La censure contamine les milieux universitaires

Peut-on discuter de tout à l’université ? De moins en moins, apparemment. Nous entrons dans une ère « de déclin de l’argumentation, de la rationalité et du politique », pense l’historien des sciences de l’UQAM Yves Gingras. « Et on n’a encore rien vu ! » ajoute-t-il.

À l’Université McGill, deux professeurs de théologie n’ont pu aborder la question des transgenres, muselés par une trentaine d’étudiants qui les ont interrompus au point où la menace de devoir appeler la police a fini par être brandie. « Dans un monde idéal, l’événement aurait été aboli », a expliqué un des protestataires au journal étudiant McGill Daily.

À l’UQAM, deux débats ont été annulés parce que les organisateurs ont craint des pressions de la part de l’AFESH, une association étudiante. La présence à ces conférences du nationaliste conservateur Mathieu Bock-Côté indisposait des étudiants.

L’association étudiante se refuse à porter le blâme. Dans une déclaration publiée en ligne, l’AFESH affirme avoir un mandat contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté académique lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». Autrement dit, l’association défend ceux qui, par les moyens de leurs choix, empêchent que soient entendus sur le campus des personnes qui disposent déjà d’« une tribune publique importante » quand « leurs propos sont haineux, appellent à la violence, justifient la violence […] ou remettent notre existence en question ». L’affaire a provoqué un véritable emballement sur les réseaux sociaux. La haute direction de l’UQAM n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

Sentiments et châtiments

On empêche désormais des gens de parler à l’université « au nom de sentiments que l’on craint de froisser », explique le sociologue Jean-Philippe Warren, de Concordia. À son sens, cette situation n’est pas très présente encore dans les universités francophones mais percole rapidement vers les universités anglophones, influencées par les États-Unis. « Il y a une incapacité de plus en plus grande à se sentir heurté, à être ébranlé », observe le professeur Warren.

Dans son établissement d’enseignement, dit-il, on a vite intériorisé cette nouvelle façon tout américaine d’envisager la scène universitaire : « Lors d’une présentation, on demande par exemple à l’assistance si quelqu’un risque d’être heurté par la projection d’une image montrant un étal de boucher. Si quelqu’un répond “ oui ”, on enlèvera sans hésitation l’image », explique le sociologue. Ce discours contrôlé « est parfaitement intériorisé chez les plus jeunes ».

Il est d’abord intégré chez les professeurs, observe l’historien Yves Gingras, citant l’exemple récent d’une jeune professeure de Calgary. En projetant des diapositives de modèles anatomiques en cire centenaires, elle a pris soin de masquer les parties génitales, « par anticipation, à la simple idée que ça pourrait choquer ! »

Une vague

Depuis dix ans aux États-Unis, cette sensibilité aux sentiments privés, inspirée par la psychologie, s’impose peu à peu dans les établissements d’enseignement supérieur. « On commence juste à sentir l’effet de cette vague américaine au Québec », soutient le professeur Warren. Avant d’utiliser certains mots ou certaines images en classe, il y a désormais en classe, avant le début des séances, une mise en garde — le « trigger warning » — pour des objets qui pourraient susciter des réactions, expose Yves Gingras, qui a aussi enseigné à l’Université de Toronto.

À Middlebury, petite ville du Vermont située à 200 km de Montréal, des étudiants en colère s’en sont pris il y a quelques semaines à Charles Murray, politologue qui défend des thèses libertariennes considérées comme racistes. Murray a été empêché de parler d’un tout autre sujet. Un membre de la faculté a été blessé. Plus de cent professeurs de l’établissement ont dénoncé ce coup de force : « Aucun groupe de professeurs ou d’étudiants n’a le droit de déterminer pour toute la communauté si une question n’est pas ouverte aux fins de discussion. »

Longtemps professeur à l’UQAM, Normand Baillargeon a montré du doigt la situation à plusieurs reprises. Il est invraisemblable, soutient Normand Baillargeon, qu’on veuille interdire la parole à des gens à partir d’un jugement a priori. Pour lui, l’université est le lieu dans la société où il doit être possible de discuter de tout. Cette position lui a valu récemment, dit-il, d’être submergé par un torrent de haine, dont une menace de procès et l’annonce de sa mort en ligne sur le site Wikipédia. Joint par Le Devoir à l’étranger, Normand Baillargeon a affirmé qu’il ne voulait plus être cité dans le cadre de cette histoire, désolé de n’avoir pas été davantage soutenu par l’université sur cette question.

Inégalités

Dans une position publiée en ligne, l’AFESH affirme que c’est plutôt la liberté d’expression de ses membres qui est menacée « dans un contexte où nos services sont coupés, où les violences sexuelles sont constantes et impunies et où l’extrême droite raciste s’organise de plus en plus ». En revanche, « celles de Normand Baillargeon et Mathieu Bock-Côté […] nous semblent en très bon état ».

Pour Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire en sociologie des conflits sociaux à l’UQAM, il est faux de penser que toutes les positions jouissent d’une tribune égale. Il reproche notamment à Normand Baillargeon de ne pas tenir compte d’un ensemble d’inégalités préalables. « Si l’on se soucie réellement du pluralisme dans les débats intellectuels et publics, il faut prendre en compte ces éléments. » Refuser d’entendre ceux qui jouissent déjà d’une telle chambre d’échos dans la société ne porte pas spécialement à conséquence, plaide-t-il. « Je ne dis pas qu’il faut interdire la parole de certaines personnes. Je dis que cette parole étant déjà omniprésente, le débat ne souffrira pas forcément d’une manifestation dénonçant cette prise de parole », précise Ancelovici.

Instrumentalisation ?

Sur le thème « Fuck la libârté d’expression », l’AFESH a lancé en mars une campagne d’affichage qui synthétise en une formule choc cette idée que la liberté d’expression peut être manipulée au profit de ceux qui ont toujours la parole. Ses affiches ont toutes été approuvées pour l’affichage par l’université.

Au même moment, à l’Université de Montréal, un comité organisant une Semaine contre l’apartheid israélien (SAI) a vu son affiche refusée par l’établissement. Les organisateurs plaident que la direction universitaire a toujours entretenu des relations d’opposition avec leur groupe. Au contraire, affirme Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal : « On encourage le débat d’idées à l’université, une université, c’est fait pour ça. […] En accord avec notre politique sur l’affichage, on a proposé que le visuel de l’affiche de ce groupe “ne soit pas diffusé tel qu’il est”. » L’affiche montrait des belligérants représentés par de petits personnages aux traits plutôt naïfs et enfantins. L’Université a dit ne pas tolérer les représentations de luttes armées.

L’historien des sciences Yves Gingras insiste : « Ce n’est que la pointe de l’iceberg et ce n’est certainement pas à l’UQAM que c’est le pire. »

59 commentaires

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  • Maxime Parisotto - Inscrit 1 avril 2017 00 h 33

    Alors l'AFESH, au nom de la défense de la liberté d'expression, veut empêcher quelqu'un d'instrumentaliser la liberté d'expression pour avoir des "propos oppressifs"...et pour cela ils refusent la liberté d'expression des autres en étant oppressifs...

    Y a pas à dire, ces gens sont les penseurs de demain...

    "les violences sexuelles sont constantes et impunies et où l’extrême droite raciste s’organise de plus en plus"

    je ne sais même pas quoi dire...c'est intersidéral de vide intellectuel...

    • Serge Morin - Inscrit 1 avril 2017 08 h 50

      D'où la question : MBC pourrait -il écrire au Devoir ?

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 1 avril 2017 14 h 57

      M. Morin, MBC a ecrit des textes publiés par le Devoir et fait l'objet de chroniques élogieuses dans ce média avant de devenir chroniqueur lui-même pour le groupe Québecor. Tout récemment, son dernier livre a d'ailleurs fait l'objet d'une critique dithyrambique de Louis Cornellier dans ce média. Votre question est loufoque. Ce monsieur ne manque pas de tribunes.

    • Serge Morin - Inscrit 1 avril 2017 16 h 29

      M.Leblond,on savait tout ça.
      Ce qui est loufoque, c'est que cela vous choque au point de répliquer.

    • Yves Lever - Abonné 1 avril 2017 17 h 30

      «Appuyez-vous fort sur les principes, jeune homme, ils finiront bien par céder». Boutade attribuée à Talleyrand, reprise par Oscar Wilde.

      J'aurais envie d'aller la répéter aux gens de l'AFESH et à certain jeune politicien prisé des médias.

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 2 avril 2017 09 h 34

      Ce qui me choque c'est le leitmotiv actuellement répandu voulant que des livres seront bientôt mis à l'index et que des personnalités médiatiques à succès risqueraient bientôt le bannissement des médias alors qu'il n'y a rien laissant suggérer cela. Cela ressemble plutôt à une stratégie d'autovictimisation pour se protégrr de toute contestation.

      Par ailleurs, vous prouvez traiter mon propos de loufoque autant que vous voulez, cela est de bonne guerre. Mais remettre en question le fait même que je vous réponde en me visant moi plutôt que ce que je dis est un peu facile, et fort dommage.

  • Hélène Gervais - Abonnée 1 avril 2017 05 h 54

    Eh bien ....

    les bras m'en tombent. L'Université pour moi qui n'y est jamais allée, est un endroit où la liberté d'expression devrait être priorisée, peu importe les opinions. C'était, je croyais, l'endroit idéal justement pour élargir notre champ de connaissances, mais aussi d'idées. Je suis très très déçue, car je trouve que la Liberté d'Expressioin est la première de toute dans un pays libre.

    • Marc Brullemans - Abonné 1 avril 2017 15 h 31

      Je connais des gens du collégial qui arrivant à l'université au début des années 1980 y ont trouvé un milieu vidé d'idées et débats. Ce qu'ils et elles diraient en 2017 se rapprocherait d'un "Québec me tue" 3.0 Pour ma part, en 2011, j'ai été dévasté de la frilosité du réseau de l'UQ à aborder la question du gaz de schiste. Peut-être espérait-on en haut lieu un pactole... http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/dossiers/gaz

    • Marc Brullemans - Abonné 1 avril 2017 15 h 38

      Je connais des gens du collégial qui arrivant à l'université au début des années 1980 y ont trouvé un milieu vidé d'idées et débats. Ce qu'ils et elles diraient en 2017 se rapprocherait d'un "Québec me tue" 3.0 Pour ma part, en 2011, j'ai été dévasté de la frilosité du réseau de l'UQ à aborder la question du gaz de schiste. Peut-être espérait-on en haut lieu un pactole... http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/dossiers/gaz

  • Bernard Terreault - Abonné 1 avril 2017 07 h 47

    Grave

    Deux seules choses ne peuvent pas être tolérées à l'Université :
    1) l'appel à la violence, auquel cas il faut faire appel à la police, pas à l'administration; 2) l'ignorance, auquel cas il faut évidemment démettre le prof ou couler l'étudiant.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 avril 2017 09 h 22


      Sait-on seulement que c'est au nom de la liberté académique (academic-freedom) que la CAUT (Canadian Association for University Teachers) représenté par son directeur David Robinson a défendu l'ex-directeur du MISC, Andrew Potter auteur, le 21 mars dernier, d'un article sur la soi-disant «almost pathologically alienated» société québécoise?

      Oui, la liberté académique doit être protégée, mais il faut être conscient également qu'il y a des risques de dérives académiques comme celle, à mon avis, concernant le cas Potter.

      Oui, il y eut dans le passé de retentissantes «disputatia» sur des sujets qui ne causent plus, enfin presque plus de controverses, pensons entre autres aux thèses de Darwin sur l'origine des espèces.

      Oui, il y aura encore demain des sujets argumentatifs qui provoqueront sans aucun doute d'autres querelles, d'autres disputes académiques, car c'est ainsi que la science progresse.

      Les ciseaux d'Anastasie ne sont ni tolérés ni tolérables, quand tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais force est d'avouer que ce n'est malheureusement pas toujours le cas: quand tout est permis, rien n'est plus alors possible et c'est aussi vrai de la liberté.
      Jeanne Mance Rodrigue

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 1 avril 2017 07 h 51

    SENSIBILITÉ , HYPOCRISIE , MANOEUVRE ?

    Il est de plus en plus difficile de faire la part des choses entre le sensibilité, l'hypocrisie et la manoeuvre dans le refus du dialogue sur des bases rationnelles et la censure ou l'auto-censure qui s'installent à l'université à de quoi inquiéter.
    Comme le disait, un peu abruptement, Paul Valery " Entre les hommes il n'existe que deux relations: la logique ou la guerre." signifiant par là que là où la raison est absente c'est le rapport de force qui domine et que ce rapport de force peut prendre toute sorte de forme de la violence guerrière jusqu'à y compris la plus pernicieuse séduction et le plus strict respect des sensibilités. Tous les débats actuels autour des questions religieuses et identitaires en sont une parfaite illustration. Quelle place peut avoir la raison et le dialogue si la croyance religieuse et l'identité sont d'emblée présentées comme parties indissociables de la personne ? Sous prétexte de tribune égalitaire va-t-on favoriser la parole des créationnistes ? Les sentiments et les émotions sont importants, mais quels échanges sont possibles s'ils se substituent à la raison ?
    "Ce n'est que la pointe de l'iceberg" dit Y Gingras et cet iceberg n'est pas prêt de fondre !
    Pierre Leyraud

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2017 09 h 54

      Ces deux relations ne sont pas mutuellement exclusives. Ceux qui pensent que l'université, ce devrait être le terrain de jeu de la seule raison se racontent de jolies histoires. Leur vertu est émouvante, mais ne doit en effet pas nous faire détourner le regard des rapports de force qui se jouent là comme ailleurs.

  • Raymond Labelle - Abonné 1 avril 2017 08 h 26

    Les vrais violents.

    MBC et Normand Baillargeon tiennent des "propos haineux", "appellent à la violence", "justifient la violence " "ou remettent notre existence en question »?

    Ouf! C'est tellement faux à sa face même que c'est faire trop d'honneur aux censeurs violents de même considérer l'idée suffisamment crédible pour en débattre. Que l'on soit d'accord ou non avec les idées de M.Baillargeon ou MBC - là n'est pas la question.

    Par contre, dans cette affaire, M. Baillargeon et MBC ont été victimes de propos haineux, d'appels à la violence et, par l'interdiction physique de présenter, de violence physique et certainement d'intimidation psychologique. M. Baillargeon a même peur d'en parler.

    Les prétentions de ces censeurs violents sont tellement ridicules que je comprends qu'ils ne leur reste que la violence physique et psychologique et l'intimidation pour les faire valoir.

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 1 avril 2017 15 h 01

      J'ai beau avoir relu deux fois l'article, je n'ai pas vu où il y est écrit qu'on aurait déclaré que Baillargeon et MBC tiennent des propos haineux ou appellent à la violence. D'où tenez-vous cela?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 avril 2017 16 h 45

      @JCL vous êtes de mauvaise foi ou simplement... mauvais lecteur? C'est l'AFESH qui tient de tels propos ...tout en les reliant à MBC.
      Les censeurs de l'AFESH ...et les organisateurs des débats sont ceux qui refusent à MBC le droit à la parole...et au débat.L'un par hégémonie et l'autre par peur de...
      J'en connais qui font le même travail de censure ailleurs mais ça, c'est un autre débat!

    • Raymond Labelle - Abonné 1 avril 2017 18 h 18

      "J'ai beau avoir relu deux fois l'article, je n'ai pas vu où il y est écrit qu'on aurait déclaré que Baillargeon et MBC tiennent des propos haineux ou appellent à la violence. D'où tenez-vous cela?" JCL.

      Je tiens cela de l'extrait suivant du 4ème paragraphe de l'article, que je reproduis ci-dessous.

      "L’association étudiante se refuse à porter le blâme. Dans une déclaration publiée en ligne, l’AFESH affirme avoir un mandat contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté académique lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». Autrement dit, l’association défend ceux qui, par les moyens de leurs choix, empêchent que soient entendus sur le campus des personnes qui disposent déjà d’« une tribune publique importante » quand « leurs propos sont haineux, appellent à la violence, justifient la violence […] ou remettent notre existence en question »."

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 2 avril 2017 09 h 13

      il n'y a pas de mauvaise foi, Mme Sévigny. Ce passage de l'article est composé de bribes de déclarations de cette association complétées par le journaliste. Il n'y a pas moyen de savoir à partir de celui-ci si vraiment cela visait MBC. D'autre part, l'AFESH affirme n'avoir rien su de ces menaces avant l'article de M. Baillargeon. Le fait de l'associer à celles-ci est donc au départ une construction qui fausse la perception. Et pour ce qui est d'associer Baillargeon à cette déclaration, le lien est encore plus ténu.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2017 10 h 03

      Ce que j'avais compris et avec quoi je suis assez d'accord, c'est qu'en défendant abstraitement la liberté d'expression, érigée en principe si contraignant qu'on ne devrait pratiquement plus en tempérer l'usage, Baillargeon se ferait le complice de ceux qui détournent la liberté d'expression, justement !, au profit de la propagande haineuse.

      Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas les motivations des uns ou des autres qu'il s'agirait d'appécier, mais les conditions dans lesquelles elles pourraient être relativement tenues en échec, dans le cadre des activités institutionnellement permises par l'Université. Et qui ne sont pas inspirées que par les beaux idéaux des Umières.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 10 h 22

      À JCL. En invoquant explicitement ces dispositions de censure "anti-haine" et "anti-violence », l'AFESH affirme par inférence nécessaire que ces dispositions s'appliquent à MBC, même si cela est a posteriori, j'en conviens.

      Que cela soit a posteriori est même un facteur aggravant – on justifie ces atteintes à la liberté d'expression après avoir pu bien y réfléchir. Par ailleurs, que l'on soit ou non d'accord avec MBC, son point de vue n'est pas le point de vue dominant des médias, loin de là, ce qui rend encore plus ridicules les prétentions de l'AFESH.

      Quant à M. Baillargeon, on peut raisonnablement affirmer que les courriels de haine dont il a été victime se fondent sur les mêmes principes. Je reproduis ci-dessous l'extrait pertinent.

      "Longtemps professeur à l’UQAM, Normand Baillargeon a montré du doigt la situation à plusieurs reprises. Il est invraisemblable, soutient Normand Baillargeon, qu’on veuille interdire la parole à des gens à partir d’un jugement a priori. Pour lui, l’université est le lieu dans la société où il doit être possible de discuter de tout. Cette position lui a valu récemment, dit-il, d’être submergé par un torrent de haine, dont une menace de procès et l’annonce de sa mort en ligne sur le site Wikipédia. Joint par Le Devoir à l’étranger, Normand Baillargeon a affirmé qu’il ne voulait plus être cité dans le cadre de cette histoire, désolé de n’avoir pas été davantage soutenu par l’université sur cette question."

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 10 h 30

      Puisqu'il n'est pas censuré ici, voyons ce que Satan en dit:

      "La journaliste Marie-Ève Tremblay, de Radio-Canada, diffusait, lundi, sur Facebook un reportage-choc sur la liberté d’expression dans nos universités.

      Elle a fait une expérience à l’UQAM en diffusant deux affiches sur les babillards.

      La première, associée à la gauche radicale, faisait l’apologie du vandalisme. La seconde était associée au nationalisme et mettait l’accent sur les enjeux liés à l’identité québécoise.

      La première n’a suscité aucune querelle.

      La seconde a fait scandale. Ces vilains nationalistes ne devraient pas avoir le droit de parler dans les locaux d’une université!" Ici pour détails, dont photos des affiches: http://www.journaldemontreal.com/2017/02/15/le-ter

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 10 h 34

      Plus directement sur l'affaire, tout ce MBC peut en savoir, sur les faits, sont les courriels de l'organisateur de la conférence qui l'a invité, puis l'a informé de l'annulation de l'événement - MBC à ce sujet:

      "Il m’a alors répondu ainsi: «Je suis vraiment désolé des délais, mais je dois lutter pour la liberté d'expression dans ma propre université (quelle honte). Car bien que je ne sois pas d'accord avec vous sur certains points j'ai envie de débattre avec vous. Je respecte la divergence d'opinions ce qui n'est pas le cas de tous (AFESH). » Il me demandait quelques jours de délais. Le 9 mars, il me revenait avec sa réponse: «Suite à de fortes pressions de la part d'une association étudiante de l'UQAM, je suis dans le regret d’annuler la conférence. Je suis sincèrement désolé que la liberté de parole soit à ce point obsolète entre les murs de notre université, mais je ne pouvais tenir une conférence avec autant de menaces de perturbations». Ma présence causait problème." (http://www.journaldemontreal.com/2017/03/16/la-cen )

      Mentionnons qu'il s'agissait d'un débat ou le point de vue contraire à celui de MBC était représenté!!!

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 11 h 31

      À RMD. Pourrait-il y avoir des limites légitimes à la liberté d'expression? Sans doute. Mais les propos de MBC sont largement en-deça de cette limite. Il ne s'agit même pas d'un cas frontière. Et lorsque dans l'application de ce principe abstrait supposément grand (faire taire les méchants ou, plus précisément, ceux que le censeur trouve méchants) on censure des propos qui ne devraient pas l'être, on tombe dans l'intimidation intellectuelle et la violence partisane.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2017 17 h 08

      Monsieur Labelle, vos messages successifs reprennent l'essentiel du récit à plusieurs mains de la séquence des événements. S'il n'était que lacunaire, passe encore, mais les uns et les autres les comblent à grands renforts de suppositions et d'amalgames assez faciles. Par exemple, que l'organisateur de l'événement ait jugé prudent d'annuler ne justifie pas qu'on enjoigne à l'AFESH de se dissocier de menaces dont elle n'est pas l'auteur comme si les mandats que ses membres lui ont confiés faisaient peser sur elle « a priori » une suspicion dont elle devrait se défendre « a posteriori » d'en être la cause. Je n'irais pas jusqu'à prétendre que quiconque se soit constitué volontairement en victime de l'AFESH pour qu'on lui règle son compte, mais mettons que dans le contexte du reportage encore tout chaud de madame Tremblay et de l'épisode Rhéa Jean, à voir comment les réseaux sociaux se sont enflammés, ça ne pouvait pas mieux tomber...

      Sur la question des limites de la liberté d'expression, bien sûr qu'il y en a. J'ajouterais qu'il faut les renforcer. Parce que les limites, c'est aussi un cadre en dehors duquel peut être repoussé ce qui ne s'accorde pas avec le plein exercice d'un droit. L'Université, jusqu'ici, ce n'est pas une arène de lutte où on se contenterait de s'assurer que les belligérants s'arrêtent si ça saigne, mais un théâtre où on tâche tant bien que mal de mettre en échec ce qui s'y imposerait par la force du nombre, de la richesse, de la tradition, etc. Ce n'est pas simple à faire. La vigilance va bien au-delà des protestations vertueuses générales.

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 2 avril 2017 18 h 20

      Monsieur Labelle, est-ce l'AFESH qui était derrière les messages haineux adressés à Baillargeon? L'AFESH faisait-elle référence au cas de ces courriels haineux dans l'extrait de sa déclaration rapporté dans l'article? C'est ce que vous semblez suggérer, sans en faire la démonstration, et ce que je remets en question.

      D'autre part, l'AFESH a affirmé explicitement n'avoir rien à voir avec les menaces qui auraient mené à l'annulation de la conférence à laquelle devait participer MBC, et n'avoir même pas été au courant de cette conférence. La description de son mandat ne constitue pas une caractérisation de MBC. Vos nombreux messages semblent vouloir lier l'AFESH aux événements relatés ici sans en faire la démonstration et alors même que cette association le nie explicitement. Cela me fait penser à l'époque où les Libéraux de Charest insistaient pour que l'ASSÉ se dissocie d'actes dont elle n'était pas responsable.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 19 h 50

      À RMD.

      Ce que je dis, c'est qu'a posteriori, l'AFESH a bel et bien confirmé elle-même que les principes justifiant la censure qu'elle invoque et que j'ai cités s'appliquent au cas MBC. C'est une inférence nécessaire de ses affirmations. J'en ai déjà fait la démonstration détaillée.

      On peut donc soupçonner l'AFESH, de façon générale, de partager cet esprit de censure violente.

      "Ce n'est pas simple à faire." RMD

      On pourrait tenter d'imaginer des cas-frontières où peut-être limiter la liberté d'expression serait justifié et où la question serait difficile.

      Mais le cas MBC est très simple: le censurer en l'empêchant de donner une conférence à l'UQAM est totalement injustifiable. On n'est même pas proche du cas-frontière.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 21 h 09

      À JCL. Ma réponse à RMD de 19h50 s'applique aussi à votre intervention de 18h20 (2 avril dans tous les cas). Votre intervention n'avait pas été publiée lorsque j'avais écrit à RMD.

      Dans l'espoir que d'autres s'intéressent encore à nos échanges :0).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 avril 2017 22 h 18

      Monsieur Labelle, je crois sincèrement que vous vous trompez. Votre inférence n'a de nécessaire que le lien que vous faites entre des énoncés de principe, que l'exécutif de l'AFESH a parfaitement le droit de réitérer et le fait que ce soit au nom de ces principes que la présence de MBC ait été compromise. Quant à moi, je ne me sens pas le droit de leur demander d'aller plus loin, d'autant plus qu'ils ont pris bien soin de dire que l'AFESH ne s'en était autorisée pour perturber aucun événement. En revanche, il me semble assez évident que le mouvement étudiant traverse une période d'assez grande morosité. Il faut pourtant espérer que si l'exécutil de l'AFESH ne jouit pas d'une légitimité très grande ou si même il risque d'encourir le désaveu, que cela ni vienne ni de vous ni de moi, mais des étudiants eux-mêmes.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 23 h 34

      "Votre inférence n'a de nécessaire que le lien que vous faites entre des énoncés de principe, que l'exécutif de l'AFESH a parfaitement le droit de réitérer et le fait que ce soit au nom de ces principes que la présence de MBC ait été compromise." RMD.

      En effet, "l'inférence n'a de nécessaire que", mais cela suffit.

      Vous me comprenez bien, d'une certaine manière - je dis que l'AFESH affirme que c'est "au nom de ces principes que la présence de MBC a(it) été compromise", mais, je dis que, ce faisant, l'AFESH infère que ces principes s'appliquent bel et bien au cas de MBC.

      Vous dites que l'AFESH ne va pas plus loin que de mentionner que ces principes ont été invoqués par les mystérieux censeurs (que l'organisateur affirme être l'AFESH dans ses courriels à MBC, mais bon...) et n'affirme pas qu'ils s'appliquaient bel et bien au cas MBC.

      L'AFESH se donne la peine d'énoncer ces principes en détail, de les justifier, d'en montrer la vertu, et d'ajouter que "l’association défend ceux qui, par les moyens de leurs choix, empêchent que soient entendus sur le campus des personnes qui disposent déjà d’« une tribune publique importante » quand « leurs propos sont haineux, appellent à la violence, justifient la violence […] ou remettent notre existence en question ».

      Comme ça, juste pour dire que les censeurs mystérieux ont invoqué ces principes pour défendre leur geste? Vous le croyez, je n'y peux rien.

      Mon évaluation est plutôt la suivante. L'AFESH laisse entendre que les principes s'appliquent au cas MBC, mais tout juste pas assez explicitement pour ne pas se faire attribuer d'avoir effectivement dit que les principes s'appliquaient au cas MBC. Du grand art...

      Entendons-nous pour ne pas nous entendre sur cette appréciation des faits.

      Bien que nous ne soyons pas d'accord, je crois que nous avons raffiné notre pensée par rapport à avant notre discussion, grâce à cet échange d'idées que permet la liberté d'expression.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 avril 2017 23 h 50

      À RMD. Je ne suis pas habilité à dire que votre pensée s'est raffinée grâce à notre discussion - seul vous devriez avoir cette permission. Par contre je suis habilité à dire que la mienne s'est raffinée grâce à notre discussion. Même si nous ne sommes pas d'accord. D’autres aussi m’ont poussé (dans le bon sens, d'accord ou pas): Mme Delisle, M. Therrien, JCL.

      Mais je crois que je vais arrêter ici - on a fait un bon tour de la question, et j'ai déjà abusé de l'hospitalité de cette page.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 avril 2017 22 h 17

      Merci monsieur Labelle. Au plaisir.