Deux enseignants par classe en maternelle et en première année

Sébastien Proulx promet que toutes les classes de maternelle et de première année auront deux titulaires d’ici cinq ans.
Photo: Sean Gallup Getty Images Sébastien Proulx promet que toutes les classes de maternelle et de première année auront deux titulaires d’ici cinq ans.

Les classes de maternelle et de première année auront désormais deux enseignants, ou un enseignant et un professionnel spécialisé. Après trois années de vaches maigres, le gouvernement Couillard ouvre les vannes en éducation et lance un ambitieux programme d’embauche de personnel, des écoles primaires jusqu’aux universités.

Ce « réinvestissement » de 637 millions, assorti d’une croissance des dépenses de 4,4 %, ne parvient pas à rattraper la stagnation budgétaire des trois dernières années en éducation. Québec prévoit tout de même embaucher, en vue de la rentrée scolaire de l’automne prochain, 1500 enseignants et professionnels dans les écoles primaires et secondaires.

En maternelle et en première année, un technicien spécialisé viendra appuyer les enseignants dans chacune des classes, pour dépister rapidement les élèves qui sont à risque de troubles d’apprentissage, et faciliter leur réussite une fois qu’ils sont identifiés. « À deux, c’est mieux » : ce sera le mot d’ordre à compter de septembre dans les classes de maternelle et de première année, en commençant par les milieux les plus à risque de difficultés d’apprentissage.

1,56%
C’est la hausse annuelle moyenne du budget de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Philippe Couillard en 2014. Or, le ministère des Finances estimait en 2014 que les coûts grimpaient d’en moyenne 3,2 % par an pour l’éducation primaire et secondaire, et 3,9 % par an pour l’enseignement supérieur. Selon les estimations, le manque à gagner va de 728 millions à un milliard de dollars.

L’objectif est que toutes les classes de maternelle et de première année du Québec aient deux titulaires d’ici cinq ans, a précisé Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, du Sport et des Loisirs et de la Famille.

Les syndicats de l’enseignement saluent cet engagement, mais se demandent comment les écoles pourront embaucher tout ce beau monde : les commissions scolaires subissent déjà une pénurie de personnel — enseignants, professionnels, personnel de soutien.

Pour les classes de la deuxième à la sixième année du primaire, le budget Leitão prévoit qu’un professionnel (psychoéducateur, orthophoniste ou autre) viendra s’ajouter dans chacune des écoles, encore une fois en priorité dans les milieux défavorisés.

Un nouveau programme permettra aussi d’embaucher dans chaque école primaire une sorte d’« agent de liaison » entre les parents et le personnel. Le but : aider les parents à aider leurs enfants.

Un frein aux maternelles 4 ans

En petite enfance, le budget met un coup de frein à l’implantation des maternelles à 4 ans en milieu défavorisé. Près de 1200 enfants fréquentent la maternelle 4 ans, loin de l’objectif initial, qui était de 8000 élèves pour 2018-2019, souligne la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« La ministre a beau dire qu’il poursuit le déploiement des maternelles 4 ans, il n’y a aucuns fonds prévus au budget. Et il insiste auprès des commissions scolaires : il n’y a pas d’argent pour l’aménagement des classes et pour le matériel d’enseignement », dit Sylvain Mallette, président de la FAE.

Aucune nouvelle place non plus dans les services de garde — le Québec accueille 292 832 enfants en services de garde éducatifs, dont 231 809 places subventionnées. « Nous privilégions la qualité à la quantité », dit le ministre Proulx. La priorité cette année est d’ouvrir des places en service de garde pour les enfants handicapés.

500 embauches supplémentaires

Le « réinvestissement » pour les collèges et les universités vise à faire 500 embauches — professeurs, chargés de cours, personnel de soutien et autres — dès la rentrée de l’automne prochain, explique la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

Il y aura à coup sûr des investissements pour lutter contre les violences sexuelles dans les collèges et les universités, a répété la ministre. Elle a été ébranlée par l’enquête du Devoir sur les agressions sexuelles sur les campus. Une minorité d’établissements a mis en place des mesures pour traiter les plaintes des victimes.

Élections à l’horizon

Les associations étudiantes, les syndicats et les partis de l’opposition ont souligné que les réinvestissements en éducation et en enseignement supérieur ne permettent d’aucune façon un rattrapage par rapport aux coupes des trois dernières années. L’Union étudiante du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec sont « déçues » par les sommes investies.

« Ce n’est pas du tout le budget de l’éducation : la plus grande partie des investissements est reportée après les élections de 2018 », s’est indignée la députée Manon Massé, de Québec solidaire.

Ce « réinvestissement » arrive curieusement dans l’année qui précède le scrutin, ont souligné de leur côté le Parti québécois et la Coalition avenir Québec. Il aurait fallu investir un milliard de plus pour compenser le faible investissement des trois dernières années en éducation, fait valoir le PQ.