a plus de familles immigrantes de seconde génération, par exemple, qui parlent en français à la maison, c’est un peu parce que leurs enfants l’y ont fait entrer. »

Selon celui qui s’intéresse aux questions linguistiques depuis plus d’un quart de siècle, ces données ne sont toutefois pas surprenantes. « Elles suivent une tendance que l’on observe au Québec depuis déjà quelques décennies », note-t-il.

Mise à part l’application de la loi 101, Michel Paillé estime que l’étalement urbain et la tendance marquée des ménages francophones et anglophones à quitter la métropole au profit de ses banlieues sont aussi un facteur explicatif de cette tendance observée par l’OQLF.

« On prend souvent l’île de Montréal à part, avance le démographe de formation, mais dans pareil cas, il serait pertinent de la considérer avec ses couronnes. Ça nous permettrait sans doute de constater que l’immigration, elle aussi, s’étale de plus en plus et que donc, les enfants de la loi 101 ne sont pas confinés aux limites des quartiers centraux montréalais. »

4 commentaires
  • Antoine Caron - Abonné 1 avril 2017 08 h 48

    Néanmoins...

    Aller dans une école francophone est une chose, mais, en considérant l'attrait que l'anglais exerce sur le jeunes - mêmes francophones de "souche" -, il n'est pas étonnant de constater objectivement qu'une très grand proportion des jeunes que l'on rencontre dans la région montréalaise parlent préférablement anglais entre eux. Ayant vécu à Montréal il y a 15 ans, et y étant revenu depuis un an pour le travail à l'Université de Montréal, c'est du moins la très forte impression que j'ai.

    Le vrai test, je crois, sera lorsque tous ces enfants de la loi 101 auront eux-mêmes des enfants. Je ne serais pas étonné de voir à ce moment un point de non-retour quant à un transfert culturel massif vers l'anglais. À titre d'exemple, beaucoup de jeunes étudiants (francophones ou allophones) que je croise ne se parle pas d'émissions de radio ou de télévision, de téléséries, de webséries, de musique ou de films produits ici. Massivement ils se parlent de ce qui se produit principalement au sud du Québec, ou ailleurs, mais en anglais. Par a + b, difficile de croire que cela n'aura pas un effet à long terme...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 avril 2017 10 h 10

    Le refus de voir l’anglicisation de Montréal

    Selon Statistique Canada, à l’heure actuelle, environ 60% des néoQuébécois choisissent de s’angliciser. Cela a déjà été pire mais c’est encore totalement inacceptable.

    Les reportages de Mme Porter, plaidant le triste sort (à son avis) des immigrants qui n’arrivent pas à passer leur examen de conduite automobile en français montrent bien que même placés dans un contexte très majoritairement francophone (la ville de Québec), la très grande majorité des immigrants _non_ francophones n’arrivent pas à apprendre le français (probablement par manque de volonté, à mon avis).

    S’il est vrai que la Loi 101 en 1976 limitait sévèrement l’accès à l’école publique anglaise, le texte de Mme Ferraris oublie de mentionner que la Canadian constitution de 1982 a invalidé toutes les dispositions de la Loi 101 dans ce sens.

    L’article 23 de cette constitution prescrit maintenant le libre choix de la langue d’enseignement.

    Les études de Michel Paillé concernent les personnes dont la langue maternelle — ou la première langue officielle apprise — est le français.

    Ces données ne tiennent pas compte des transferts linguistiques, c’est à dire des personnes qui, par exemple, ont appris un français boiteux dans leurs cours de francisation mais qui ont finalement choisi de s’assimiler à l’anglais.

    Je n’ai pas encore analysé les données du recensement de 2016. Toutefois mon analyse de celui de 2011, publié il y a cinq ans sous le titre ‘Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011’ en arrive à une conclusion totalement différente de celle de M. Paillé.

    Cette différence s’explique par le fait que je définis ‘francophone’ comme une personne qui utilise principalement le français au moment du recensement, plutôt qu’à la naissance.

    Mon analyse démontre un déclin du français d’environ 1% en seulement cinq ans, à la fois sur l’ile de Montréal en dans l’ensemble de la région métropolitaine.

    • Michel Paillé - Abonné 2 avril 2017 22 h 44

      L'article 23 n'a pas ramené le libre choix de la langue d'enseignement. Il étend à l'ensemble du Canada (au delà du Québec), le lieu des études primaires en anglais de l'un des parents de l'écolier.

      Mes études traitent de langue maternelle, mais aussi des autres variables linguistiiques, notamment les transferts.

      Personne n'a encore analysé les données linguistiques du recensement de 2016 car elles ne sont pas encore publiées.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 avril 2017 16 h 29

      Je suis honoré, M. Paillé, que vous ayez pris la peine de publier ce commentaire.

      S’il est dans votre intention d’analyser les données de 2016 (lorsqu’elles seront disponibles), je vous invite à porter une attention particulière aux résultats de la seule question du recensement qui nous permet de connaitre l’appartenance linguistique _actuelle_ du répondant.

      Cette question est celle relative à la langue officielle principalement utilisée à la maison.

      Lorsqu’on analyse les résultats à ce sujet, de 2006 à 2011, à la fois sur l’ile de Montréal et dans la région métropolitaine, on observe un déclin d’environ 1% du pourcentage de Francophones en seulement cinq ans.

      Il s’agit d’une tendance démographique extrêmement inquiétante que malheureusement votre étude n’a pas su déceler en dépit de sa gravité.

      En effet, cette tendance n’est pas observable lorsqu’on analyse les données de Statistique Canada du point de vue grossier de la langue à la naissance ou de la première langue officielle apprise (ce qui est la même chose pour la majorité des Québécois).

      Pour tous les répondants, la langue maternelle nous indique une appartenance linguistique ancienne, celle du répondant voilà des décennies (puisque les répondants sont majeurs).

      Je vous invite donc à réfléchir sur l’opportunité de baser vos analyses de manière à refléter plus justement l’appartenance linguistique _actuelle_ de la population québécoise.